Chimay – Un projet agrivoltaïque assombri de moitié par le ministre

Chimay – Un projet agrivoltaïque assombri de moitié par le ministre

Voici un sujet qui a posé débat au sein de la rédaction d’Occupons le Terrain : doit-on le considérer comme une victoire, une demi-victoire, une demi-défaite ou une défaite ? Toutes les positions ont du pour et du contre. Explications…

Un projet déjà recalé par deux fois

Depuis 2023, la société Ether Energy (que des collectifs membres d’OLT ont déjà combattue en différents endroits) souhaite mener à bien un projet agrivoltaïque à la rue des Forges (Chimay). A la base, ce projet accaparait 20 hectares de terres agricoles afin d’installer près de 20.000 panneaux photovoltaïques et les cabines haute tension capables d’absorber cette production. Avec bien sûr comme toujours l’argument « greenwashing » par excellence d’installer 200 ovins afin de « favoriser la transition agricole et la transition écologique » (sic).

Au terme d’une première enquête publique ayant suscité de nombreuses réactions citoyennes et une pétition ayant recueilli plus de 13.000 signatures, l’autorité communale avait refusé le projet en juin 2023, sur base de plusieurs arguments : impacts esthétiques et visuels, utilisation « soustractive » de terres agricoles et pression foncière sur les mêmes terres.

Une deuxième demande de permis était introduite en janvier 2024 pour un projet légèrement revu à la baisse : une réduction à 15.236 panneaux et 180 moutons ainsi que la plantation de 1.500 mètres de haies. Ether Energy a alors lui-même retiré sa demande de projet à la fin de l’enquête publique qui a suivi cette demande, prétendument afin de « mieux coller à la nouvelle circulaire du ministre Borsus sur l’agrivoltaïsme ». Mais il ne fait nul doute que la mobilisation citoyenne, encore renforcée, a pesé dans ce retrait.

Un troisième projet… d’abord refusé

En octobre 2024, re-re-belote. Une troisième mouture du projet, sans modification du nombre de panneaux ou de moutons, avait de nouveau été soumise à l’enquête publique. Toujours plus active, la mobilisation citoyenne avait poussé la Ville de Chimay à remettre un nouvel avis négatif.

Cependant, la décision finale dans le dossier appartenait aux deux hauts fonctionnaires de la Région wallonne, le fonctionnaire technique (pour les aspects environnementaux) et le fonctionnaire délégué (pour la décision globale et finale) . Mais ces derniers n’avaient pas répondu dans les temps impartis, avec pour conséquence que le projet était refusé de facto.

Tant Ether Energy que les deux agriculteurs (pour l’élevage des moutons) étaient cependant déterminés à faire aboutir le projet et avaient donc introduit un recours auprès du ministre de l’Aménagement du Territoire, François Desquesnes.

Zorro est arrivé…

Ce 28 août, la décision du ministre est enfin tombée. Et le moins que l’on puisse dire est qu’elle est en demi-teinte (d’où notre interrogation sur la victoire ou la défaite).

Commençons tout de suite par le négatif, résumé en une phrase : un permis a été accordé par le ministre, en dépit des refus précédents et de l’avis négatif de la Ville de Chimay.

Mais deux éléments sont a priori positifs dans la décision ministérielle :

– le projet est réduit de moitié et n’accaparera plus que 9 hectares de terres agricoles

– le projet devient « projet pilote » avec la contrainte d’une analyse scientifique menée par l’Université de Namur. Un comité devra ainsi être créé faisant participer la commune, les scientifiques, les responsables du projet, les exploitants afin de comparer les moutons sous panneaux et ceux des parcelles voisines, de même que pour la qualité de l’herbe.

Et la suite ?

L’autorité communale de Chimay reste ferme sur sa position. Les services juridiques de la Ville analysent actuellement la décision ministérielle. A la suite de cette analyse, la Ville décidera ou non d’introduire un recours auprès du Conseil d’Etat.

Le Bourgmestre rappelle à juste titre qu’il n’est pas contre le photovoltaïque : « Mais commençons par équiper correctement les toitures, éventuellement des petits champs mais pas des surfaces comme ça, cela me semble prématuré ».

En cela, il se rapproche de la position d’OLT que nous avions développée dans un article précédent, notamment le fait que l’agrivoltaïsme constitue une vision court-termiste, dans un cadre légal flou et avec une présentation « greenwashing » poussée à l’extrême.

La touche « humoristique » des agriculteurs

Nous ne voulions pas conclure sans aborder les propos tenus par les agriculteurs suite à cette décision ministérielle. A leurs yeux, c’est une autre vision de l’avenir qui se profile : « Cet été, les prairies ont été calcinées, si on n’avait pas eu notre puits, cela aurait été désertique. Le champ permettra par exemple d’effectuer des tournantes entre les pâturages, et ainsi optimiser la nourriture pour les animaux puisque le stade végétatif sera différent. »

Leur a-t-on tout simplement expliqué que les panneaux produisent un rayonnement de chaleur qui cuira d’autant plus leurs prairies ?

Même s’il faut savoir rire de tout, au vu des désastres que ce type de projets engendre, chez Occupons le Terrain nous n’avons décidément pas le même type d’humour que ces agriculteurs…