Seraing – Stop au saccage de la nature par Elia au Val Saint-Lambert!
Si, un peu partout en Wallonie, on veut de plus en plus un Stop Béton, au Val Saint-Lambert à Seraing, c’est un Stop Bentonite qui est réclamé d’urgence par les riverains!
Depuis plus d’un an, la société ELIA construit une liaison souterraine reliant la future centrale TGV à Seraing au poste électrique ELIA de Rimière… en éventrant de manière particulièrement « sauvage » les zones vertes et naturelles sur son passage et en provoquant notamment un véritable déferlement de bentonite dans la nature.
Saccage en règle
Dès le début du chantier, les riverains se sont rendus compte que les firmes travaillant pour Elia se conduisaient comme des cow-boys, saccageant les arbres et les prairies par où doit passer la liaison. Leurs dénonciations ont été relayées avec force par le collectif Le Bois du Val (qui s’est constitué en 2019 pour dénoncer le monstrueux projet immobilier, commercial, touristique et administratif appelé « Cristal Park » et qui a continué de défendre le site après le naufrage frauduleux de ce projet).
La Ville de Seraing a pris la décision, le 13 février dernier, de suspendre le chantier. Mais
ELIA a introduit une demande de dérogation auprès de la Région Wallonne, qui lui a été accordée le 31 mai. Ce qui signifiait concrètement qu’Elia et ses sous-traitants auraient pu procéder à l’abattage, l’élagage et le broyage de plusieurs arbres, haies et buissons dans deux zones naturelles du bois, un site d’une grande valeur pour la biodiversité.
Heureusement, la mobilisation fructueuse (rassemblement devant le conseil communal de juin, reportage TV et articles de presse…) a permis d’imposer à Elia et à ses sous-traitants le respect de la période élargie de nidification jusqu’à la mi-août. Un moment de répit durant une période importante pour de nombreuses espèces.
Bentonite à gogo
Le chantier a ensuite repris… et de nouveaux problèmes ont surgi. Le forage a démarré le 24 octobre 2024. Cinq jours plus tard, alors que le forage pilote atteignait 340m, il a rencontré une source non répertoriée, avec pour conséquence l’écoulement d’une grande quantité d’un mélange d’eau et de bentonite, en plein milieu d’une zone de grand intérêt biologique caractérisée notamment par la présence d’un peuplement de grands hêtres.

La bentonite est une roche argileuse généralement d’origine volcanique. Elle est utilisée dans de nombreuses applications industrielles. Elle est notamment couplée à de l’eau pour être utilisée lors des forages dans le sol. Utilisée seule ou avec de l’eau, elle n’est généralement pas considérée comme un composant polluant. Alors, inoffensive la bentonite ? Pas tant que ça ! Le risque principal lié au déversement de bentonite en zone forestière et plus généralement dans un espace de végétation est l’imperméabilisation du sol. En effet, la bentonite va absorber l’eau et pourrait créer une surface imperméable là où elle se trouve. En surface, la présence de bentonite peut altérer la capacité du sol à infiltrer l’eau. Au sein du sol, elle peut colmater celui-ci et avoir un impact négatif sur le système racinaire des arbres et autres végétaux.
Une autre propriété de cette matière est d’agglomérer les déchets divers provoqués par le forage. De ce fait, la bentonite, sans être considérée elle-même comme un polluant, peut se charger de matières polluées et les transporter lors de son ruissellement. Dans une zone en forte pente caractérisée par de nombreux ruissellements (sources, résurgences et arènes), comme c’est le cas au pied de la zone Natura 2000, elle devient un vecteur possible de pollution. Le risque se trouve accru dans des zones qui sont suspectes de présenter des traces de pollution comme les anciens terrains d’exploitation de la cristallerie. Le risque est alors une diffusion de poches de polluants par ruissellement ou infiltration jusqu’au cours du ruisseau de Villencourt.
Contrairement à ce que les porte-paroles d’Elia ont régulièrement affirmé, les conséquences de ces fuites de bentonite sur l’environnement sont donc importantes et inquiétantes.
Les « incidents » s’enchaînent
Suite à l’accident du 29 octobre, le forage a été interrompu et une série de mesures ont été prises pour tenter de maîtriser le ruissellement de boues et les dévier dans des canalisations de l’A.I.D.E. et le déplacement des bacs de décantation qui se trouvaient près du ruisseau, Malgré cela, l’écoulement d’eau et de boue s’est poursuivi, atteignant par moments un débit de 100 litres à la minute !

Un deuxième incident a eu lieu en date du 31 octobre. Suite à l’arrêt du forage, il a fallu en retirer les tiges de forage. Cette manœuvre a été à l’origine d’une importante résurgence de bentonite. La zone forestière impactée couvrait plus de 400 m2. Une opération de nettoyage a eu lieu. Mais, quelques jours plus tard, d’importantes pluies ont augmenté les phénomènes de ruissellement, lessivant la prairie des Macrales concernée par le chantier et entraînant un écoulement important d’eau et de boue vers le ruisseau.
Et une nouvelle fuite de bentonite a été encore remarquée dans les bois le 31 novembre.
Réparer et compenser
Alors que le chantier Elia est encore loin d’être terminé, le constat est clair : plutôt que de procéder de manière précise et limitée, c’est une grande partie des bois et des prairies sur le tracé de la liaison électrique qu’Elia et ses sous-traitants sont en train de saccager.
Comme le dit le collectif « Le Bois du Val »: « Il y a deux ans, nous défendions ces magnifiques prairies dans le cadre de la lutte contre le projet Cristal Park. Mais aujourd’hui, la prairie du haut a été complètement endommagée par les travaux Elia. Malgré les nombreux avertissements prévenant des dangers importants de ces forages en pleine zone naturelle qui abrite des biotopes variés et accueille des espèces dont certaines protégées. Mais voilà, l’avidité économique prend le pas sur la protection de ce qui, à l’heure actuelle, devrait être pourtant considéré comme notre bien commun et comme un essentiel à préserver.« .

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Aujourd’hui, l’entrée du bois et la prairie des Macrales ressemblent à un chantier d’autoroute. Ce sont les conséquences visibles. Mais il est clair que les dégâts pour ce site, qui abrite une grande richesse en matière de biodiversité, classé en plusieurs endroits Zone Natura 2000, l’impacteront sur le long terme.
Le collectif continue donc à se mobiliser, notamment à l’occasion des réunions du Conseil communal, pour dénoncer le fait que les problèmes déjà créés par le chantier ne sont pas encore réglés et qu’on peut craindre que la poursuite de celui-ci continue à en créer d’autres. Il réclame qu’Elia paie des réparations financières conséquentes vu l’ampleur des dégâts et que des compensations soient mises en œuvre pour réparer les dégâts.


