Bassenge – La carrière Marnebel fermée après… 25 ans de fonctionnement illégal

Bassenge – La carrière Marnebel fermée après… 25 ans de fonctionnement illégal

Dans quel pays une carrière peut-elle fonctionner sans permis pendant 25 ans en multipliant les atteintes à l’environnement et en s’asseyant sur les procès-verbaux d’infraction avant que la justice ne condamne les exploitants à la fermeture ?

Au Congo ? Au fin fond de l’Australie ? Non, non, chez nous, en région liégeoise ! Retour sur une situation incroyable et sur – enfin – une bonne nouvelle.

De la paille tressée aux carrières de calcaire

Jetez un œil sur un guide touristique et vous apprendrez que la vallée du Geer est à la lisière de la Hesbaye et de la zone urbaine de Liège et que, de son passé rural et agricole, elle tient sa célébrité de la fabrication de chapeaux en paille tressée (un musée lui est même consacrée). Promenez le même œil sur les paysages de cette vallée et vous remarquerez les falaises de calcaire qui offrent des paysages remarquables… mais qui ont été éventrés et malmenés par de nombreuses carrières.

Celles-ci ont un impact négatif important sur l’environnement, la géologie et les habitants de la région. Les travaux de terrassement perturbent le sol et les nappes phréatiques, entraînant une perte de biodiversité et affectant la qualité de l’eau et de l’air. Les activités de transport nécessaires pour acheminer les matériaux extraits ou de remblayage causent des nuisances sonores et une augmentation du trafic toujours croissante, qui affectent la qualité de vie des habitants et les activités économiques locales existantes et futures.

On ne peut pas dire que le respect des réglementations environnementales soit la première préoccupation d’une série d’entreprises, parfois de très grande taille, comme CBR. Mais la plus incroyable dans ce domaine est incontestablement la carrière Marnebel.

Illégalité tout confort

Située à Eben-Emael (Bassenge), la carrière de Marnebel est exploitée depuis 1952 et s’étend sur 22 hectares, entre la Meuse et le Geer. Et pas n’importe où : elle est entourée de zones naturelles, d’espaces verts, d’une zone Natura 2000 à grande valeur patrimoniale, de sites de grand intérêt biologique et d’habitats à caractère rural.

Elle est aujourd’hui la propriété de la multinationale SIBELCO et de Hermans Stuelens. Le permis d’exploitation actuelle n’est plus valide depuis… plus de 25 ans. Malgré une tentative de régularisation déposée en 2018 qui a obtenu un refus de la Région wallonne (et un second refus en recours), les exploitants ont continué l’exploitation comme si de rien n’était.

En août 2018, le département de la police et des contrôles avait d’ailleurs enjoint l’exploitant à « cesser immédiatement toute activité sur le site tant que les installations n’auraient pas été autorisées par le permis requis ». Mais rien n’y a fait, l’exploitation de la carrière a continué, malgré plusieurs procès-verbaux d’infractions. Et cela aurait sans doute pu continuer encore longtemps si des habitants ne s’étaient pas organisés pour réagir.

Après avoir dénoncé pendant des années les nuisances liées à l’exploitation de la carrière et les incidences dramatiques sur l’environnement, ils ont fondé l’ASBL Bien Vivre en Vallée du Geer en 2021, qui regroupe des habitants de plusieurs communes de la vallée et même au-delà puisqu’elle compte aussi dans ses rangs des habitants de villages flamands et hollandais proches.

Fermeture complète endéans trois mois

Après plusieurs consultations infructueuses avec les responsables de SIBELCO, l’association a déposé une procédure d’action en cessation environnementale pour tenter d’arrêter les activités. Et, le 24 janvier 2025, le Tribunal de Première Instance de Liège a mis un terme à l’exploitation illégale de la carrière. Il a ordonné la cessation totale des activités sous peine d’une astreinte de 7.500 € par jour d’infraction, avec un délai d’exécution de trois mois à compter de la signification de l’ordonnance.

« Cette victoire est une avancée majeure pour la protection de l’environnement et des riverains, qui subissent depuis des années les nuisances liées à cette exploitation illégale. », déclare l’ASBL. Mais elle précise aussi qu’elle restera particulièrement vigilante à ce que ce jugement soit appliqué.

Reprise d’activité ou remplissage brutal ?

Le plus fort, c’est que SIBELCO, le groupe propriétaire d’une partie de la carrière, a introduit une nouvelle demande de permis tout en mettant l’accent sur la réhabilitation du site !

L’association annonce donc d’une part qu’ »elle veillera à ce que cette procédure fasse l’objet d’un examen rigoureux afin de prévenir toute reprise d’activité contraire aux intérêts des riverains et à la protection de l’environnement » et qu’elle surveillera de près l’avenir du site. Car, explique-t-elle, la réhabilitation proposée par SIBELCO équivaut à un remplissage important de la carrière. « En ce faisant, des valeurs historiques, géologiques et paléontologiques disparaîtront de façon irréparable sans valoriser le potentiel écologique du site actuel. De plus, l’apport de terres externes nécessiterait un important trafic de camions, jusqu’à 80 mouvements par jour en moyenne pendant 20 ans : c’est inacceptable pour la sécurité et le bien-être des habitants des villages traversés. Des routes alternatives ont été envisagées, mais se sont avérées peu réalistes. L’apport de terres externes dans la carrière de Marnebel est donc inacceptable. »

Un énorme bravo donc à l’ASBL Bien Vivre en Vallée du Geer pour son combat déterminé et sa magnifique victoire. Et bon courage pour continuer l’action pour défendre et rendre une vie meilleure au site.