Extension de Joskin : c’est trois fois Non !
On l’avait pressenti et cela s’est réalisé : la commune de Soumagne a, elle aussi, rendu un avis négatif sur la demande de modification du Plan de Secteur déposée par le groupe Joskin.
Une entourloupe un peu trop grosse
Petit rappel (qui ne dispense de lire l’article complet !) : la société de matériel agricole Joskin veut agrandir son site actuel (situé à Soumagne) en construisant de nouvelles installations sur 26 hectares de terrains voisins (situés sur Herve). Ces terrains sont aujourd’hui à usage agricole et de prairies mais, surtout, ils sont situés en zones non constructibles au Plan de Secteur. Il faudrait donc faire changer leur statut et les faire passer de zones non constructibles en zones constructibles.
Mais, dans ce cas, la loi impose une compensation en sens contraire. Joskin s’est donc lancé dans une « grande » recherche et a donc trouvé, à Fléron et à Soumagne, trois terrils situés en zone constructibles pour lesquels il est prêt à payer un dédommagement aux propriétaires pour que ces terrains deviennent légalement non constructibles. Mais l’échange est complètement pipé : constructibles en théorie, ces terrils sont totalement inconstructibles en pratique. Respectant le texte de la loi mais complètement pourrie du point de vue environnemental (on détruit 26 hectares d’un côté et on en sauve 0 de l’autre !), la « solution » de Joskin a fait l’unanimité contre elle.
Fait intéressant : dans leurs délibérations, les communes de Herve et Soumagne ont aussi insisté sur le besoin de conserver des terres agricoles et proposent à Joskin d’aller chercher ailleurs des terrains déjà artificialisés (par exemple sur le site anciennement sidérurgique et métallurgique de Chertal) plutôt que de bousiller gaillardement de bonnes terres adaptées à l’agriculture et à l’élevage. Et, si des compensations s’avéraient nécessaires, elles demandent qu’elles protègent réellement des terrains qui pourraient être menacés d’urbanisation plutôt que des terrils qui ne sont convoités par personne.
C’est là ou je veux, sinon je m’en vais !
Sûre de son fait et de sa force, la société Joskin ne s’était pas embarrassée de contacts préalables avec les communes concernées et elle avait déposé sa demande de manière à ce que l’enquête publique tombe en plein été (mettant en rogne les habitants et les conseils communaux). Elle ne s’attendait visiblement pas à ce que tout cela lui revienne comme un boomerang dans la figure.
Aujourd’hui, elle semble vouloir se cramponner à sa proposition initiale, réaffirmant son choix de privilégier des terrains contigus au site actuel et se montrant très peu ouverte au fait de chercher d’autres solutions. Avec à la clé évidemment le bon petit chantage traditionnel à l’emploi « Nous, de toute façon, on va persévérer dans notre projet, et si on se retrouve bloqué, on devra réfléchir à d’autres plans »… comprenez dans d’autres pays où Joskin est présent, en Pologne, en France et au Grand-Duché (La Meuse, 22 août 2024).
C’est maintenant au gouvernement wallon de prendre la décision (provisoirement) finale sur la demande de Joskin. On peut espérer qu’il écoutera les habitants et respectera les avis des communes. Cependant, il n’est pas rare que le gouvernement décide d’accepter un projet même face à des avis défavorables. Il est donc crucial que tous ceux qui veulent préserver le magnifique Pays de Herve continuent à se faire entendre.

60 à 70 hectares menacés de bétonisation sur le plateau de Herve
Une interview récente de Joël Privot, urbaniste et coauteur du « Schéma stratégique du bassin versant de la Vesdre » (une étude de grande ampleur lancée après les inondations de 2021 pour en tirer des conclusions et dégager des solutions) montre bien à quel point il ne s’agit pas de réagir à un cas particulier : lorsqu’on additionne les récentes demandes de révision du Plan de secteur et différents permis d’urbanisme qui ont vu le jour sur le plateau de Herve, on arrive rapidement à un chiffre de possible perméabilisation des sols impressionnant : 60 à 70 hectares de sol pourraient ainsi finir bétonnés (la Meuse, 28 août 2024).
La conclusion à tirer de tout cela est triple. Il faut revoir complètement le Plan de secteur et mettre définitivement à l’abri les terrains qui ont été définis comme constructibles il y a 40 ans mais qui sont restés ou devenus des terres agricoles et des espaces verts. Il faut trouver des solutions alternatives à une bétonisation des terres qui augmente fortement les risques d’inondations mais aussi de sécheresse (puisqu’on prive la nappe phréatique d’une partie de son eau). Et il faut enfin d’arrêter de réfléchir au cas par cas et commune par commune, chacun risquant de voir ses intérêts immédiats sans voir les conséquences négatives à plus long terme, tant pour lui que pour les autres.
C’est là tout le sens de la campagne « Stop béton maintenant ! » qu’a lancée Occupons le Terrain.

