Liège – Il n’y aura jamais de lotissement à la Chartreuse

Liège – Il n’y aura jamais de lotissement à la Chartreuse

Un avenir sans lotissement sur l’ensemble du site de la Chartreuse à Liège? C’est la réjouissante promesse qu’a faite tout récemment le Bourgmestre Willy Demeyer. Un grand pas en avant pour l’avenir du site que nous détaillons dans cet article… mais qui s’accompagne quand même de quelques solides questions et critiques sur les opérations immédiates que nous présenterons dans un deuxième article.

Pour comprendre la portée de cette annonce sur l’avenir de la Chartreuse, il faut revenir en arrière sur l’histoire du site et de la lutte qui s’y est déroulée ces dernières années.
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Une histoire de moines, de soldats et de promoteurs

Le site de la Chartreuse, situé sur un flanc de colline de la vallée de la Meuse, a connu une histoire longue, riche et tumultueuse.

En très, très résumé: les moines Chartreux y établissent un monastère dès 1360, qui est fortifié en 1760 avant d’être détruit durant la Révolution liégeoise en 1793; les Hollandais y construisent ensuite un fort en 1823 qui est ramené au simple statut de caserne de l’armée belge en 1891 jusqu’à ce la Défense nationale abandonne finalement le site dans les années 1980.

Le site va alors être fractionné et réorganisé dans le Plan de Secteur. En bas, la moitié la plus boisée du parc est acquise par la Ville de Liège et aménagée en parc public. Au centre, le Fort est déclaré site historique et est acquis par une société Immo Chartreuse qui prétend vouloir l’aménager mais n’en fera rien (si ce n’est le laisser se dégrader) parce qu’elle espère en faire une bonne opération de spéculation immobilière à l’avenir. Autour du fort, d’autres zones sont acquises par la société Matexi qui se propose d’y construire, en plusieurs phases, plus de 300 logements sur les espaces qui ont été abandonnés par l’armée. Mais tous ces projets ne se concrétisant pas, les terrains entourant le fort sont reconquis par une végétation conquérante et deviennent une zone de balade pour les amoureux de la Nature et de l’Histoire.

C’est la demande de permis déposé par Matexi pour un premier lotissement de 70 logements qui met le feu aux poudres en automne 2017. Un collectif d’habitants se crée sous le nom d’Un Air de Chartreuse. L’enquête publique provoque un raz-de-marée de 5.100 courriers d’opposition. Matexi retire sa demande de permis… mais le projet resurgit en 2019 sous une forme un peu réduite (48 logements). A nouveau, près de 3.600 personnes marquent leur opposition, ce qui n’empêche pas le Collège de donner un avis favorable au projet. Le collectif dépose un recours au Conseil d’Etat mais, sans attendre le résultat de cette démarche, au printemps 2022, Matexi annonce son intention de commencer rapidement les travaux. Le combat semble perdu…
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Retournement de situation

Mais un groupe de jeunes militants lance une occupation du site pour le protéger des bulldozers de Matexi. L’occupation du site sous la forme d’une Zone à Défendre (ZAD) va durer près de 6 mois et changer complètement la donne. Forte du soutien actif d’une partie des habitants du quartier, du collectif Un Air de Chartreuse, d’OLT et d’une centaine d’associations de tout type, l’occupation rend en pratique impossible le lancement des travaux. Elle fait aussi du cas de la Chartreuse un cas résolument emblématique des luttes pour la défense de zones vertes en ville contre le pouvoir de l’argent et des promoteurs immobiliers.

En septembre 2022, la lutte de la Chartreuse et l’occupation de la ZAD aboutissent à une victoire impressionnante. A la demande (qu’on suppose pressante) du bourgmestre, la société Matexi s’engage à ne pas mettre en œuvre le permis (qu’elle avait pourtant obtenu!) sur la première parcelle; elle annonce dans la foulée qu’elle ne tentera pas d’urbaniser les autres parcelles qu’elle possède sur le site et qu’elle cèdera l’ensemble de ces terrains à la Ville dans le cadre d’un futur échange avec d’autres terrains constructibles appartenant à celle-ci.

Depuis l’annonce de cette victoire qui aurait été inimaginable six mois plus tôt, les nouvelles informations qui se sont succédées – le Projet de Territoire de la Ville de Liège mettant en avant la constitution d’une « chaîne de parcs » incluant le site de la Chartreuse, la décision de transformer du Schéma d’Orientation locale du site de la Chartreuse de manière à surmonter les difficultés créées par le Plan de Secteur,…) pointent toutes vers une issue heureuse pour l’ensemble du site.

Reste quand même un gros point d’interrogation: l’avenir du Fort lui-même. Un projet de réhabilitation de celui-ci et des bâtiments militaires voisins de moindre taille en une maison de repos, des logements et même des commerces a été présenté au collectif (très sceptique!) par un bureau d’architectes mais sans que des suites se concrétisent.
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Pas de lotissement et une réhabilitation du fort

Et, tout récemment, le bourgmestre de Liège vient de présenter un cadre clair pour l’avenir du site. La Ville veut sanctuariser l’ensemble du site (les 38 hectares) pour en faire « le plus grand parc de Liège ». Plus question donc d’urbanisation d’une quelconque partie du site!

Les discussions se poursuivent avec Matexi pour l’échange de terrains décidé il y a deux ans. Par contre, les contacts sont au point mort avec la société italienne Immo Chartreuse, propriétaire du fort qu’elle n’a jamais entretenu et qui tombe peu à peu en ruines. Pour éviter que des accidents graves s’y produisent, la Ville vient de faire murer les voies d’accès au fort (voir l’autre article sur ce point). Elle enverra la facture à Immo Chartreuse. Si cette société ne paie pas, la Ville ira en justice pour pouvoir saisir le fort. Si Immo Chartreuse paie, la Ville visera quand même une expropriation des bâtiments.

La Ville va aussi tout faire pour récupérer les terrains vendus par l’armée à des promoteurs en 2008.

Le projet annoncé de la Ville est donc, à un horizon estimé entre cinq et dix ans, de préserver l’ensemble des espaces verts et de consacrer le fort à des fonctions collectives après l’avoir débarrassé de ces ajouts non-classés. « Un lieu de loisirs pour la population avec jeux pour enfants, un centre d’art urbain, un établissement Horeca,… Tout est possible. Nous en discuterons avec les associations concernées et nous trouverons les moyens financiers pour y parvenir. » affirme le bourgmestre.

Sauf retournement complet de situation, c’est donc bel et bien une perspective d’avenir positive et une victoire de grande ampleur pour le collectif et les milliers de personnes qui ont participé durant ces sept dernières années à la lutte pour sauver la Chartreuse.