Philippeville – Giga centre commercial : Le feu vert insensé du Gouvernement

Philippeville – Giga centre commercial : Le feu vert insensé du Gouvernement

Nous connaissons toutes et tous des décisions gouvernementales qui nous semblent incompréhensibles, insensées, voire absurdes. Le projet de giga centre commercial de 25.000 m² à Philippeville, adoubé par le Gouvernement wallon, est clairement à ranger dans la dernière catégorie. Retour sur les tenants et aboutissants de ce dossier.

A l’origine, une révision du Plan de Secteur

En novembre 2019, malgré une pétition lancée par les riverains, le Gouvernement wallon avait adopté relativement discrètement une révision du Plan de Secteur faisant passer une zone agricole au statut de zone d’activité commerciale.

Sur cette base, la SA Equilis Belgium et la Commune de Philippeville avaient porté le projet d’un vaste centre commercial, le Flip’Park. Ce projet avait été refusé par le fonctionnaire des implantations commerciales et le fonctionnaire délégué de la Région wallonne. Le porteur du projet avait introduit un recours auprès du Gouvernement wallon qui avait confirmé le refus. Equilis s’était alors portée devant le Conseil d’Etat et le recours est toujours pendant.

Un promoteur pressé

Bien que ce recours n’ait toujours pas été tranché, Equilis s’est empressé d’introduire une nouvelle demande, portant sur une extension de près de 23.000 m² aux 5.000 m² du zoning existant. Cette nouvelle mouture du projet artificialiserait plus de 11 hectares de pâtures et de bois.

Au sortir de l’enquête publique, le Bourgmestre de Philipeville Jérémy de Martin (PS) se félicitait que seulement une vingtaine de contestations, dont « dix provenant de l’entité » avaient été réceptionnées. Une pétition lancée par les riverains n’avait pas réellement été prise en compte.

Des avis négatifs et des refus en cascade

Le dossier a suivi son parcours administratif et des avis ont été sollicités, notamment auprès du Département Nature et Forêts (DNF), du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie (CESE) / Pôle Aménagement du Territoire ou encore auprès de l’Observatoire du Commerce. Tous se sont révélés négatifs à l’encontre du projet.

Sur base de ces avis, le fonctionnaire des implantations commerciales et le fonctionnaire délégué ont à nouveau refusé le projet en décembre 2024. Ils ont longuement motivé leur refus en évoquant notamment une demande de permis trop peu modifiée, des études de marché biaisées, des problèmes de mobilité et d’accessibilité, un rond-point inadapté et dont le coût serait supporté par la collectivité, un impact trompeur sur l’emploi réel, une offre commerciale excessive, trop de béton et de conséquences sur l’environnement, une surface équivalente à celle du centre-ville,…

Au vu de ces refus dûment motivés, on pensait le projet mort et enterré. Mais c’était sans compter la détermination du promoteur et de la Commune de Philippeville.

Un recours commun

A la suite de ce nouveau refus, Equilis Belgium et la Ville de Philippeville avaient alors déposé en décembre 2024 un nouveau recours auprès de la Commission des recours, cette fois composée des représentants des ministres MR et Engagés.

En février 2025, le promoteur et le bourgmestre Jérémy de Martin ont pu exposer leurs arguments devant la Commission. Ils ont dû se montrer particulièrement convaincants car la Commission les a suivis et a depuis accordé le permis pour le projet Flip’Park.

Le Conseil d’Etat en dernier recours ?

Jusqu’au 16 juin inclus, cet octroi de permis par le Gouvernement wallon est toujours susceptible d’un recours au Conseil d’Etat.

Jérémy de Martin estime que « ce serait ridicule » et précise « je suis le quatrième bourgmestre de suite à me battre pour faire aboutir ce dossier. Moi je me réjouis de ce permis. Selon Equilis, le Flip’Park devrait créer 200 emplois. Cette extension de la zone commerciale va changer le visage de Philippeville et renforcer son statut de carrefour et de pôle central de l’arrondissement. »

Au vu des critiques des fonctionnaires de la Région wallonne et des motivations de leur refus de permis, on peut quand même se dire que l’acharnement de la Commune et de son bourgmestre traduisent surtout une volonté de faire « monter en grade » Philippeville dans la concurrence entre les villes de la province et que ce petit jeu risque de provoquer bien des dégâts (d’une manière étrangement semblable au projet d’extension du centre-ville d’Andenne à l’autre bout de la province).

Ce dossier est l’objet depuis quelques jours d’un grand intérêt médiatique et suscite une vague d’émotion dans la région qui remonte jusqu’aux oreilles de plusieurs parlementaires wallons et groupes politiques de l’opposition.

Le petit groupe de riverains étant déjà à la base des deux pétitions précitées a contacté Occupons Le Terrain afin déterminer l’opportunité d’introduire ce recours après du Conseil d’Etat et nous leur apportons tout notre soutien. C’est donc un dossier dont on n’a peut-être pas fini de parler et dont nous vous tiendrons bien sûr informés.