Liège – Le double enjeu du « poumon vert » de Burenville

Liège – Le double enjeu du « poumon vert » de Burenville

L’avenir du grand espace vert situé au cœur du quartier vde de Burenville se jouera dans les prochains mois. Et on peut affirmer que le choix qui sera fait par la Ville de Liège, au-delà d’un dossier très « local »  sera emblématique des décisions que prendra la Ville dans les prochaines années quant à la sauvegarde et la valorisation de ses espaces verts et de son cadre de vie.

Une réaction très forte

Au mois de juin, lors de la période de consultation qui a suivi la présentation de l’avant-projet par la société Matexi, ce sont pas moins de 900 courriers d’opposition à ce projet qui ont été adressés au bureau d’études  et à la Ville de liège… là où d’habitude les courriers se comptent en unités ou en dizaines!

Le collectif naissant a voulu marquer le coup à la fois pour faire valoir ses arguments auprès des deux instances qui seraient amenées à en tenir compte à un moment ou un autre de la procédure (voir plus bas) et lancer une alerte auprès de toute la population liégeoise quant à l’importance de ce dossier.

Un enjeu local évident

La défense de ce bois est bien sûr un enjeu local. Burenville est un quartier densément bâti avec peu d’espaces verts accessibles à la population. Maintenir un tel poumon vert dans le quartier est un objectif important. Surtout que l’alternative proposée par Matexi représenterait un bouleversement total pour le quartier: construction de 430 nouveaux logements, destruction d’une grande partie du couvert boisé, impact important sur la mobilité du quartier… et 20 ans de travaux pour mener à bien l’ensemble du projet (selon les dires mêmes de Matexi)!

Mais l’enjeu de ce projet dépasse également les limites du quartier.

Une perspective positive à l’échelle de la ville

Qu’est-ce qui est en jeu autour de ce projet?

D’une part, la Ville de Liège a fortement évolué face à la question des espaces verts. Il y a deux ans et demi, le bourgmestre Willy Demeyer a annoncé la volonté de la Ville de ne plus autoriser à l’avenir l’urbanisation de terrains qui n’ont jamais été bâtis.

Un an plus tard, le Projet de territoire de la Ville de Liège (un Schéma de Développement communal à ambitions plus larges) a mis en avant une idée forte: établir une  « Chaine des parcs » destinée à protéger et à mettre en valeur un ensemble d’espaces verts significatifs et relier ces parcs entre eux par des cheminements facilitant les « passages » des espèces vivantes que sont la flore, la faune… et les piétons!

Et, troisième élément positif, le terrain de Burenville qui est dans le viseur de Matexi est bel et bien repris dans cette Chaîne de Parcs.

Des contre-arguments dangereux

Avec de tels arguments dans la balance, le débat pourrait paraître d’ores et déjà plié dans le bon sens.

Mais ce serait sous-estimer les capacités de réaction du promoteur (et la « compréhension » de certains responsables politiques pour ses arguments).

Tout d’abord, il est possible de jouer sur les mots. Le terrain de Burenville fait partie d’un ancien ensemble d’exploitation minière et ne pourrait donc pas être considéré comme un terrain « jamais bâti ». Une simple balade sur le terrain montre que cet argument ne tient pas la route. L’exploitation minière est abandonnée depuis soixante ans, les constructions y ont été détruites et la nature a repris ses droits à une vitesse étonnante. Ce terrain est aujourd’hui, sans le moindre doute, un espace vert d’une grande diversité et d’une grande richesse.

Ensuite, ce terrain est repris au Plan de secteur comme zone constructible (ce Plan a été élaboré au tournant des années 70-80, soit près de vingt ans après la fin de l’activité minière). La Ville a longtemps considéré qu’il pouvait être, en tout ou en partie, urbanisé… même si aucun projet n’a jamais reçu jusqu’ici l’assentiment de la Ville. Le danger s’est quand même fortement précisé récemment puisqu’un Schéma d’Orientation local (SOL), basé sur le projet Matexi et proposé par la Ville, a été validé par le ministre en mai 2025.

Enfin, Matexi a un argument qu’il estime fort et définitif: son projet d’urbanisation maintiendrait 30% de la superficie du site dans son état naturel et réaffecterait une autre partie en zones vertes entre et autour des blocs d’habitation. Largement de quoi maintenir ce site dans la Chaîne de parcs donc! Cet argument serait risible s’il ne puait pas autant la mauvaise foi. Passer d’une zone boisée de 10 hectares d’un seul tenant où la biodiversité végétale et animale a pu se développer librement à une mini-zone de 3 hectares cernée par les excavatrices et les bétonnières et complétée par des zones où tout aurait été arraché pour être replanté sous forme de pelouse et d’arbustes et prétendre que cela constitue un parc digne de ce nom, c’est se moquer du monde. Et pourtant il n’est pas impossible que cet argument puisse trouver des soutiens au Collège communal et ailleurs.

Un choix déterminant pour l’avenir

La décision finale dans ce dossier sera prise par la région wallonne. Mais l’avis que rendra de la Ville de Liège pèsera évidemment d’un poids tout particulier. Dans quel sens la Ville s’orientera-t-elle ?  Choisira-t-elle de mettre résolument en œuvre son orientation de conservation des espaces verts ou choisira-t-elle une solution soi-disant de « compromis » qui impliquerait une urbanisation partielle du site… et qui  ferait renaître de solides inquiétudes à l’annonce de chaque nouveau projet à l’avenir?

Une grande partie de la réponse tiendra dans la capacité de mobilisation du collectif « Sauvons le poumon vert de Burenville », tant dans le quartier qu’à l’échelle du reste de la ville.

Nous vous tiendrons régulièrement au courant de ses projets…

Pour en savoir plus, visitez le site du collectif et suivez sa page Facebook.