« Du fric, du fric, pour le logement public »

« Du fric, du fric, pour le logement public »

C’était le cri de guerre des manifestants réunis mardi 25 juin devant la Maison liégeoise, la principale société de logements sociaux de Liège, qui, avec pleureuses et cercueil de carton, ont « symboliquement enterré le logement public ».

Cette initiative était portée par le collectif Amerbitume qui soutient l’occupation depuis fin avril de la Cour des Prébendiers dans le quartier d’Amercoeur, à quelques pas du site de la Chartreuse. Le collectif et les occupants veulent s’opposer à la future vente du terrain et des 64 unités de logement qui s’y trouvent. Ces logements laissés à l’abandon appartiennent à la Maison Liégeoise et au CPAS de Liège.

Deux mois après le début de l’occupation, le collectif a interpellé le Conseil d’Administration de la Maison Liégeoise pour lui dire que « ces logements »ne doivent surtout pas passer dans le privé, des solutions existent et la vente de ce lotissement n’est pas une fatalité ». Il propose de rénover entièrement les lieux à long terme et d’y construire « un projet solidaire dans une ville où les habitants ne devraient pas avoir à choisir entre payer un loyer ou acheter à manger ».

La Maison liégeoise a évidemment une vision différente de l’avenir du lieu. Elle pointe la présence d’amiante, des systèmes de chauffage dépassés, des châssis inadéquats et une toiture à réisoler. Soit un coût très important, et même impossible à assumer, pour une société croulant sous les difficultés financières. C’est pourquoi elle veut vendre le site à un promoteur privé en demandant aux éventuels candidats de rentrer un projet dans lequel 15% des logements construits seraient destinés à du logement public.

Si cette condition venait de la Ville et concernait la construction de nouveaux projets d’immeubles, on pourrait dire qu’elle représenterait une perspective intéressante. Mais comme elle vient de la société de logements sociaux qui a laissé des logements lui appartenant se dégrader pendant des années sans intervenir et que cette société a comme perspective de refiler 85% de ses logements au privé, on ne peut que l’avoir mauvaise !

Cette occupation des logements par la collectif Amerbitume ne tombe pas du ciel.

Elle intervient dans une ville où la mise en route de la première ligne de tram (qui était attendue depuis des années et qui est excellente chose du point de vue de la mobilité) s’accompagne d’une montée rapide des prix de l’immobilier (à la vente et à la location). Celle-ci va immanquablement poser des gros problèmes de gentrification des quartiers situés sur le parcours du tram, particulièrement des quartiers populaires (Sclessin et Saint-Léonard en tête), sans compter le nouvel « écoquartier » de Coronmeuse ou la reconstruction d’immeubles à Droixhe.

La bataille pour le droit à un logement abordable pour tou.tes promet d’être longue… mais absolument cruciale pour la Ville et ses habitant.es.