Belgique – « Pause » environnementale et intimidations renforcées
Le double mouvement – détricotage rapide des législations (un peu) pro-environnement et menaces de plus en plus nettes contre les mouvements qui mobilisent en pratiquant la désobéissance civile – est à l’œuvre un peu partout dans le monde occidental. Et la Belgique n’échappe pas à ce mouvement. C’est un duo qui est à la manœuvre au niveau fédéral. Et il est estampillé MR puisque les deux ministres en pointe dans les activités de détricotage et de répression sont respectivement David Clarinval, ministre de l’Economie et de l’Emploi, et Bernard Quintin, ministre de l’Intérieur.
L’environnement et le climat en mode pause
Clarinval n’y a pas été avec le dos de la cuillère. Dans une interview au journal (économique et patronal) L’Echo, le 26 juillet, il a froidement affirmé qu’ « il faut mettre en pause une série de mesures climatiques et environnementales, parce qu’on a été trop loin et trop vite » au nom de la compétitivité de l’Europe et de ses entreprises.
On peut raisonnablement penser que, sur ce point, David Clarinval croit ce qu’il dit. Mais ces propos sont tellement provocants qu’ils ont même réussi à faire sortir de ses gonds Yvan Verougstraete, le président des Engagés (surtout engagés dans une coalition avec le MR de Mr. Clarinval d’ailleurs): « Celle-là, je ne peux pas la laisser passer non plus. Je la mets même dans la pile des collectors à ressortir dans 10 ans quand les mêmes se plaindront que l’on a pas investi pour limiter l’impact du réchauffement climatique ou que l’on aura pas anticipé les grandes mutations stratégiques. ».
Mais, au-delà de l’opposition en mode « bon flic / mauvais flic » entre les deux partenaires gouvernementaux, on voit clairement que la ligne de Clarinval (partagée tant par le MR et la N-VA et acceptée ou subie par les trois autres) est la ligne dominante du gouvernement fédéral. En témoigne encore tout récemment le Plan Climat Energie 2030, plein de « phrases alambiquées issues de compromis non tranchés entre partenaires du Gouvernement » mais vide de toute « quantification de budget, de timing… », selon la formule frappante de Canopea.
Et ce n’est pas différent au niveau régional et communautaire francophone où les deux mêmes partis sabrent dans tous les budgets liés à l’environnement et dans tous les subsides aux associations, comme Natagora vient encore de le déplorer.
Le « terrorisme » comme prétexte
Évidemment de telles politiques – et le mépris profond dans lequel la droite tient celles et ceux qui dénoncent ses reculs sociaux et environnementaux et ses cadeaux aux entreprises – ne passeront pas comme des lettres à la poste. Le gouvernement se prépare donc à une confrontation plus dure. Et, dans un premier temps, dénoncer ses opposants les plus résolus comme étant susceptibles de verser rapidement dans le terrorisme reste un grand classique de la manipulation politique.
Sur le versant répressif, le gouvernement a annoncé le 24 juillet avoir adopté un avant-projet de loi du ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, interdisant l’activité d’organisations radicales et extrémistes en Belgique. L’organisation qui est le plus immédiatement dans le viseur est Samidoun, un réseau européen de solidarité avec la Palestine, accusé d’être lié au Hamas. Mais d’autres organisations ont aussi été évoquées. Sur quelles bases? Le ministre Quintin l’a expliqué dans une courte déclaration au journal La Libre.
Le ton est martial et déterminé mais l’imprécision et l’arbitraire se lisent à chaque phrase, comme l’a relevé très justement le chercheur et militant écosocialiste Daniel Tanuro (les citations en gras sont du ministre, les commentaires entre parenthèses de l’auteur): « Nous voulons les empêcher de diffuser leurs idées extrémistes » (« l’extrémisme », en soi, ça ne veut rien dire… ou n’importe quoi). « Le projet de loi ne poursuit pas les opinions ou les idées en tant que telles » (il vient de dire le contraire!), « aussi controversées qu’elles soient » (Mr. Quintin s’autoproclame juge des controverses) « mais uniquement les comportements concrets » (lesquels? Mr. Quintin s’autoproclame aussi juge des comportements) « qui portent atteinte à la sécurité nationale et à l’existence d’un ordre démocratique et constitutionnel » (diffuser des idées « radicales » – ce que je fais quotidiennement – entre donc bien dans la catégorie des comportements visés).
Sur cette base, la définition de ce que sont une organisation radicale et des comportements répréhensibles s’annonce effectivement très arbitraire et très dangereuse pour les droits démocratiques. Et ce n’est pas un procès d’intention de notre part. Le 15 juillet, dans le cadre d’un débat d’actualité à la Chambre, le ministre de l’Intérieur avait cité d’autres organisations qui faisaient l’objet de rapports de l’Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace (OCAM) : le réseau 764 d’inspiration néo-nazie mais aussi Code Rouge et Stop Arming Israël.
L’amalgame entre un réseau néo-nazi, d’une part, et Code Rouge et, Stop Arming Israël, d’autre part, est scandaleux. Ces deux dernières sont des mouvements qui pratiquent le désobéissance civile non violente et sont soutenus par de larges coalitions d’associations reconnues. En réalité, ce qui gêne le ministre, c’est qu’elles ne se contentent pas de tenir des discours et de lancer des pétitions mais qu’elles agissent sur le terrain en désignant et en visant des responsables précis, et en particulier des entreprises (pollueuses et contribuant au dérèglement climatique pour Code Rouge, liées à la vente d’armes pour Stop Arming Israël).
On voit ainsi que se dessine une offensive où sous l’étiquette fourre-tout de « comportements en lien avec le terrorisme », c’est potentiellement toute opposition un peu trop « radicale » aux yeux du gouvernement qui pourrait être menacée de dissolution, toute manifestation sociale un peu trop « radicale » qui pourrait être visée. Comme le dit Daniel Tanuro à la fin de son post « Il est évident que cette logique de l’amalgame au « terrorisme » menace TOUT le mouvement social! Tout le mouvement social doit donc faire front! ».


Comments: 1
[…] Belgique : « Pause » environnementale et intimidations renforcées : https://occuponsleterrain.be/2025/08/12/belgique-pause-environnementale-et-intimidations-renforcees/ […]
Comments are closed.