France – Après l’arrêt du chantier de l’autoroute A69, la lutte continue
Il y a deux mois, un tremblement de terre judiciaire a ébranlé la France (il a été suivi par un deuxième un mois plus tard avec la condamnation de Marien Le Pen à cinq ans d’inégibilité, mais c’est une autre histoire!). Le 29 février en effet, le tribunal administratif de Toulouse a jugé que le chantier de l’autoroute A69 n’était pas d’un d’intérêt public suffisant pour justifier de détruire des espèces protégées. Il a donc annulé l’autorisation environnementale permettant de construire l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres. L’énorme chantier s’est donc retrouvé purement et simplement illégal et a dû être immédiatement arrêté. Jamais un projet d’infrastructure d’une telle envergure n’avait été annulé par la justice à mi-chemin de sa construction!
Que s’est-il passé depuis lors? Une grande joie et des rassemblements locaux pour les opposant.es à ce projet aussi colossal qu’inutile (puisqu’il double une route nationale à quatre bandes existante!). Mais aussi un déferlement de colère et de haine contre cette décision, contre les juges « dogmatiques et insensibles aux besoins de l’économie » et les écologistes en tous genres, Des élus locaux pro-autoroute aux états-majors nationaux de la droite et de l’extrême-droite (toutes tendances confondues), en passant par les multiples éditoriaux et articles de la presse locale, régionale et nationale (le plus souvent aux mains de grands propriétaires industriels ou financiers), c’est à qui se montrera le plus déterminé à mettre la justice au pas et les bétonnières en action.
Tout cela s’est traduit en une contre-offensive majeure prenant la forme de diverses propositions. En attendant l’appel sur le fond, l’État a demandé la reprise des travaux, « un sursis à exécution du jugement » qui devrait être examiné le 21 mai par la justice. Des sénateurs ont également déposé une proposition de « loi de validation » pour entériner le projet et lui délivrer, arbitrairement, la raison impérative d’intérêt public majeur qui lui manque. Le texte sera examiné le 15 mai au Sénat. En parallèle, l’Assemblée nationale étudie le projet de Loi de Simplification voulu par le gouvernement , dont une des mesures rendrait caduque la possibilité de reproduire ailleurs la procédure juridique qui a mis à mal l’A69, en donnant la dérogation d’espèces protégées à tout projet ayant obtenu une déclaration d’utilité publique. Cet empressement montre bien à quelle vitesse et avec quelle force dirigeants politiques et économiques peuvent réagir quand ils sentent le sol se dérober sous leurs pas.

Quant aux militant·e·s contre l’autoroute A69 (et ses clones ailleurs), ils ont bien l’intention de ne pas laisser l’initiative repartir dans les mains des rois du béton et de l’asphalte. Entre 400 et 500 opposants se sont réunis durant le week-end des 26 et 27 avril dans le Tarn pour réfléchir au futur de la lutte et prendre soin de leur collectif, après quatre ans de bataille acharnée et de répression intense (pas moins de 70 procès, 200 gardes à vue et 3 emprisonnements!).
Conscients que leur lutte ne concerne pas simplement un ruban d’autoroute mais, à travers lui, un affrontement entre modèles de société, ils ont notamment décidé de développer les projets alternatifs au « tout à l’autoroute et à la bagnole », de construire de nouvelles alliances (notamment avec des syndicats des cheminots) et de participer dans un maximum de communes aux prochaines élections municipales (communales) qui auront lieu en 2026.
Le magazine en ligne Reporterre était présent à ce weekend de débat et de réjouissance. Il en a tiré un reportage plein d’intérêt que vous pouvez lire ICI.

