200.000 nouveaux logements en Wallonie, en rénovant et réorganisant ce qui existe, c’est possible !
La croissance démographique ralentit : la population wallonne devrait même diminuer dès 2047.
La taille des ménages diminue : les ménages isolés représentent déjà 38% des ménages aujourd’hui.
La population vieillit : 1 personne sur 4 aura plus de 65 ans en 2050.
Le parc de logement est, lui aussi, vieillissant : 30% des logements ont été construits avant 1900.
De nombreux logements sont inoccupés : il pourrait y en avoir 45.000 en Wallonie.
Voilà une série de constats présentés lors d’un atelier organisé récemment par la fédération environnementale Canopea autour de cinq chercheurs et responsables. Ces constats et leurs conséquences ont servi de base à la réflexion et au débat qui s’est développé à cette occasion. Et, au vu de l’article qui en présente le contenu, on peut dire que ce débat a été riche, approfondi et que les conclusions qui en découlent modifient bien des perspectives.
Priorité à la réorganisation du bâti existant
L’augmentation du nombre de ménages tient à différentes causes : décès d’un.e des conjoint.e.s (souvent en lien avec le vieillissement de la population), séparation d’un couple, choix de vie personnel. Il conduit souvent à un besoin de logements plus petits (choix plus ou moins contraint pour des raisons de santé ou financières).
La division de logements existants peut donc être une bonne manière de répondre à ces nouveaux besoins… sous certaines conditions. Qu’elle ne soit pas laissée à la seule décision des propriétaires – et surtout des multipropriétaires ! – pour qui division peut rimer avec production de mini-logements insuffisamment équipés mais rapportant nettement plus. Et donc que la production de logements plus petits aille de pair – surtout en ville – avec l’existence ou la création de nombreux services collectifs à proximité de ces logements.
Les chercheurs ont présenté des exemples de « réorganisation » possible du logement dans des blocs de bâtiments existants avec des extensions horizontales ou verticales de certains de ceux-ci, des divisions de logement, des démolitions-reconstructions de bâtiments impossibles à rénover, de construction bouchant des « dents creuses ».
La conclusion de ces réflexions apparaît assez ahurissante (tout en étant on ne plus sérieuse !) : à elles seules, ces options de densification douce permettraient de produire près de 200.000 logements au sein des centralités (urbaines et villageoises). Autrement dit, statistiquement, il est tout à fait possible de répondre aux besoins actuels et futurs en logement en Wallonie tout en respectant les « contraintes » du Schéma de Développement Territorial (SDT) de la Wallonie qui demande que 3 nouveaux logements sur 4 se situent en centralité !
La discussion a aussi permis de présenter le « Projet de Territoire » qui a été adopté par la Ville de Liège au terme d’un long travail d’étude et d’échanges. Ce Projet a été élaboré – fait encore trop rare ! – à partir d’une réflexion sur les espaces que la ville voulait préserver et protéger. Et c’est à partir de ce constat qu’est partie la réflexion sur les espaces au sein desquels la ville veut se développer, dans une optique de reconstruire la ville sur la ville. Une présentation détaillée de ce projet se trouve dans l’article de Canopea.
Un point d’appui mais pas une garantie
La réflexion menée dans cet atelier – et sa conclusion principale portant sur les 200.000 logements pouvant naître de la réorganisation du bâti existant – est extrêmement intéressante et importante.
Elle nous conforte évidemment dans notre conviction : on peut répondre aujourd’hui aux besoins en matière de logement de la population sans continuer à détruire espaces verts et terres agricoles.
Espérons donc que cette réflexion va continuer à se développer et à se préciser afin d’affûter les arguments, de mieux chiffrer les possibilités et de pénétrer dans le concret des réalités communales. Espérons aussi qu’elle trouvera un écho et un soutien parmi les décideurs.
Mais gardons bien en tête trois éléments importants
Le premier est que les secteurs de la construction et de la promotion immobilière sont encore très loin de s’être convertis à la nécessité de donner rapidement une priorité absolue à la rénovation plutôt qu’à la construction de nouveaux bâtiments sur des terrains à bas prix (pour eux !). Miser sur le fait que la responsabilité sociale et environnementale à long terme remplacera rapidement chez eux l’attrait d’un bon gros profit immédiat serait faire preuve d’un grand angélisme.
Le deuxième élément est que les nouvelles majorités politiques tendant de plus en plus à droite (en Wallonie, en Belgique, en Europe et même ailleurs) ne sont certainement pas, au-delà des belles déclarations sur l’urgence climatique et la préservation du sol, prêtes à mettre une pression d’enfer sur ces secteurs de la construction et de l’immobilier.
Et le troisième élément, c’est qu’au vu des deux premiers, une défense acharnée des terres agricoles et des espaces verts contre les projets inadaptés et nuisibles reste le moyen le plus immédiat, mais aussi le plus fort et le plus réaliste, de forcer les changements indispensables.

