Namur – Plateau de Belle-Vue : du greenwashing bien maîtrisé !
Ce jeudi soir s’est tenue une réunion d’information préalable concernant un projet immobilier sur le plateau de Belle-Vue, à Jambes (périphérie de Namur). Il s’agit d’un projet de 325 logements sur une parcelle de 8 hectares qui est actuellement cultivée.
La présentation du projet est brillante. L’architecte urbaniste entame son discours en expliquant qu’il y a déjà un SOL (Schéma d’Orientation Local) qui autorise l’urbanisation et définit la densité en logements sur la zone, qui est donc de toute façon vouée à être construite. Sous-entendu : il vaut mieux accepter sans broncher le projet qu’on va vous présenter, car vous pourriez être confrontés à bien pire…
Petite parenthèse : chez Occupons le terrain, l’expérience nous apprend que rien n’est jamais perdu d’avance. La mobilisation citoyenne a déjà permis à des collectifs de gagner des combats qui semblaient pourtant désespérés (vous trouverez quelques exemples sur la page « Victoires » de notre site web).
L’urbaniste enchaîne en nous vantant la durabilité du projet, qui sera labellisé HQE (Haute Qualité Environnementale). Une diagonale de deux hectares sera laissée non construite pour permettre la traversée de la faune (ce qui signifie donc que 6 hectares sur les 8 seront bâtis, soit 75 % de la surface…). Elle nous explique même que l’impact écologique du projet sera positif puisque des arbres et arbustes seront plantés alors qu’actuellement, il s’agit d’un champ sans intérêt pour la biodiversité (c’est sans compter l’impact environnemental catastrophique de toute construction neuve, bien entendu).
Elle nous montre ensuite une série de modélisations dans lesquelles on peut observer des personnes de toutes générations qui se côtoient paisiblement dans un quartier végétalisé et paisible, qui discutent entre elles, qui se déplacent à pied, etc. Sur ces deux hectares d’espaces verts, entre des parcs pour se promener, des jeux pour les enfants et des aménagements sportifs (agrès, goals de foot, etc.), il y aurait même la construction d’une ferme pour un projet de maraîchage (nous y reviendrons).
Cette architecte nous vend du rêve avec une sincérité désarmante. Serait-elle une actrice venue tout droit d’Hollywood, qui aurait atterri par hasard dans un bureau d’architectes ? Non, l’explication est à la fois plus rationnelle et plus triste : son discours, elle y croit dur comme fer. En effet, ce projet lui semble certainement l’option la plus durable possible dans le monde dans lequel elle évolue, qui est celui de la promotion immobilière, du profit financier maximum et de la primauté de l’intérêt individuel de son patron sur le bien commun. Dans ce cadre-là, toute initiative visant à atténuer ou à compenser partiellement les impacts environnementaux du projet est vue comme un bonus sympathique. Mais ce n’est pas de ce monde-là que nous voulons…
Lors du débat, la gestion des eaux soulève de nombreuses inquiétudes de la part des riverains, d’autant plus concrètes que certains ont subi des inondations… pas plus tard que la veille ! Bien que l’architecte nous affirme que des aménagements sont prévus pour gérer le ruissellement des eaux pluviales : noues, étangs, plantations, etc. Ils auraient soi-disant été dimensionnés pour des chutes de pluie qui ne se produisent qu’une fois tous les cent ans… Mais c’est sans tenir compte du dérèglement climatique. Comment garantir que ces aménagements suffiront dans un contexte où l’évolution du climat est fort incertaine, et où les événements météorologiques extrêmes risquent de se multiplier et de s’aggraver ? Et comment éviter la catastrophe lorsque, comme mercredi soir, une averse orageuse courte mais intense tombe sur un sol fragilisé par une longue période de chaleur et de sécheresse, incapable de l’absorber ? Enfin, comment s’assurer de la bonne évacuation des eaux usées alors que le réseau d’égouttage est déjà régulièrement saturé ?
Le deuxième gros point d’inquiétude concerne la mobilité. Le promoteur dit vouloir favoriser la mobilité active au sein de l’îlot, les voitures étant restreintes à la périphérie de celui-ci. Les aménagements cyclo-piétons prévus dans le quartier semblent effectivement intéressants mais les grands axes avoisinants ne sont guère propices aux modes actifs… Il est donc probable qu’une part importante des futurs habitants possèderont une voiture et l’utiliseront pour se rendre au travail. Le flux supplémentaire est estimé à « seulement » 50 à 80 voitures supplémentaires durant l’heure de pointe du matin, nous dit l’architecte… Ce qui fait quand même environ une voiture supplémentaire par minute : pas négligeable sur des routes déjà bien encombrées !
Quant au projet de maraîchage, il nous laisse perplexe. Le promoteur nous explique qu’il va trouver un maraîcher et créer une coopérative pour que les gens du quartier puissent acheter leurs légumes en direct à la ferme, et qu’ainsi cette activité de maraîchage serait rentable économiquement. Quand on sait que la plupart des maraîchers peinent à dégager un revenu décent de leur activité, on peut douter de la faisabilité d’un tel projet sur une si petite surface. Cette idée de maraîchage ressemble plus à une petite « touche écolo » pour tenter de faire accepter le projet par la population qu’à une réelle vocation nourricière. Nous espérons en tout cas qu’un maraîcher ne sera pas instrumentalisé pour faire passer le projet et mieux se faire rouler dans la farine ensuite… Les conditions de vie des paysans et paysannes sont déjà suffisamment difficiles.
Ce projet nous montre encore une fois à quel point il est nécessaire de changer notre manière d’aménager nos territoires et notre modèle de société, en donnant la priorité au bien commun plutôt qu’aux intérêts financiers d’une minorité.
En attendant, les riverains sont bien décidés à se mobiliser pour ne pas laisser passer ce projet !

