Sorinne-la-Longue – Le ViciGAL en question(s)

Sorinne-la-Longue – Le ViciGAL en question(s)

Le ViciGAL est un projet de voie lente (cheminement cyclo-piéton) de 42 kilomètres reliant les Ravel de Meuse entre Yvoir et Huy, traversant 5 communes : Yvoir, Assesse, Gesves, Ohey et Huy. Le but est de créer des revêtements praticables pour tous les types de vélos. Au départ le projet devait se situer sur l’ancienne assise du tram vicinal. Mais sur les 42 km du ViciGAL, seuls 24 km correspondent réellement à l’ancien tracé du tram. Des tracés alternatifs ont donc dû être identifiés, notamment pour ce qui concerne la commune d’Assesse, dans des zones naturelles.

Le collectif « Non au béton dans notre bois ! » n’est, a priori, pas opposé à la création des voies douces. Par contre, il s’oppose aux choix de tracés et de revêtements lorsqu’ils représentent une artificialisation et une imperméabilisation des zones naturelles qu’ils traversent (création de bi-bande en béton, bande de bitume, empierrement stabilisé au ciment).

Après de longues tergiversations, ayant notamment entraîné la demande du report de la décision, le Ministre Desquesnes a finalement octroyé le permis fin octobre 2024. Permis que la Commune s’est empressée d’afficher afin de pouvoir reprendre les travaux à tout moment. Bien que dépité par cette décision, le collectif reste déterminé et étudie à la fois les moyens de faire bloquer les travaux s’ils débutent, ainsi que les voies possibles (recours ?) pour que la Commune revoie sa position sur ce dossier.

Préservation de la biodiversité ?

Selon les informations contenues dans le métré estimatif, le Cahier Spécial des Charges du projet ainsi que la demande de permis d’urbanisme, 5 zones naturelles seront impactées sur le territoire de la commune d’Assesse. Pour le village de Sorinne-la-Longue, il s’agit du bois de Sorinne-la-Longue, de la rue du Fond et de la prairie incluant le verger conservatoire situé en zone Natura 2000.

La création d’une voie cyclo-piétonne dans des zones naturelles générera un chantier important comprenant le décaissement, le déplacement de déblais (1077 m³ pour Sorinne-La-Longue et 1077 m³ pour Maillen-Crupet) et l’étalement de déblais (non communiqué) qui nuiront aux nombreuses espèces présentes. En outre, l’abattage d’arbres, bosquets, haies et arbustes dégradera le niveau de biodiversité de ces sites. Même s’ils ne sont pas abattus, des arbres seront impactés négativement au niveau de leur système racinaire.

Au niveau de la biodiversité, il est à déplorer le choix qui a été fait par les porteurs du projet ViciGAL de systématiquement choisir, pour les parties du tracé passant dans des zones naturelles, un revêtement artificiel et imperméable nécessitant des travaux qui impliqueront une destruction de la Nature et une perturbation des écosystèmes en place.

Il n’est pas acceptable que des zones naturelles déjà sujettes à de nombreuses pressions et menaces soient l’objet de projet d’artificialisation. Car il s’agit bien de soustraire des surfaces très peu, voire pas artificialisées pour les convertir en surfaces indurées (béton, asphalte, stabilisé au ciment).

L’inventaire biologique, réalisé par LM Pigneur dans les zones traversées par le projet sur Sorinne-La-Longue, Crupet et Maillen en 2023 dénombre pas moins de 26 espèces rares et/ou protégées par la Loi du 12 juillet 1973 sur la Conservation de la Nature. Il est à craindre que ces espèces pâtissent grandement de la détérioration de leur habitat naturel ou que certains individus soient carrément supprimés, ce qui est contradictoire à la Loi sur la Conservation de la Nature.

En particulier, le bois de Sorinne-la-Longue abrite des amphibiens et notamment des salamandres (espèce protégée) dans les zones humides du bois. Le bitume et le béton risquent de devenir un piège écologique pour ces espèces menacées dont l’habitat ne peut être détérioré ou détruit.

Il semble assez clair que le projet ViciGAL dont il est question va à l’encontre des objectifs de conservation de la nature et de l’objectif de préservation et de restauration du réseau écologique que s’est fixé la commune d’Assesse. Les espèces et leurs habitats seront impactés par la réalisation du projet pendant la phase de travaux et par la destruction irréversible d’espaces naturels. La fonction jouée par ces sites au niveau du maillage écologique sera également amoindrie. En lieu et place de préservation et de restauration, on s’oriente plutôt vers une dégradation des connexions écologiques.

Site Natura 2000 et paysages

Une partie du tracé du ViciGAL jouxte ou traverse le site Natura 2000 du Bassin du Samson. Voici la description du site d’après l’Arrêté du Gouvernement wallon de désignation du site Natura 2000 BE35005 – « Bassin du Samson » (M.B. 07.06.2017) : « Le site comprend divers milieux ouverts (comme la Pichelotte) et de belles entités forestières échelonnées au long du cours du Samson entre Sorinnes-la-Longue et Namêche (Bois de Gesves, de Faulx-les-Tombes, du Chauffage, d’Ohey, de Roquimont…). La diversité forestière se traduit par la présence de hêtraies acidophiles, de boisements de ravins et de boisements rivulaires. L’avifaune est représentée par des espèces prestigieuses telles que la Cigogne noire et le Martin-pêcheur. La mosaïque d’habitats montre une grande diversité botanique comportant plusieurs espèces très rares (Hypericum androsaemum…). L’intérêt herpétologique n’est plus à démontrer avec la présence de la Coronelle, de la Couleuvre à collier, la présence de 4 espèces de tritons dont le très menacé Triton crêté dont une belle population subsiste dans quelques mares situées en prairies. » 

Extrait de la cartographie Natura 2000. Source : Walonmap. En rouge, partie du tracé du ViciGAL longeant ou traversant le site N2000 du Bassin du Samson :

 

Enfin, au niveau de l’intérêt paysager, le projet du ViciGAL portera atteinte à la qualité paysagère du site et à terme, ce genre de projet pourrait nuire à l’attrait touristique lié à la ruralité et à la nature dans la commune d’Assesse. Le projet de ViciGAL s’adresse à une frange limitée de cyclistes et ce, au détriment d’autres usagers comme les cavaliers, randonneur, VTTistes, Trailleurs,… De ce fait, à travers la réalisation du projet ViciGAL, la commune d’Assesse ne respectera pas les objectifs qu’elle s’est fixés dans son Schéma de Structure, ni les objectifs de conservation des paysages tels que prévus dans la Convention de Florence.

Alternatives ?

Comme dit en introduction de cet article, le collectif « Non au béton dans notre bois ! » n’est pas formellement opposé au projet ViciGAL. Cependant, il a le souhait que celui-ci voit le jour sous une forme qui respecte la Nature et les autres usagers.

Un des grands principes en matière de conservation de la Nature est l’évitement avant de penser aux compensations. Celles-ci ne compensant jamais complètement les impacts sur la Nature.

C’est pourquoi des alternatives ont été présentées par ordre de priorité :

  •     Pour éviter les impacts négatifs précités, des alternatives de tracé ont été réfléchies et proposées. Certaines de ces alternatives ont été étudiées par les auteurs du projet, mais il est à regretter que les critères retenus ne concernaient que trop souvent l’esthétique et la sécurité mais quasiment jamais l’impact du projet sur la Nature. L’arbitrage de ces différents critères aurait dû faire l’objet d’une réflexion construite et argumentée au regard des engagements pris, entre autres, dans le Schéma de Structure Communal et des législations environnementales à respecter. En définitive, ces alternatives ont donc été rejetées
  •     Dans une logique intermédiaire de minimisation des impacts, des dérogations pour réduire la largeur du tracé (1.3m) ont pu être obtenues sur certains tronçons (ex : chemin des écoliers à Gesves) pour un motif environnemental. Il est à regretter que ces demandes de dérogations n’aient pas été faites pour tous les tronçons traversant des zones naturelles.
  •     Enfin, la minimisation des impacts du projet aurait également pu être rencontrée au travers l’utilisation de revêtements perméables.

Et maintenant ?

Fin octobre 2024, malgré plusieurs irrégularités tout au long de la procédure démarrée en octobre 2022, le Ministre Desquesnes a octroyé le permis et les travaux dans les bois de Sorinne-la-Longue ont été annoncés.

Bien que dépité par cette décision, le collectif n’en reste pas moins combatif. En premier lieu, il appelle la nouvelle majorité communale, qui a pris ses fonctions ce 2 décembre, à rouvrir ce dossier et enfin prendre en compte les arguments citoyens. Il va également interpeller le DNF quant aux dérogations à obtenir par rapport à la Loi de Conservation de la Nature. Enfin, il étudie également la possibilité d’un recours auprès du Conseil d’Etat.

Affaire à suivre…