Liège et Charleroi – Nouveaux permis pour les aéroports

Liège et Charleroi – Nouveaux permis pour les aéroports

Le 21 juillet, ce n’est pas seulement la Fête nationale belge. C’est aussi la fête des coups fourrés du gouvernement wallon. Celui-ci vient d’accorder de nouveaux permis d’exploiter flambant neuf aux deux aéroports wallons accordés dans la torpeur de l’été quand tout le monde regarde ailleurs (dans le nouveau super-plan d’austérité du gouvernement De Wever sorti à grande publicité à la même date ou, pour els plus chanceux, dans les guides de voyages).

Il y a quelques mois, le gouvernement wallon avait accordé un permis d’exploiter de 20 ans à l’aéroport de Liège. Mais l’auditeur du Conseil d’Etat avait rendu un avis négatif sur ce permis. Le gouvernement wallon a donc retiré ce permis, en a réécrit illico presto le texte et a ré-accordé un permis à cette nouvelle version. 

Au même moment, le même gouvernement wallon a validé le permis d’exploitation de l’aéroport de Charleroi pour les 20 prochaines années. Celui-ci va pouvoir étendre ses activités et augmenter le nombre de vols autorisés : 4000 de plus dans les 6 prochaines années, avec évidemment une augmentation parallèle des audiences.

Pour ce faire, le gouvernement wallon s’est assis sur les milliers de réclamations des habitant(e)s et des communes riverain(e)s des deux aéroports et sur les argumentations détaillées et basées sur de nombreux rapports scientifiques. Pour la « compétitivité économique » de la Région et  pour les profits des multinationales du frêt et des voyages aériens, tous les feux sont au vert. Pour la santé de la population et la sauvegarde de l’environnement, ils sont au rouge vif. Mais ce n’est visiblement pas cela qui empêchera le gouvernement wallon de dormir sur ses deux oreilles, un luxe qu’il refuse obstinément aux riverain(e)s !

Les deux associations qui luttent contre l’extension incessante des aéroports et de leurs activités ont publié des réactions scandalisées et décidées face à ces décisions.

A Liège, voici la réaction du front « Stop Alibaba & C° (contre l’extension de Liège Airport) »

Dans la continuité de la précédente majorité wallonne (PS-MR-Ecolo), le gouvernement wallon MR-Engagés vient de communiquer sa décision concernant le renouvellement du permis de l’aéroport de Charleroi. On n’en attendait pas grand-chose, mais ils font encore pire : aucune limite de vols, des garanties dérisoires sur le bruit. Une gifle pour les riverain/es, l’environnement et les travailleur/euses qui payent le prix du low-cost.

Au même moment, un nouvel accord (le 4e !) est trouvé pour Liège Airport. Ici aussi, il s’agit de « continuer d’encourager son développement ». Pourtant, même le Conseil central de l’économie (qui regroupe patrons et syndicats) s’est inquiété publiquement des importations massives de colis chinois via Liège, qui affaiblissent l’économie belge. Mais il en faut visiblement plus pour faire douter nos chers Ministres.

Parmi ceux-ci, deux ministres en charge (Yves Coppieters à l’Environnement, François Desquesnes à l’Aménagement du territoire) sont issus des Engagés, un parti qui affirmait vouloir mettre la santé et l’environnement au cœur de ses priorités. Leur programme affirmait également vouloir « réaliser une étude d’incidence indépendante à propos des aéroports de Liège et Charleroi qui examinera toutes les dimensions pertinentes telles que l’emploi (volume, conditions, stabilité), l’activité économique locale, la pollution, le bruit, la santé, le coût des infrastructures pour les pouvoirs publics, le trafic et les relations internationales ». Une manière de reconnaître que cela n’a jamais été fait.

Cela en dit long sur l’aveuglement littéralement criminel et irresponsable qui entoure le développement des aéroports wallons.

Mais sur ce dossier, comme sur tant d’autres, les Engagés s’alignent docilement sur un MR toujours plus réactionnaire et visiblement prêt à sacrifier santé, environnement, droits sociaux et finances publiques au nom d’intérêts économiques minoritaires à courte vue.

Nous prenons acte. Et nous continuerons de lutter, par tous les moyens nécessaires, avec toutes celles et ceux qui refusent de se résigner au désastre auquel ces décisions nous destinent inévitablement.

Et à Charleroi, voici celle du collectif « Stop aux nuisances de l’aéroport de Charleroi »

Tout en critiquant vertement la décision du gouvernement wallon, le collectif rappelle ce qu’est la réalité de cet aéroport et du système « low cost » qui profite outrageusement au principal utilisateur de l’aéroport, la compagnie Ryanair.

Nous l’avons dit et répété, l’aéroport de Charleroi, véritable vache à lait de Ryanair, illustre parfaitement un modèle allant à rebours de l’intérêt public. Il est devenu le symbole éclatant d’une privatisation des bénéfices au profit de Ryanair et d’une mutualisation des pertes aux frais du contribuable wallon.

Premièrement, rappelons que BSCA (l’aéroport de Charleroi) n’a jamais été rentable, contrairement à ce qui est affirmé. Sa survie dépend exclusivement de subsides publics — En 2024 ils augmentaient encore: 32 millions d’euros par an — alors même que d’autres secteurs essentiels, comme les transports publics (à l’image du TEC), subissent des coupes budgétaires drastiques. À l’heure où l’on impose un régime de pain sec et d’eau aux services publics, BSCA semble bénéficier d’une indulgence tout à fait particulière.

Deuxièmement, les conditions commerciales offertes à Ryanair défient toute logique économique. Selon le CEO de Brussels Airport, les tarifs concédés par BSCA seraient inférieurs de 90 % à ceux pratiqués par des aéroports similaires. Cette distorsion est révélatrice : en Wallonie, c’est Ryanair qui impose ses règles, comme cela fut déjà évident en 2004, lorsque le gouvernement wallon modifia, en deux jours seulement, les heures d’ouverture de BSCA pour satisfaire les exigences de la compagnie, à la suite d’une condamnation par le tribunal de Charleroi. L’aéroport est ainsi devenu de facto un « aéroport poubelle », bradant ses standards pour maintenir une activité artificielle.

Troisièmement, l’impact économique net de l’aéroport est largement négatif. En favorisant l’évasion de la dépense, BSCA contribue au creusement du déficit de la balance des paiements lié aux voyages — plus de 16 milliards d’euros en 2024. Plus les Wallons voyagent au départ de Charleroi, plus ils dépensent à l’étranger, au détriment du PIB national. Cette hémorragie fragilise notre économie et détruit des milliers d’emplois directs, indirects et induits sur notre territoire.

Enfin, l’impact sanitaire de l’aéroport est dramatique. Les nuisances sonores et la pollution atmosphérique réduisent l’espérance de vie en bonne santé de milliers de Wallons et Wallonnes, contribuant à une augmentation des décès prématurés. Le coût pour la sécurité sociale est colossal — une charge supportée, une fois de plus, par la collectivité tout entière.

Il est plus que temps d’ouvrir un débat sérieux sur le modèle économique et sociétal que nous voulons pour la Wallonie. Continuer à financer à perte un aéroport au service d’intérêts privés, au détriment de notre santé, de nos finances publiques et de notre tissu économique local, n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.