La Vesdre – MR et Engagés refusent de donner la parole aux représentants des habitants!
39 morts et des questions sans réponses
Juillet 2021 La vallée de la Vesdre est ravagée par des inondations d’une violence inouïe. Bilan: 39 morts, des milliers de sinistrés et des dégâts matériels colossaux. Trois ans plus tard, la reconstruction avance – trop – lentement, et les questions sur la gestion de la crise et la prévention de futures catastrophes restent en suspens. Pire! la majorité MR-Engagés semble décidée à prêter une oreille aux experts universitaires mais à faire la sourde oreille aux représentants des associations et des sinistrés, suscitant l’indignation d’Écolo, du PTB et du PS.
Un schéma stratégique et un « Labo-Vesdre » en point de mire
Après le cataclysme, la Région wallonne a commandé une étude scientifique approfondie pour dessiner l’avenir du bassin de la Vesdre. Celle-ci a abouti à un schéma stratégique ambitieux, avec de nombreuses propositions concrètes coiffées par une proposition phare : la création d’un « Labo-Vesdre ». L’idée? Une entité supra-communale, un laboratoire de coordination, un outil pour fédérer les efforts de reconstruction et de prévention, impliquant tous les acteurs concernés : communes, région, experts, associations… Plusieurs bourgmestres des zones sinistrées ont manifesté le plus vif intérêt à cette idée.
Plus de trois années de travaux éparpillés et un cri d’alarme
Trois ans et demi plus tard, le constat est amer : les travaux de reconstruction avancent, certes, mais de manière éparpillée, sans réelle coordination. Le « Labo-Vesdre » est resté à l’état de concept, une coquille vide. Mi-janvier, les experts ont tiré la sonnette d’alarme : sans coordination, les risques de nouvelles catastrophes restent élevés.
Des acteurs sociaux mis au placard
Mardi 28 janvier, les auteurs du Schéma stratégique ont été entendus en commission d’Aménagement du Territoire du Parlement wallon et le ministre Desquennes a promis que le Labo-Vesdre allait – enfin – être bientôt mis en place. Mais, mardi 11 février, dans la même commission, le refus de la majorité d’entendre des acteurs sociaux dans le domaine de la solidarité a provoqué l’indignation. « Inconcevable » pour Écolo, qui rappelle le « cataclysme humain » qu’a représenté la catastrophe de 2021. Les écologistes avaient pourtant réuni fin janvier plusieurs experts, unanimes sur la nécessité d’une coordination efficace pour lutter contre les futures inondations. Mais visiblement, les expériences allemandes et flamandes, où des modèles de gouvernance ont fait leurs preuves, n’intéressent pas la majorité…
Pourquoi ce refus ?
La peur de la critique : Les acteurs sociaux, comme le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, ont une vision de terrain, ils connaissent les difficultés rencontrées par les populations les plus vulnérables. Leurs témoignages pourraient mettre en lumière les lacunes de la politique gouvernementale.
La volonté de minimiser les enjeux sociaux : En refusant d’entendre les acteurs sociaux, la majorité donne l’impression de vouloir reléguer les enjeux sociaux au second plan. Pourtant, ce sont les populations les plus précaires, souvent en fond de vallée, qui ont été les plus touchées par les inondations.
Le manque de transparence : Ce refus d’entendre les acteurs sociaux alimente les soupçons de manque de transparence de la part du gouvernement. Pourquoi ne veut-il pas que la vérité soit mise en lumière sur la situation des sinistrés?
Labo-Vesdre : un écran de fumée ?
Si les Engagés ont fini par accepter la création d’un Labo-Vesdre, le bât blesse : impossible de discuter de son organisation, de son périmètre d’action ou des moyens alloués. Écolo craint un «écran de fumée», une coquille vide destinée à calmer les esprits. Et on peut les comprendre : comment gérer efficacement les deniers publics sans une gouvernance solide ? Un sentiment d’urgence partagé par les députés PS et PTB.
Le « Labo-Vesdre »: un outil indispensable
Pourtant, la création d’un véritable « Labo-Vesdre » est plus que jamais nécessaire. Cet outil permettrait de :
- coordonner les travaux de reconstruction et de prévention ;
- impliquer tous les acteurs concernés (Région, provinces, communes, administrations, experts, associations, représentant·e·s des sinistré·e·s) ;
- mettre en place une politique de prévention efficace ;
- garantir une gestion transparente des deniers publics.
Les oubliés de la reconstruction
Mais le plus révoltant, c’est peut-être le mépris de la majorité pour les enjeux sociaux. Les populations les plus précarisées, souvent en fond de vallée, ont été les plus touchées par les inondations. Pourtant, les acteurs sociaux, comme Christine Mahy, du Réseau wallon de Lutte contre la Pauvreté et Maria Alonso, active aux côtés des sinistrés depuis le premier jour, n’ont pas été jugés dignes d’être entendues.
La Vesdre : une vallée à deux vitesses ?
Alors, que cache cette surdité sélective ? La majorité aurait-elle peur d’entendre des vérités qui dérangent ? On peut se le demander. Une chose est sûre : la reconstruction de la vallée de la Vesdre ne peut se faire sans une dimension humaine et sociale forte, et sans une gouvernance transparente et efficace. Sinon, on risque de se retrouver avec une vallée encore plus à deux vitesses, où les plus vulnérables sont laissés pour compte.
Et quelques chiffres pour enfoncer le clou
- Les inondations de 2021 auront provoqué la mort de 39 personnes, faut-il encore le rappeler ?
- Selon une étude de l’Université de Liège, les inondations de juillet 2021 ont touché plus de 37.000 personnes en Wallonie.
- Le coût total des dégâts est estimé à plus de 2 milliards d’euros.
- Dans la vallée de la Vesdre, de nombreuses familles vivent toujours dans des logements provisoires.
Alors, mesdames et messieurs de la majorité, on fait quoi ? On continue à jouer les aveugles et les sourds, ou on se décide enfin à écouter les experts et les citoyens ? La vallée de la Vesdre et ses habitants méritent mieux que des promesses en l’air et des demi-mesures (dans le meilleur des cas).
Il est temps d’exiger que le gouvernement wallon mette en place une politique de reconstruction et de prévention ambitieuse, transparente et respectueuse des populations les plus vulnérables.
Et il est temps que les personnes sinistrées et les associations qui les soutiennent mettent la pression sur ce gouvernement pour cela…

