Couvin – Enquête publique: un projet d’extension de zoning menace des terres agricoles
Si la Wallonie a pour objectif (à l’horizon 2050 !) d’arrêter l’artificialisation des espaces verts et des terres agricoles, ces dernières résistent encore bien peu actuellement aux extensions de zoning. En 2022, dans la région d’Arlon, le projet d’extension sur 28 hectares du zoning de Weyler avait suscité une forte levée de boucliers (tant au niveau citoyen que politique) car elle s’accaparait des terres agricoles, mais ce n’est malheureusement pas le cas partout.
A Mariembourg, dans l’entité de Couvin, le Bureau économique de la Province de Namur (BEP) remet sur la table son projet d’extension du Parc d’Activités Economiques (PAE) sur une surface de 38 hectares ! Et comme de bien entendu, ces 38 hectares sont actuellement dédiés à l’usage agricole.
Ce projet, outre l’accaparement de ces terres, pose de nombreuses questions et suscite la controverse. S’il est indéniable qu’il faut recréer de l’emploi dans cette zone économiquement sinistrée, avec un des taux de chômage les plus élevés (16.8 % contre 13.4% pour la moyenne wallonne), cela doit-il irrémédiablement se faire au détriment de terres agricoles alors que d’autres alternatives existent ?
Depuis plusieurs années, le citoyen belge s’est (enfin) rendu compte des nombreuses difficultés rencontrées par les agriculteurs et de l’importance vitale de ces derniers dans l’autonomie alimentaire de notre pays. Dans le cas présent, quatre familles d’agriculteurs seront impactées. L’une d’entre elles se verrait ainsi retirer près de 30 hectares, soit environ 25% de sa surface actuelle, ce qui met clairement en péril la pérennité de son exploitation, et l’impossibilité pour le plus jeune fils de 23 ans de reprendre l’exploitation avec de véritables sécurités et perspectives d’avenir.
Ceci est bien sûr révoltant, mais ce n’est malheureusement qu’une des multiples incohérences de ce dossier. Il faut en effet savoir que dans un rayon proche, de nombreuses alternatives existent. En premier lieu, nous devons citer la mauvaise exploitation du zoning actuel. Développé depuis 1964, on y trouve à la fois tout et n’importe quoi ! A côté d’entreprises structurantes actives dans divers domaines, on peut notamment trouver une piste de karting, un stand de tir, une boulangerie, une maison 4 façades, un bureau d’architectes, … Sur une vaste parcelle, une entreprise s’est même aménagé une piste de VTT à des fins purement privées ! Enfin, de nombreuses autres parcelles sont encore à l’heure actuelle à l’état de prairie. Avec ses 10,5 emplois à l’hectare (contre une moyenne de 17,6 à l’échelon provincial), on ne peut donc pas dire que le zoning de Mariembourg soit un modèle en matière d’optimisation des sols…Réallouer les parcelles inusitées et « chasser » du zoning ce qui n’a pas sa place permettrait déjà de récupérer plusieurs hectares.
Une autre possibilité serait de réhabiliter la friche du site Efel, distant de quelques kilomètres, vaste carcasse de béton gisant au bord de la N5 depuis la faillite des Fonderies du Lion. Il y a là 7 hectares de terres déjà artificialisées.
Enfin, à Baileux-Chimay, distant de 14 kilomètres, le Parc d’Activités Economiques (PAE) comptabilise encore 25 hectares de terrains disponibles. Pourquoi ne pas privilégier cette piste ? Une fois de plus, une histoire de « gros sous » bloque cette possibilité. En effet, le PAE de Baileux-Chimay appartient à une autre intercommunale, hennuyère celle-là, Igretec. Et ces intercommunales tirent une grande partie de leurs recettes de l’équipement et puis de la revente de ces terrains à des entreprises. La boucle est bouclée : priorité au profit financier plutôt qu’à la protection des terres agricoles !
Un dernier point pose encore question, surtout au vu des événements dramatiques de 2021 : les 38 hectares envisagés pour l’extension sont repris dans les cartes wallonnes comme zone d’aléa élevé d’inondations du fait du passage de l’Eau Blanche, un cours d’eau vers lequel le zoning rejettera les eaux de pluie. Donc non seulement le site sera souvent inondé, comme il l’est déjà régulièrement, mais le centre de Couvin ou du village avoisinant de Nismes traversés par l’Eau Blanche en subiront les conséquences, eux qui ont déjà laissé un lourd tribut aux inondations par le passé. Autant dire que les riverains de l’Eau Blanche ne voient pas ce projet d’un bon œil…
Occupons le Terrain apporte donc tout son soutien aux agriculteurs menacés d’expropriation.
Attention! l’enquête publique s’est achevée le jeudi 6 mars 2025.

Vous pouvez retrouver ci-dessous la lettre-type rédigée par les agriculteurs et qui a été utilisée dans le cadre de l’enquête publique :
Au Collège communal de la commune de Couvin
Service de l’urbanisme
avenue de la Libération 2
5660 CouvinObjet : Réponse à l’enquête publique relative à « Couvin, extension du PAE de Mariembourg – Enquête publique ».
Le BEP souhaite exproprier une surface de 36,35 ha majoritairement composée de prairies et jouxtant une zone d’aléa d’inondation élevé. L’artificialisation de cette zone aura un impact indéniable. Par ce courrier, je souhaite exprimer mon opposition à ce projet.
Vous trouverez ci-dessous les principales remarques que je souhaite émettre à la lecture du dossier :
Les terrains concernés par ce dossier jouxtent une zone d’aléa d’inondation élevé et sont gorgés d’eau en période humide
Dès lors, l’artificialisation d’une telle surface pour y installer des entreprises risquant d’être impactées par des inondations semble déraisonnable. Cette situation impose également des contraintes importantes pour la gestion des eaux, celles-ci entraînant des coûts de réalisation très importants qui ne permettront même pas de garantir l’efficacité des mesures mises en place.
Les études réalisées démontrent la présence d’une nappe d’eau gorgeant le terrain lors d’épisodes pluvieux, il est donc impossible d’utiliser des dispositifs d’infiltration. Le projet prévoit alors de récolter les eaux pluviales au moyen de noues avant de les rejeter après temporisation dans le cours d’eau situé en aval. Le dimensionnement de ces ouvrages est cependant limité et ceux-ci ne suffiraient pas à contenir l’eau en cas d’épisodes pluvieux importants et répétés. Le volume de rétention imposé aux entreprises et défini à 77m³/1000m² s’avèrerait insuffisant et l’eau serait alors rejetée directement dans le cours d’eau entrainant une aggravation des inondations subies par la ville de Mariembourg.
Les ouvrages prévus tels que les noues ou caniveaux nécessitent un entretien régulier ; or, l’entretien du zoning existant laisse déjà à désirer. L’entretien du réseau d’égouttage est également négligé et cela pose déjà des problèmes de pollution dans le zoning et dans l’Eau Blanche notamment à cause des hydrocarbures.
L’étude réalisée par le bureau GEOLYS démontre également que les autres moyens de gestion des eaux comme les voiries perméables sont irréalisables. En effet, ces ouvrages nécessitent de ne pas compacter les fondations, cependant, les essais de sols réalisés démontrent qu’il est indispensable de mettre en place un remblai compacté pour la réalisation des voiries. La réalisation des éléments prévus dans le dossier est donc impossible.
L’impact sur le milieu agricole est trop important
Les terrains concernés constituent une plaine fort productive et bien entretenue impossible à remplacer. L’ensemble est occupé par 4 exploitations de polyculture élevage, l’une d’entre elles est particulièrement touchée avec la perte de presque 25% de sa surface. Ce projet remettrait gravement en cause la viabilité de l’exploitation. L’occupation précaire des terrains proposée par le BEP n’est pas une solution car elle ne permet pas une vision à long terme sur l’avenir de l’exploitation et ne permet donc pas la reprise et son financement. D’un point de vue plus global, cela porte également atteinte à l’autonomie alimentaire du pays.
Plusieurs alternatives existent mais celles-ci n’ont pas été suffisamment mises en avant par le BEP
Nous pouvons citer :
- La réhabilitation des friches industrielles présentes sur la commune dont le PAE de Frasnes situé à deux pas de celui de Mariembourg et qui est actuellement majoritairement laissé à l’abandon. Les bâtiments sont dégradés et vandalisés. La surface de plus de 5ha est inexploitée et pourrait être réallouée.
- L’utilisation des surfaces inexploitées dans le PAE existant. Entre les terrains vierges et les surfaces laissées à l’abandon, cela pourrait représenter une surface de plus de 6ha. Le PAE est actuellement considéré comme complet car les terrains ont été vendus, il apparait cependant clairement que la gestion du parc économique est très mauvaise et que plusieurs terrains sont inoccupés. Il faut également rappeler que des subsides ont déjà été versés pour la viabilisation de ces parcelles. Réallouer les parcelles à des entreprises souhaitant les exploiter permettrait de rationnaliser l’exploitation du parc actuel.
- La présence proche du PAE de Baileux qui dispose encore de 25 ha à affecter après un récent agrandissement pour lequel des terrains agricoles ont déjà été accaparés.
La réhabilitation des terrains/friches ou même des bâtiments inoccupés sont donc des solutions trop peu envisagées. Il s’agit pourtant d’un point abordé par le gouvernement wallon, le ministre de l’Economie et de l’Aménagement du territoire ayant annoncé un objectif de 100 hectares de friches réhabilités par an.
Remarques personnelles
En conclusion:
Les points développés ci-dessus ainsi que d’autres éléments, comme l’absence de réponses à différentes préoccupations reprises dans l’AGW, relatifs à la modification du plan de secteur, justifient ma position d’opposition au projet d’extension du PAE de Mariembourg et donc à la procédure de demande de reconnaissance avec expropriation.
NOM : ……………………………………………………
PRENOM : ………………………………………………
ADRESSE : ……………………………………………………………………………………………
CODE POSTAL : ………… COMMUNE : ……………………………………………..……………
DATE : Le … ……… 2025SIGNATURE :

