Extension de carrières à Quenast : un mégaprojet éminemment critiquable

Extension de carrières à Quenast : un mégaprojet éminemment critiquable

La multinationale Heidelberg Materials souhaite étendre la surface de sa carrière de Quenast (Rebecq) sur une zone d’environ 80 hectares, engloutissant champs, bois et habitations proches. Un premier permis a été cassé il y a quelques années grâce à un recours au Conseil d’Etat mené par un groupe local d’habitantes, mais la multinationale revient à la charge!
Étant donné les enjeux financiers immenses (une des plus grandes carrières de porphyre d’Europe), les riverains auront besoin de toute l’aide possible pour contrer ce méga-projet nuisible dont les bénéfices ne ruisselleront que sur quelques uns, alors que les conséquences néfastes seront largement partagées par toutes et tous.

Occupons le Terrain apporte donc tout son soutien au collectifs impliqués.

Attention! L’enquête publique s’est achevée le 17 mars 2025.


Vous pouvez retrouver ci-dessous la lettre-type rédigée par le collectif et qui a été utilisée dans le cadre de l’enquête publique :

Concerne : Enquête publique — Demande de permis unique de classe 1 — Heidelberg Materials — pour l’extension des Carrières de Quenast

Référence SPW ARNE : 10015635

À l’attention des Collèges communaux de Braine-le-Comte, Ittre, Rebecq et Tubize,
À l’attention du fonctionnaire-délégué et du fonctionnaire technique de la Région wallonne,

Madame, Monsieur,

J’ai pu prendre connaissance de la demande de permis unique introduite par la SA Heidelberg Materials Benelux, au cours de l’enquête publique ouverte du 13 février au 17 mars 2025. Après analyse approfondie du dossier, je vous exprime mon opposition à l’octroi de cette demande en l’état, pour les raisons évoquées ci-dessous.

La demande de permis présente de nombreux points problématiques qui ne permettent pas de garantir une exploitation responsable et durable de la carrière. Les impacts environnementaux, hydrologiques et sociaux sont sous-évalués, tandis que les mesures compensatoires sont insuffisantes ou absentes. La publicité du processus de demande et la prise en compte des préoccupations des riverains ne sont pas à la hauteur des enjeux.

En conséquence, la demande doit être refusée.

Notons d’emblée quelques remarques contextuelles, quelques omissions et manques de prise en compte de certains principes :

  • Principe de bon aménagement du territoire : Il y a lieu de s’interroger sur la compatibilité du projet avec ce principe visant à développer une mobilité durable et à préserver le capital environnemental. Les principes d’aménagement du territoire vont de pair avec la préservation du caractère rural d’un village. Dans le même ordre d’idées, la compatibilité du projet avec plusieurs des Objectifs de développement durable fixés par l’ONU pose question (objectifs n°3, n°6, n°9, n°13 et n°15 notamment) ;
  • L’absence de consultation populaire avant ou pendant l’enquête publique a limité l’accès des citoyens à la compréhension du projet, empêchant une participation éclairée. Aucune consultation n’a été organisée par l’autorité communale dans ce dossier au sens de l’article L1141-1 du Code de la démocratie locale et de la décentralisation ;
  • Le manque de clarté concernant la propriété des parcelles concernées par le permis soulève des doutes sur la légitimité de la demande ;
  • Omissions ou incohérences dans le dossier de demande : les réponses du demandeur à certaines questions ou les informations communiquées, notamment dans le formulaire général, apparaissent parfois contradictoires (par exemple, concernant l’augmentation ou non de la production, l’existence ou non de servitudes, l’impact prétendument limité sur la biodiversité, etc…).

Dans le contexte actuel, le dossier de la SA Heidelberg Materials ne respecte pas le principe de proportionnalité qui devrait s’appliquer entre les intérêts privés d’une multinationale et l’intérêt public.

La demande de permis couvre une période de 125 ans, sans justification économique et sans prise en compte des évolutions technologiques, environnementales et climatiques. La multinationale propose une vision maximaliste sans analyse d’une extension modérée ou phasée. Le permis devrait davantage tenir compte d’une perspective objectivable, réaliste et fondée compte tenu des réalités économiques de ce secteur.

Il y a un manque flagrant de compensation et des alternatives inexplorées dans ce dossier. Il y a la suppression de sentiers et de chemins vicinaux sans réelle compensation pour les habitants. L’absence de mesures ambitieuses pour favoriser le transport par rail ou voie d’eau, malgré des installations existantes. Il n’y a aucune réflexion aboutie sur la réutilisation des terres d’excavation, alors qu’une alternative de valorisation des terres pourrait limiter l’impact paysager. Enfin, il faut absolument prévoir des aménagements complémentaires sous forme de charges d’urbanisme afin de compenser les nuisances subies par l’ensemble de la commune, au vu de la proximité de la carrière avec les zones habitées.

Une partie de l’outil d’exploitation sera à charge de la commune, hors respect du principe de proportionnalité. En effet, la voirie de contournement, principalement justifiée par les besoins d’exploitation de la carrière sera de la responsabilité de la commune après sa construction. L’addition risque d’être lourde pour les habitants. Pourtant aucune analyse des coûts d’entretien n’apparaît dans le dossier. Au regard des finances communales, ceux-ci pourraient être préjudiciables. Notons encore le manque de clarté quant aux obligations d’entretien qui incomberont au demandeur pour les dispositifs comme la ZIT, les fossés, …

La demande ne remplit pas les conditions d’un juste équilibre entre intérêt privé et intérêt public. Le demandeur déclare disposer de 8 employés administratifs et de 51 ouvriers. La multinationale ne constitue donc plus un pourvoyeur important d’emplois locaux. Si l’on applique le principe de proportionnalité, la mise en balance de 59 emplois, face à la qualité de vie de 11.130 habitants pendant au moins les 125 prochaines années, permet déjà de questionner le bien-fondé de la présente demande de permis.

Les nuisances avérées pour les riverains, ainsi que les risques potentiels pour la santé publique sont sous-évalués, voire exempts de toute étude sérieuse. Il est d’usage de recourir à des organismes externes indépendants pour réaliser l’ensemble des analyses relatives aux impacts sur les riverains. Ce n’est pas le cas dans ce dossier de demande de permis unique. Notons les manquements suivants :

  • Pollution sonore : maintien des niveaux de pollution sonore – absence de plan de surveillance indépendant sur des périodes plus représentatives – absence d’aménagements complémentaires au niveau des dépendances – absence d’adaptation des horaires afin de limiter les nuisances acoustiques sur l’ensemble du territoire communal ;
  • Poussières de silice cristalline : absence d’étude rigoureuse sur l’impact sanitaire des poussières générées par l’exploitation sur les riverains à moyen et long terme. Absence d’aménagements complémentaires pour diminuer les quantités de poussières par rapport à ce qui existe actuellement ;
  • Circulation intense notamment de poids-lourds : maintien de la circulation des poids-lourds jusqu’à 182 camions/jour, entraînant nuisances sonores, vibrations et détérioration des routes communales ;
  • Absence d’aménagements suffisants pour la mobilité douce : la piste cyclo-piétonne prévue ne respecte pas les recommandations wallonnes de largeur et de sécurité. Absence de jonction vers d’autres parties du réseau local pour les cyclistes ;
  • Horaires d’exploitation incompatibles avec la tranquillité des riverains (circulation des poids-lourds dès 4h du matin).

L’impact du projet d’extension sur l’environnement et sur la biodiversité est sous-estimé :

  • L’extension projetée de la carrière entraîne la destruction de 37,16 hectares de forêts, dont le Bois de Neppe, un des derniers poumons verts de la commune ;
  • Le reboisement prévu (36,4 ha) est insuffisant à court terme, avec des délais trop longs pour compenser la perte d’arbres anciens et inestimables et la valeur écologique des écosystèmes détruits ;
  • La biodiversité sera fortement impactée : disparition d’habitats pour des espèces protégées (entre autres Hibou Grand-Duc, Crapaud Calamite, chauves-souris) et de corridors écologiques ;
  • Le risque de prolifération d’espèces invasives est peu encadré dans le projet.

Le projet présente des risques géologiques et hydrologiques directement liés à l’activité industrielle de la SA Heidelberg Materials. Certains de ceux-ci se sont d’ailleurs déjà produits au cours des dernières années. À cet égard la demande de permis ne présente ni garantie, ni mesures de prévention et de compensation :

  • Glissements de terrain avérés en 2016 et 2021 sur des terrains appartenant à Heidelberg Materials. Absence de mesures correctives suffisantes suite à ces phénomènes et absence de monitoring externe régulier prévu pour la poursuite du stockage ;
  • Le permis prévoit un rejet des eaux dans la Senne après décantation mais sans système de filtrage ou de contrôle externe indépendant, contribuant potentiellement à des problèmes de sédimentation et de pollution ;
  • Augmentation des eaux d’exhaure pompées sans démonstration suffisante de l’absence de nappe phréatique dans la fosse d’extraction ;
  • Absence d’analyse approfondie sur les effets de la déviation du ruissellement du Flageot et l’adéquation du réseau d’égouttage et de la ZIT pour absorber ces flux, tenant compte du changement climatique ;
  • La demande ne comprend ni plan de gestion des déchets (terres de découvertes), contrairement à ce qu’impose la Région wallonne, ni proposition concrète pour la valorisation de ces terres à court ou moyen terme.
Remarques personnelles

 

 

 

En conclusion:

Au regard de ces griefs, je réitère mon opposition au projet d’extension introduit par la SA Heidelberg Material.

Je vous souhaite bonne réception de la présente et vous remercie de bien vouloir m’informer de l’avis qui sera rendu par le Collège communal ainsi que les décisions qui seront prises par le fonctionnaire-délégué et le fonctionnaire technique de la Région wallonne dans ce dossier.

Je vous remercie également de bien vouloir accuser réception du présent courrier électronique et vous prie de croire, Madame, Monsieur, en l’assurance de mes sentiments distingués.

 

NOM : ……………………………………………………
PRENOM : ………………………………………………
ADRESSE : ……………………………………………………………………………………………
CODE POSTAL : ………… COMMUNE : ……………………………………………..……………
DATE : Le …  mars 2025

SIGNATURE :