Mariembourg – Quand les zonings veulent dévorer les terres agricoles

Mariembourg – Quand les zonings veulent dévorer les terres agricoles

Un dossier du Vif, en date du 2 novembre, met en lumière le délicat équilibre entre le progrès économique et la protection des terres agricoles à Mariembourg (Couvin). Ce reportage détaillé analyse le projet d’agrandissement de 38 hectares du zoning de Mariembourg, lequel représente une menace directe pour les exploitations agricoles locales, en particulier celle de Philippe Buyck.

Selon cet agriculteur, la raison même de cette extension de zoning pose question. En effet, à quelques kilomètres de là, à Baileux, une extension du zoning local reste sans occupation ou presque. De même, sur le site EFEL (à l’entrée de Couvin), de nombreux terrains industriels restent en friche.

Ce qui inquiète particulièrement Monsieur Buyck, au vu des récentes inondations en Espagne et même à Couvin, c’est la bétonisation galopante autour de la ville et les soucis d’écoulement des eaux que cela engendre. Or les terres projetées pour l’extension du zoning se situent au point le plus bas de l’entité.

Pour le Bureau Economique de la Province (BEP), la bétonisation dans la région couvinoise est à relativiser. Selon le BEP, en regard des statistiques, Couvin a artificialisé 58 hectares pour du résidentiel entre 2012 et 2022, et seulement 4,1 hectares pour des activités économiques sur la même période. Il précise également que, sur les 20.600 hectares de la Commune, 91% ne sont pas artificialisés.

Dès lors, est-il réellement nécessaire de mettre le grappin sur 38 hectares pour des raisons économiques, sachant que des sites comme EFEL restent en partie en friche ? Bien que le BEP ait identifié en Province de Namur 633 sites à réaménager pour de l’activité économique (pour un total de 1.350 hectares), il se justifie par le fait qu’en région couvinoise, ce sont essentiellement des petits terrains où de nombreux obstacles restent à lever avant de pouvoir envisager un projet.

Que doit-on sous-entendre face à de telles justifications ? Que comme la moyenne d’artificialisation des terres en région couvinoise est inférieure à celle de la Wallonie, on peut « y aller gaiement » ? Que les politiques privilégient la voie de la facilité en s’accaparant des terres agricoles plutôt qu’en tentant de lever les obstacles inhérents aux sites déjà artificialisés ? Ou doit-on simplement y voir une notion de profit économique (la construction coûtant moins cher que la réhabilitation) ?

Bien que la région couvinoise, en raison de son taux de chômage élevé, nécessite plus que vraisemblablement un redéploiement économique pour éviter le départ des familles, cela ne doit pas se faire une fois de plus aux dépens de terres agricoles indispensables pour la biodiversité et la sécurité alimentaire, surtout quand des alternatives existent déjà.

Ce combat illustre également une problématique plus vaste en Wallonie : comment répondre à la demande croissante de terrains industriels tout en limitant l’artificialisation des sols ? 

 

Afin de mieux comprendre les enjeux de ce dossier, voici quelques extraits très parlants de l’article du Vif :

1) Lutte entre développement économique et préservation des terres agricoles : le cas de Couvin

La Wallonie se trouve à la croisée des chemins entre la préservation des terres agricoles et l’extension nécessaire des zones économiques. Un exemple frappant est celui de Couvin, où le développement économique semble primer sur la conservation des terres agricoles.

2) Le Contexte Agricole Menacé

La région de Couvin illustre un dilemme récurrent en Wallonie : la protection des terres agricoles face à l’expansion des zones industrielles. Quatre agriculteurs, dont Philippe Buyck, se verront privés d’une partie importante de leurs terres. Philippe, éleveur de vaches laitières et viandeuses, est particulièrement touché par cette décision qui lui coûtera près de 30 hectares, soit un quart de sa superficie. Cette perte compromet l’avenir de son exploitation et pose question sur la viabilité des projets agricoles dans la région. « Dans de telles conditions, je ne sais pas si je pourrai reprendre la ferme », confie Simon, son fils de 23 ans, révélant la précarité accrue pour les jeunes agriculteurs.

3) Un Choix entre Chômage et Écologie

Derrière cette extension du zoning de Mariembourg, la réalité économique est tout aussi pressante. Le taux de chômage à Couvin s’élevait à 16,8 % en 2023, bien au-dessus de la moyenne régionale. Face à la désindustrialisation historique, les élus locaux défendent l’idée que l’expansion du parc industriel est cruciale pour dynamiser l’emploi et attirer de nouveaux investisseurs. « Nous avons besoin d’industries et d’emplois. Pour y parvenir, nous devons exploiter l’outil économique qu’est l’autoroute E420 », déclare Jean Le Maire, conseiller communal.

4) Des Zoning sous-exploités et saturés

Le parc industriel de Mariembourg, bien qu’étendu, n’est pas exempt de critiques. Avec seulement 10,5 emplois à l’hectare, il est bien en dessous de la moyenne provinciale de 17,6. Des espaces non optimisés et des activités incongrues (piste de VTT privée, clubs de loisirs) illustrent un développement parfois anarchique. Selon Fabrizio Cipolat, du BEP, il est difficile de réguler des pratiques établies depuis des décennies. Bien que des terrains existent ailleurs, notamment à Chimay-Baileux avec 25 hectares disponibles, ils ne répondent pas aux critères stratégiques des entreprises cherchant un accès direct à l’axe nord-sud de l’E420.

5) L’Impact Environnemental et les Risques d’Inondations

L’extension prévue borde une zone classée comme à risque d’inondation élevé, une préoccupation accrue après les récentes inondations de la tempête Kirk. Le BEP tente de rassurer avec des mesures d’atténuation telles que des bassins d’orage, mais la crainte reste que l’artificialisation des terres aggrave la situation.

6) Une Solution Temporaire ?

Le projet d’extension, bien qu’ambitieux, révèle une gestion à court terme des ressources agricoles. La Wallonie, tout en visant une « fin de l’artificialisation nette des sols » d’ici 2050, doit encore trouver comment concilier le développement économique et la préservation de son patrimoine rural.
Une question reste ouverte : jusqu’à quel point peut-on sacrifier le patrimoine agricole au nom du développement économique ?

 

Pour lire l’intégralité de l’analyse et comprendre les enjeux profonds de ce dossier, l’article complet est à découvrir sur le site du Vif (lecture réservée aux abonnés) :
https://www.levif.be/societe/environnement/quand-les-zonings-mangent-les-terres-agricoles-a-mariembourg-le-recit-dun-duel-desequilibre/