Europe et France – « Simplification » et répression pour enterrer l’environnement et le climat
Un grand vent de « simplification » souffle sur l’Union européenne et sur chacun de ses Etats membres. Il faut, paraît-il, libérer les entreprises des contraintes absurdes qui pèsent sur elles (et sur leur compétitivité, et donc sur leurs profits). Et, au premier rang de ses contraintes à « simplifier » (c’est-à-dire à réduire fortement ou encore mieux à supprimer), il y a les réglementations destinées à protéger l’environnement et la biodiversité et à lutter contre les effets du changement climatique. Celles-ci sont présentées de plus en plus comme une charge impossible à porter. Avec un raisonnement simple: « Si les USA, la Chine et les autres se foutent du climat et de l’environnement et ne respectent pas les règlementations internationales, pourquoi nous tirer une balle dans le pied en les respectant nous-mêmes »?
Cette stratégie de la « simplification » est portée par les forces de la droite conservatrice et de l’extrême-droite (c’est même le terrain sur lequel elles sont allées le plus loin dans leur rapprochement). Et comme ces forces jouent aussi sur le nationalisme, leur cible privilégiée est la « bureaucratie mondialiste » qui est censée diriger l’Europe. La « simplification » devient alors un pur nom de code pour la « souveraineté nationale » que les institutions de l’UE rongeraient petit à petit.
Et pourtant, c’est dans ce Parlement européen et ces institutions européennes que se produit le premier changement. Depuis les élections européennes de 2019 et surtout depuis celles de 2024, la droite et l’extrême-droite, relayant le lobbying intense des grandes entreprises, font monter la pression pour détricoter les engagements écologiques et climatiques. Et ce ne sont pas les concessions faites tout récemment à l’occasion du deal avec Trump sur les droits de douane qui vont améliorer les choses, notamment avec l’engagement pris par l’Union européenne d’acheter des quantités colossales de carburant fossile (pétrole et gaz) aux USA qui vont peser lourdement sur la transition vers la décarbonation des économies européennes.

En France, le bulldozer de la simplification écrase l’écologie…
Si ce mouvement est général, il est particulièrement intéressant de voir ce qui se passe dans un grand pays proche, et même voisin, à savoir la France. Car, comme le dit le dicton « Quand la France s’enrhume, la Belgique éternue ».
L’éventail des mesures prises en France donne non seulement le vertige mais aussi de très sérieuses indications de ce que les gouvernements belges et wallons pourraient mettre en œuvre (ce qu’ils ont déjà commencé à faire).
Depuis la dissolution – ratée – de juin 2024, Macron s’est retrouvé en minorité à l’Assemblée nationale. Il a dû mettre en place des gouvernements de coalition avec la droite conservatrice (Les Républicains) et conclure des alliances inavouées mais bien réelles avec le Rassemblement national de Marine Le Pen pour éviter la chute de ses gouvernements successifs. Et tout ce petit monde a communié gaiement sur le dos de l’écologie, du climat et de l’environnement.
Jugez-en, en un an, la liste est éloquente:
- le budget consacré à l’écologie a été amputé de 15%, ce qui s’est traduit par la suppression des primes à la rénovation des logements, le recul des aides au bio,…;
- l’Office français de la Biodiversité a été fortement affaibli, avec en conséquence une diminution des contrôles sur le terrain;
- la nouvelle Loi d’orientation agricole a dépénalisé un grand nombre d’atteintes aux espèces protégées et à la biodiversité;
- la loi Duplomb, visant à la fameuse « simplification », favorise la construction de nouvelles méga-bassines (énormes retenues d’eau profitant aux très grandes exploitations intensives au détriment des nappes phréatiques et de l’approvisionnement des petits paysans) et rétablit l’autorisation d’utiliser des pesticides dangereux (avant de perdre récemment cette bataille précise). Pour en savoir plus, cliquez ICI;
- la décision de justice de bloquer le chantier de construction de l’autoroute A69 a été contournée par le vote de nouvelles lois restreignant les possibilités d’intervention des habitants et de la justice;
- le dispositif des zones à faibles émissions (ZFE) dans les grandes villes a été abrogé.
Quant à la proposition de budget pour 2026 présentée à la mi-juillet par le premier ministre Bayrou, on peut dire sans exagérer qu’elle abandonne la transition écologique.
A cela, il faut encore ajouter un point qui nous intéresse tout particulièrement: le détricotage du « zéro artificialisation nette » des sols. En 2021, via la loi Climat, la France s’était engagée à diminuer de moitié sa consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers d’ici à 2031, en passant de 250.000 hectares artificialisés à 125.000 en dix ans, jusqu’à atteindre la neutralité en matière d’artificialisation nette des sols en 2050. À partir de cette date, toute nouvelle surface bétonnée devait être compensée par la renaturation d’une surface de taille équivalente. Cela permettait de limiter le ruissellement des eaux de pluie et les inondations.
En mars dernier, la droite conservatrice a présenté une loi visant à abroger cet objectif fixé à 2031 tout en maintenant le cap de la neutralité pour 2050 (on se demande bien par quel miracle il pourrait être atteint si les étapes intermédiaires sont supprimées !). Cette loi a été votée en mars au Sénat et devra passer à l’Assemblée nationale à l’automne (où on peut imaginer qu’elle sera également votée).

…et l’Etat criminalise les militants et mouvements écologistes
Depuis des années, la répression contre les militants écologistes participant aux mobilisations sur le terrain s’est accentuée. C’est à la fois visible de manière directe lors des manifestations et actions où les interventions policières se sont faites extrêmement brutales et de manière plus insidieuse avec de nombreuses actions en justice contre des militants ou des responsables d’associations.
Ce tableau peut paraître exagéré. Il ne fait pourtant que condenser un rapport tout récent d’Amnesty International (juillet 2025) qui analyse de manière minutieuse la stratégie méthodique des autorités françaises pour réprimer les militants écologistes. Instrumentalisation du droit pénal, utilisation d’une rhétorique stigmatisante, maintien de l’ordre brutal…: les autorités s’appuient sur un panel de leviers pour dissuader les militants et collectifs écologistes d’exercer leurs droits. En d’autres termes, elles les effraient pour limiter l’activisme et bâillonner l’espace civique.
En se débarrassant des défenseurs de l’environnement, le gouvernement peut ainsi sortir la question climatique du débat public, persévérer dans l’inaction et même poursuivre ses politiques néfastes.
Rappelons aussi que le gouvernement français avait décidé de dissoudre le mouvement des Soulèvements de la Terre en juin 2023, provoquant une énorme vague de solidarité dans le pays et la création de dizaines de collectifs locaux avant que le Conseil d’Etat ordonne la suspension de cette loi, puis son annulation définitive en novembre 2023.
C’est très français tout cela…
Certes. Mais un regard sur cet article vous montrera que la France de Macron est à bien des égards le laboratoire des reculs que nous organisent les gouvernements en Belgique, que ce soit le fédéral de De Wever, Clarinval et Quintin ou le régional wallon de Dolimont.

