Namur – Ramur, retour sur un combat de plus de 12 années
Le mois dernier, nous vous parlions de la victoire importante de l’ASBL Ramur contre le projet « Le Coté Verre » de Besix d’implanter un immense centre commercial en lieu et place de l’ancienne gare des bus et du Square Leopold. Ce projet dévastateur, qui impliquait notamment l’abattage de tous les arbres restants, était un mastodonte s’étalant sur plus de 44.000 m² et composé d’un centre commercial, de bureaux et d’unités résidentielles.
Le Conseil d’État a annulé en février l’arrêté ministériel du 1er août 2022 qui validait définitivement le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) « Quartier Léopold » à Namur. Or, ce document est la base légale qui permettait la destruction du parc et la transformation ou construction de bâtiments. Cette annulation du PRU empêche donc de facto la poursuite du projet. Mais la mobilisation citoyenne pour la sauvegarde du Square Léopold avait commencé depuis bien longtemps déjà.
Préambule
Une des bases sur lesquelles s’est fondée la mobilisation citoyenne autour du Square Léopold est sans conteste l’abandon par l’Autorité communale de ce site. Auparavant, le square était un endroit bucolique, où arbres et plantations de fleurs partageaient l’espace avec de magnifiques fontaines et où les Namurois.es et les touristes aimaient flâner.
La Ville, qui avait déjà en tête des projets de transformation de quartier, l’a progressivement délaissé : plus de plantations de fleurs, plus d’entretien du square, politique visant à l’abandon des dernières cellules commerciales occupées, moins de passage des forces de police, … Et peu à peu, une population interlope a pris possession du quartier, transformant le lieu en un chancre que peu de gens aiment fréquenter au vu du climat anxiogène qui y règne.
L’Autorité communale avait réussi son premier pari : détourner les Namurois.es et les touristes de ce lieu de vie et initier l’idée générale qu’il fallait transformer ce chancre en quelque chose de positif pour relancer la dynamique à la fois commerciale, urbanistique et d’accès au logement pour ce quartier de la Gare. Une technique éprouvée et déjà mise en œuvre dans de nombreuses autres communes wallonnes. En quelque sorte, au plus loin on pousse l’état de délabrement d’un site, au plus les citoyen.ne.s sont prêt.e.s à accepter n’importe quel projet pour « effacer » ce chancre.
Genèse
Face à cet abandon progressif du square par la Ville, et ayant eu vent des projets pour transformer le quartier, le collectif « Parc Léopold » se constitue rapidement en août 2012.
Il entre directement en action, en organisant notamment des actions symboliques au square. Il rédige surtout une première pétition en vue de la défense du site. Entre septembre et décembre 2012, pas moins de 12.000 signatures sont récoltées lors de ces actions réalisées au square.
La Ville balayera cette pétition du revers de la main, avec une argumentation restée dans les annales : « Une pétition, c’est surtout faire signer n’importe quoi par n’importe qui ! ».
Ce rejet par l’Autorité communale de l’avis des Namurois.e.s sera finalement une constante tout au long du dossier et mènera le projet à sa perte.
Les consultations populaires
Suite à ce rejet de la pétition, le collectif « Parc Léopold » introduit une interpellation du Conseil communal afin de connaître sa position sur le dossier et le pourquoi du rejet de l’avis citoyen. Là aussi, les réponses apportées restent de l’ordre de la nébuleuse.
Le collectif met donc en place une deuxième pétition de mars à septembre 2014. Le travail acharné de 50 bénévoles du collectif permet de récolter pas moins de 13.500 signatures qui sont transmises à la Ville par voie d’huissier de justice. Face à cette mobilisation citoyenne, la Ville se doit donc de réagir.
Pour cela, elle trouve une entourloupe en organisant sa propre consultation populaire. Cela lui permet entre autres d’orienter complètement en sa faveur les questions de cette consultation populaire. Ces questions laissent finalement aux citoyen.ne.s un simple choix : soit l’installation de centres commerciaux à l’extérieur de la ville qui tueraient le commerce intra-urbain et la dynamique de vie urbaine, soit l’implantation du centre commercial en lieu et place du square Léopold afin de redynamiser l’ensemble du quartier et des commerces namurois tout en compensant la perte des arbres par la création d’un parc ailleurs dans la ville.
De plus, organiser elle-même cette consultation permet à l’Autorité communale d’en faire la publicité en diffusant massivement ses arguments en faveur du projet. Le collectif, n’ayant pour sa part plus droit à une diffusion gratuite de ses propres arguments, imprime sur fonds propres des flyers d’information qu’il distribue dans la ville.
Cette consultation prend place le 8 février 2015. Et les résultats sont finalement décevants pour l’Autorité communale. Sur 21.908 participant.e.s, 11.287 (51.5%) se prononcent en faveur de la préservation du parc et 10.201(48.5%) pour le centre commercial. Malgré la différence de moyens publicitaires entre les deux parties, le résultat est donc sans appel.
De mai à juin 2015, une commission de consultation, incluant les trois parties (Ville, promoteur, collectif) multiplie les réunions. Celles-ci ne débouchent sur rien : aucun accord ne peut être trouvé, et tant la Ville que le promoteur refusent toute concession quant au projet.
Par la suite, un comité de co-construction est organisé par la Ville et pris en charge par l’ASBL Trame. Le collectif « Parc Léopold » et trois autres associations le quittent rapidement tant la manipulation en interne est flagrante. En effet, la majorité politique namuroise qui soutient le projet y est largement représentée et les représentants de Besix y jouent un rôle influent auprès des bénévoles présents et peu au courant du projet. A l’exception de quelques recommandations dignes d’intérêt, les conclusions émanant de ce comité laissent le champ libre au promoteur.
ASBL Ramur et Conseil d’Etat
Face au durcissement du combat, le collectif « Parc Léopold » se rend vite compte de la nécessité de passer en ASBL et obtenir ainsi la personnalité juridique lui permettant d’éventuellement introduire des recours administratifs ou judiciaires en son nom propre. L’ASBL « Ramur » nait donc en juin 2020.
Son plus gros investissement en heures de travail et de réunions est de concevoir un projet alternatif pour le square Léopold. Ce projet sera présenté à la Ville le 27 avril 2021. Cette dernière, comme elle l’avait déjà fait pour les consultations populaires, ne donnera aucune suite à cette proposition de projet.
Pendant ce temps, le dossier suit son parcours administratif et atterrit dans les mains du Ministre Borsus. Ce dernier, en août 2022, valide l’adoption du Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) qui autorise les projets de logements, bureaux et commerces sur le site.
Dans la foulée Ramur introduit un recours au Conseil d’Etat. Trois autres recours du même type sont également introduits par des associations ou des particuliers.
Février 2025 et la suite …
Au début du mois de février 2025, le Conseil d’Etat tranche enfin le recours introduit par Ramur. Il annule en effet l’arrêté ministériel du 1er août 2022 qui validait définitivement le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) « Quartier Léopold » à Namur. Or, ce document est la base légale qui permettait la destruction du parc et la transformation ou la construction de bâtiments. Cette annulation du PRU empêche donc de facto la poursuite du projet. Les principaux griefs retenus par le Conseil d’Etat sont un défaut de consultation des autorités environnementales, une consultation publique insuffisante ainsi qu’une absence d’analyse des alternatives.
Suite à cette décision de justice, le désormais ex-bourgmestre de Namur Maxime Prévôt déverse sa colère sur les réseaux sociaux. Des propos dénigrants envers Ramur sont tenus, allant jusqu’à insinuer que l’ASBL est responsable du chancre qu’est devenu le quartier ! Cela déchaîne évidemment les passions et les réseaux s’enflamment, des propos tendancieux et des menaces sont proférées envers Ramur et ce jusque sur ses propres réseaux de communication.
Malgré le bashing négatif à son égard, Ramur réexplique sereinement son combat et ses arguments en apportant des éléments factuels à la discussion. De même, l’ASBL continue d’aider de nombreux citoyen.ne.s dans leurs propres combats pour la préservation des espaces verts au cœur de Namur et des communes avoisinantes.
La Ville quant à elle campe sur ses positions et a annoncé publiquement son intention de réintroduire des demandes de permis pour le même projet.
L’histoire n’est donc (malheureusement) pas terminée et nous vous informerons bien évidemment des prochains développements.

