Seraing – Elia est passée du forage au foirage

Seraing – Elia est passée du forage au foirage

Résumé rapide : la société Elia veut faire passer une ligne électrique à haute tension (six câbles haute tension de 220 000 volts) entre le bas de Seraing et Neupré en l’enfouissant dans le sol sur une longueur de 4 kilomètres. Ce chantier qu’Elia présentait comme une promenade de santé s’est transformé en une succession de problèmes insolubles comme nous l’avons retracé récemment.

Les travaux sur le début du tracé ont été entachés de divers problèmes et de dégâts à l’environnement. Mais c’est l’entrée dans la prairie du Val Saint-Lambert qui a complètement fait dérailler le chantier. Les travaux doivent sans cesse être arrêtés, recommencés, reconfigurés, repris et à nouveau arrêtés. Tout cela parce qu’Elia n’a pas tenu compte de l’existence d’une faille géologique sur le trajet alors que les opposants avaient mis le doigt sur cet énorme problème avant même le début des travaux.

Des câbles disparus dans le sous-sol ! 

Après un an de travaux pour y faire passer les câbles sur une distance de 300 mètres, c’est donc un fiasco total. Ce passage devait s’effectuer via deux forages en sous-sol. Aucun des deux forages n’a réussi. Des câbles se coincent, des têtes de forage se cassent. La forêt est partiellement détruite, le sous-sol étouffe suite au déversement de quantités énormes  de bentonite, un produit utilisé dans l’industrie pour étanchéifier. Des affaissements ont lieu, des trous béants se créent dans la forêt.

Aujourd’hui, les câbles qu’Elia voulait faire passer avec le premier forage se trouvent à vingt mètres dans le sous-sol, au début de la forêt. Mais les équipes d’Elia sur le terrain ont perdu le contact avec ces câbles et elles veulent donc aller les rechercher. Et, pour ce faire, Elia a décidé de changer de méthode : elle veut désormais excaver le terrain en bordure de forêt – sur une superficie de surface de 300 mètres carrés et jusqu’à une profondeur de 20 mètres (dans un sol schisteux !) – afin de pouvoir creuser ensuite un tunnel sur une dizaine de mètres pour tenter d’aller rechercher les câbles.

Une telle opération n’était  évidemment pas mentionnée dans la demande de permis initiale (puisqu’aucun problème ne devait se poser !). Pour Elia, cela signifie donc qu’elle n’a pas à demander un nouveau permis. Pour le reste du monde, cela signifie qu’un nouveau permis serait indispensable pour mener à bien des travaux aussi colossaux… et qu’il serait très difficile à obtenir par Elia.

Un nouveau trajet de tranchée… encore pire que le premier

Quant au deuxième forage initialement prévu, il est évidemment suspendu à la réussite du premier… ce qui veut dire qu’il est en mode  « attente » pour une période indéterminée. Mais rien ne semble arrêter Elia. Puisque sa première méthode rencontre difficulté sur difficulté, elle veut en mettre en œuvre une autre… malgré un impact encore plus brutal sur l’environnement.

Elia a donc déposé une nouvelle demande de permis pour installer les autres câbles  (ceux qui devaient être posés avec le deuxième forage) en suivant un autre trajet. Cette demande avait déjà été faite initialement mais refusée par la Société Wallonne des Eaux à cause de l’existence d’une canalisation de distribution d’eau à cet endroit. Pour tenter d’obtenir l’accord de la SWDE, Elia propose maintenant d’enfouir ses câbles de 220.000 volts dans le sol, à 5 mètres de la canalisation. Pour cela, elle devrait creuser une tranchée profonde de 1,60 mètre sur une longueur de plus de 500 mètres et une largeur de 10 mètres… dans une zone protégée Natura 2000. Il lui faudrait pour cela abattre 150 arbres alors que le permis de base a été accordé avec la promesse d’Elia qu’aucun abattage n’aurait lieu à cet endroit !

Inutile de dire que cette demande de permis rencontre une opposition frontale des opposants réunis au sein du collectif Le Bois du Val et au sein du Conseil communal de Seraing. L’obtention de ce permis modificatif n’est pas acquise. La Région wallonne dispose de quatre mois pour se prononcer après accusé de réception. Le Département Nature et Forêts aura son mot à dire. Mais ni le DNF ni la Ville de Seraing n’ont encore reçu copie de la demande de permis.

Car Elia ne joue évidemment pas la transparence et le partage d’informations sur ses intentions. On peut même dire que son mot d’ordre est « Moins ils en savent et plus tard ils le savent, moins ils seront en état de nous emmerder ». C’est ainsi qu’au comité d’accompagnement du chantier qui a eu lieu le vendredi 23 mai, Elia a oublié de mentionner le fait qu’elle allait déposer sa nouvelle demande de permis le… lundi 26 mai.

Inutile de dire qu’avec l’accumulation des erreurs, des problèmes, des retards et des « oublis » d’information, la confiance envers Elia – ou ce qui en restait – se situe désormais à la même profondeur que les câbles qu’elle a perdus dans le sous-sol. Et les opposants à ce projet foireux sont de plus en plus fermement décidés à demander l’arrêt définitif de ce chantier désastreux.