Namur – Ecolo introduit un recours afin de sauver les arbres du Parc Leopold
Ce vendredi 27 juin, trois élues Ecolo (Marion Hallet, Patricia Grandchamp et Carolina Quintero Pacanchique) ont introduit un recours auprès du ministre wallon des Pouvoirs Locaux François Desquesnes (Les Engagés). Elles dénoncent un « coup de force antidémocratique de la majorité communale MR-Engagés ».
La saga du Parc Léopold
Depuis 2012, le Parc Léopold est menacé par le giga-projet « Le Côté Verre » comprenant un centre commercial, des bureaux et du logement. Ce projet est porté par la société Besix et largement soutenu par l’autorité communale namuroise.
Ce projet a connu plusieurs enquêtes publiques et consultations populaires où une grande partie des Namurois.e.s s’est déclarée contre ce mastodonte de béton. Une alternative au projet, plus respectueuse des préoccupations citoyennes et de l’environnement (par la sauvegarde d’un des derniers espaces verts de cette partie de la ville) a même été proposée par l’asbl Ramur.
Ces consultations publiques et cette alternative ont cependant été balayées du revers de la main par l’autorité communale namuroise, tellement désireuse de voir aboutir ce projet. Mieux même, la Ville de Namur a intensifié sa « communication promotionnelle » en insistant sur une redynamisation commerciale de la ville (quid des petits commerçants du centre face au complexe commercial ?) et la nécessité de transformer le « cloaque » existant qui défigure la ville, notamment pour les touristes qui débarquent de la gare toute proche. Ce que la Ville oublie néanmoins de préciser, c’est qu’elle a elle-même organisé ce « cloaque » en n’entretenant plus le parc, en se débarrassant des derniers commerces sur place et en négligeant la sécurité (passages de la police de moins en moins fréquents), ce qui a permis à une population interlope de s’accaparer le site. Une technique politique éprouvée pour justifier de la nécessité de la transformation d’un site.
Le Conseil d’Etat veut siffler la fin du jeu
Au début du mois de février 2025, le Conseil d’Etat a enfin tranché sur le recours introduit en 2022 par Ramur. Il a en effet annulé l’arrêté ministériel du 1er août 2022 qui validait définitivement le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) « Quartier Léopold » à Namur. Or, ce document est la base légale qui permettait la destruction du parc et la transformation ou la construction de bâtiments. Cette annulation du PRU empêche donc de facto la poursuite du projet. Les principaux griefs retenus par le Conseil d’Etat sont un défaut de consultation des autorités environnementales, une consultation publique insuffisante ainsi qu’une absence d’analyse des alternatives.
La Ville de Namur veut quant à elle jouer les prolongations
La Ville, après avoir déversé sa colère sur les réseaux sociaux, a campé sur ses positions et annoncé publiquement son intention de réintroduire des demandes de permis pour le même projet.
Et un peu plus de 3 semaines plus tard, les juristes de la ville ont trouvé l’entourloupe qui permettrait de contourner la décision du Conseil d’Etat (pour rappel, une des deux plus hautes juridictions belges). Le PRU ayant été annulé par le Conseil d’Etat, c’est la situation antérieure qui prévalait à savoir le PCAR (Plan Communal d’Aménagement Rectificatif). Ce PCAR n’autorisait que de l’activité commerciale et n’était donc pas adapté au projet tel que Besix et la ville le souhaitaient. C’est la raison pour laquelle, une longue procédure de PRU avait été initiée.
Le 21 mars, comme par miracle, ce PCAR désormais ouvre la voie à l’octroi d’un permis à Besix qui autorise, en plus d‘un centre commercial, du logement et des bureaux et qui devient effectif immédiatement ! Les avocats des différentes associations, dont Ramur, se penchent immédiatement sur la légalité de ce PCAR afin d’introduire de nouveaux recours.
D’autres recours encore pendants
Ce retournement complet de situation est réalisé alors que plus de 15 recours différents contre le projet sont encore pendants. Ces recours avaient été introduits par des riverains du Parc Léopold, des commerçants et des sociétés immobilières avant ce passage en force de l’autorité communale namuroise. Un beau pied de nez à la justice et à la démocratie de la part de la majorité en place !
Si la majorité campe fièrement sur ses positions, il n’en va pas de même de la part de l’opposition namuroise. Bien qu’il ait soutenu le projet lorsqu’il faisait partie de l’ancienne majorité communale, le groupe Ecolo revoit aujourd’hui sa position et dénonce « un coup de force antidémocratique de la majorité MR-Engagés ».
Pourquoi ce revirement d’Ecolo ?
Le point déclencheur de ce revirement est la validation le 27 mai par le Conseil communal d’un avenant au bail emphytéotique liant la Ville à la SA « Le Côté Verre ». Cet avenant autorise le promoteur à procéder à des travaux préparatoires, dont l’abattage des arbres du Parc Léopold.
La vision, pour le moins simpliste de la Ville de Namur, est que l’abattage des arbres éteindrait définitivement toute contestation citoyenne du projet. Le petit hic ? Au vu des nombreux recours énoncés auparavant, il n’est pas du tout certain que le projet puisse voir le jour ! Un « détail insignifiant » pour la majorité en place…
Le groupe Ecolo introduit donc un recours auprès du ministre wallon des Pouvoirs Locaux, François Desquesnes. Les différentes signataires réclament l’annulation de cette décision par l’autorité de tutelle. « C’est du simple bon sens ! En justice, on n’exécute pas la sentence avant que le jugement soit définitif » ajoute Carolina Quintero Pacanchique.
Avec quels arguments ?
Outre la préservation du parc et de ses arbres, du moins tant que l’avenir du projet reste incertain, le groupe Ecolo avance plusieurs arguments :
- Un dossier incomplet avec plusieurs pièces manquantes au projet de délibération
- La privation par cet avenant de la possibilité de recours des citoyens auprès du Conseil d’Etat
- Une instrumentalisation des fouilles archéologiques nécessitant ces travaux préparatoires alors qu’aucun calendrier ou phasage de ces fouilles n’est présenté
- Un cadeau de 5 millions d’euros au promoteur, l’avenant prévoyant un report du versement de ce montant qui devait intervenir dès le début des travaux préparatoires. « Ces 5 millions d’euros seraient même abandonnés si aucun permis n’est délivré. La majorité protège les finances du promoteur au cas où le projet ne se concrétiserait pas, mais elle est prête à abattre les arbres ! » précisent les trois conseillères.
Et la suite ?
La période des congés parlementaires (et ministériels) approchant à grands pas, nous doutons qu’une solution soit apportée d’ici-là à ce recours. Il en va de même au niveau du Conseil d’Etat qui va entrer en période de vacances judiciaires et ne pourra donc traiter les recours pendants. Ce dossier animera donc la rentrée fin août/début septembre.
En attendant, de nombreux riverains et associations forment une « chaîne de vigilance » afin de préserver les arbres de toute velléité du promoteur.

