Liège – Encore un projet immobilier refusé à Cointe
Cointe est un quartier sur les hauteurs de Liège. Depuis très longtemps, il est considéré comme un quartier aisé, ce qu’il était et est toujours en partie mais ce qui ne rend pas (ou plus) compte de la diversité de la population et du logement. C’est par contre, sans conteste, un des quartiers restés les plus verts… et donc une des cibles préférées des promoteurs immobiliers.
C’est ainsi que, ces dernières années, se sont succédé des projets immobiliers en divers points de ce quartier, notamment au Bois d’Avroy, au Bois l’Evêque, sur une prairie rue des Bruyères et, tout dernièrement, avenue de Gerlache.
Le hic pour les promoteurs, c’est que, dans chacun de ces cas, des collectifs d’habitants se sont créés pour contester ces projets, ont développé une argumentation fouillée et organisé de belles mobilisations locales. Et qu’ils ont remporté tous leurs combats!
Un refus très clair
Le dernier en date, c’est donc celui de l’avenue de Gerlache. La société Perspective Groupe avait déposé une demande de permis pour transformer une villa des années 1920 en six appartements… et massacrer le grand jardin de cette villa en y construisant trois blocs pour un total de 27 logements! Ce type de projet n’est d’ailleurs pas propre à Cointe mais tend à se généraliser puisqu’il offre une solution « concentrée » aux promoteurs de placer un maximum de logements sur un minimum de terrain (évidemment sans trop se préoccuper de questions aussi triviales que le respect du patrimoine, le rôle essentiel des concentrations d’arbres en ville,…).
Les riverains et les habitants du quartier se sont mobilisés lors de l’enquête publique. Et la Ville de Liège vient de refuser le permis. L’argumentation vaut la peine d’être reproduite intégralement: « Le projet manque d’intégration dans la typologie du quartier, il est inadapté et excessif. L’accès au site est contraignant vu la configuration du terrain. Il augmente l’artificialisation des sols avec un impact majeur sur le couvert boisé. Il ne prend pas en compte les espèces protégées, le risque d’éboulement, les nuisances sur le voisinage immédiat. Le projet se situe sur les coteaux de la vallée de la Meuse et le Projet de Territoire de Liège précise que les coteaux, souvent boisés, soulignent la topographie exceptionnelle de la Ville de Liège, que leurs qualités doivent être préservées. De plus, il estime également que le sol non-bâti doit être considéré comme une ressource, un patrimoine commun à préserver.
Le Collège communal épingle aussi le fait que ce projet ne respecte pas différentes directives urbanistiques communales, ce qui n’est pas envisageable, ni acceptable au vu des pertes écologiques engendrées par ce projet, malgré les mesures compensatoires. »
Des justifications très importantes
Un des aspects les plus importants de cette décision est incontestablement la référence au « sol non-bâti comme ressource à préserver » et à la volonté exprimée dans le Projet de Territoire (un document adopté il y a quelques mois par le Conseil communal et qui se veut plus ambitieux et à plus longue durée qu’un « simple » Schéma de Développement communal) de préserver les côteaux de la ville et de développer une « chaîne de parcs » reliés entre eux par de nombreux espaces verts existants et à protéger.
Cette décision de la Ville concernant la rue de Gerlache témoigne donc d’une volonté grandissante de la Ville de préserver les espaces verts. On ne peut que s’en réjouir… et de rester attentifs et mobilisés pour que cette évolution positive se confirme.
Petit post-scriptum post-électoral: en 2018, la société Thomas & Piron avait déposé une demande de permis assez similaire dans un autre quartier de Liège (Grivegnée). Ici, elle ne prévoyait pas de remettre en état la villa du début du 20e siècle établie à front de rue mais prévoyait « simplement » la construction de deux immeubles (23 appartements) dans le parc de celle-ci (parc qui, de ce fait, aurait été quasiment détruit). Le même Collège communal que celui qui vient de refuser le permis rue de Gerlache avait prévu d’accorder le permis pour les deux bâtiments, avant de prendre en compte (partiellement) le point de vue du collectif d’habitants « Autour des Orchidées » et de réduire le permis à un seul bâtiment. Insatisfait et inquiet devant les risques de ce permis, le collectif était parti en recours au Conseil d’Etat… décision qui avait conduit le propriétaire du terrain à changer d’avis, rompre l’accord avec le promoteur, remettre la maison en vente et trouver un accord avec une société caritative qui a rénové la maison, protégé son parc et développé un beau projet d’accueil.
Le contraste entre ces deux décisions de la Ville à six ans de distance est frappant. Les mauvais esprits diront qu’il y avait peut-être un potentiel électoral plus grand à préserver à Cointe qu’à Grivegnée pour l’échevine libérale en charge de l’urbanisme. Les optimistes (et les militant·e·s) diront que les esprits et les décisions peuvent évoluer dans le bon sens…

