Herve – Un an de lutte et de rebondissements en cascade à Grand-Rechain
Herve. Ses arbres fruitiers, son sirop, sa Cavalcade. Mais aussi ses promoteurs immobiliers envahissants. Et ses collectifs qui leur résistent !
Parmi ceux-ci, « Sauvons Grand-Rechain », créé il y a à peine un an, a engagé un fameux combat. Celui-ci venant encore de connaître quelques nouveaux rebondissements, c’est l’occasion de faire un petit point de la situation. D’autant qu’a surgi un élément nouveau qui dépasse le cadre local et pourrait intéresser et aider d’autres collectifs.
Le poumon vert du Vieux-Tiège
Grand-Rechain est un petit village rural (1449 âmes), intégré depuis 1977 à la commune de Herve. C’est un paysage typique du Pays de Herve : bocages vallonnés, bordés de champs et de prairies utilisés à des fins agricoles. Les lieux sont fort prisés des villageois mais aussi de nombreux promeneurs et des amoureux de la nature.
Ce décor enchanteur ne pouvait évidemment pas laisser indifférents les promoteurs immobiliers de la région. Un projet de construction de lotissements initié en… 2001 concerne le site du Vieux-Tiège – 46 hectares de prairies – qui constituent le véritable poumon vert du village. En 2016, la Ville de Herve a adopté un Plan communal d’Aménagement (PCA), devenu depuis lors un Schéma d’Orientation Local (SOL), autorisant la construction de près de 190 nouvelles maisons et 1.300 mètres de nouvelles voiries sur ce site (ce qui signifierait aussi environ 380 voitures) et la transformation du paisible village en cité-dortoir, à 2 km du centre de Herve et à peine 30 km du centre de Liège.
Depuis lors, divers candidats se sont présentés pour construire des lotissements sur ce vaste terrain. La demande de permis pour la construction d’un premier groupe de 18 maisons (société T-Palm) est en cours. Puis un projet de deux lotissements de la société Ingeo du promoteur Mathieu Scheen.
Ces projets ont provoqué un mouvement d’opposition dans le village… et ailleurs. A la défense de l’identité villageoise et du cadre de vie local s’ajoutent en effet de nombreuses critiques de cette urbanisation démesurée, qui va à l’encontre de toutes les prescriptions actuelles en termes d’artificialisation des sols, d’étalement urbain, de sécurité routière, de mobilité durable et de préservation des terres agricoles. Et la critique a pris une ampleur plus grande suite aux inondations dramatiques de juillet 2021 et aux inondations locales en 2024. Car le village se situe sur les plateaux de la vallée de la Vesdre, plateaux dont la bétonisation galopante a été montrée du doigt par les études qui ont suivi les inondations de 2021. Ce projet d’urbanisation du Vieux-Tiège va ainsi à l’encontre des directives du Schéma de développement territorial (SDT) de la Région wallonne mais il est également en porte à faux vis-à-vis des recommandations pressantes du Schéma Vesdre.
Péripéties récentes
Comme si avoir plusieurs adversaires en même temps ne suffisait pas, le collectif doit faire face à d’incessants rebondissements.
La demande de permis introduite par la société T-Palm ne respecte pas toutes les prescriptions du permis d’urbanisation existant ! Elle comporte des écarts tels que le niveau du rez-de-chaussée des constructions, le nivelage du terrain, la largeur des voies d’accès, l’implantation des bâtiments qui ne respecteraient plus le relief du sol, et enfin l’obligation de planter des arbres fruitiers. L’enquête publique qui se terminait le 1er septembre a permis au collectif de dénoncer une série de demandes qui, toutes, se feraient au détriment des riverains immédiats et des habitants du village.
D’autre part, la société Ingeo (Scheen) avait déposé à l’automne une demande permis pour deux lotissements qui ne comprenait pas d’étude d’incidences sur l’environnement. Sans doute pour se mettre à l’abri des critiques des habitants et du collectif, la Ville de Herve a finalement décidé d’imposer la réalisation d’une telle étude au promoteur. Celui-ci n’a pas réussi à la boucler dans les délais et son dossier de demande de permis a donc été déclaré incomplet. Son retour avec une nouvelle version de son projet, intégrant les recommandations de l’étude d’incidences, devrait avoir lieu à l’automne.
Le SOL, véritable enjeu
Le collectif est donc amené à s’opposer à un rythme effréné aux différents projets qui vont et viennent sur le site, l’obligeant chaque fois à mener de véritables campagnes d’information de la population pour dissiper les nuages d’enfumage produits de manière industrielle par les promoteurs.
Mais pour « Sauvons Grand-Rechain », le véritable nœud du problème se situe bel et bien dans le Schéma d’Orientation local qui autorise l’urbanisation du site du Vieux-Tiège. L’an dernier, le collectif a lancé une pétition demandant la révision du SOL pour intégrer toutes les recommandations du SDT et du Schéma Vesdre, ce qui permettrait de limiter l’urbanisation du site. Cette pétition a recueilli en quelques mois un peu plus de 700 signatures. Le collectif l’a amenée aux autorités communales qui ont répondu : « Pourquoi pas revoir ce Schéma d’Orientation Locale. Mais nous souhaitons avoir la garantie que nous ne risquons pas d’être condamnés parce qu’un promoteur propriétaire serait mécontent de ces changements et de ne plus pouvoir construire ».
Mais il semble que la Ville ne se soit pas beaucoup intéressée à la question puisque, depuis un an, à chaque interpellation, elle remet sur la table le même argument qui justifie une attitude passive face aux projets immobiliers qu’elle se contente de vouloir « encadrer ».
Stimulé par ce qui ressemble très fort à une inertie volontaire de la ville, le collectif a, lui, décider de pousser les recherches sur ce sujet. Et il a trouvé ! Il a en effet récemment mis la main sur un jugement du Conseil d’État datant d’avril 2024, déboutant un promoteur à La Louvière qui avait attaqué la Ville dans des circonstances totalement similaires à celles de Herve. Le jugement a donné raison à la Ville, qui n’a dû payer aucun dommage. Le raisonnement du Conseil d’Etat est que la Ville, en voulant adapter son Schéma d’Orientation Local pour tenir compte des nouvelles réalités urbanistiques, environnementales et climatiques, répond aux besoins de ses habitants et est tout à fait dans son droit.
Le collectif a donc présenté cet élément nouveau et encourageant à l’occasion de la dernière réunion du Conseil communal de Herve. Croyez-le ou non : il n’a soulevé aucun enthousiasme du côté du Collège communal. La peur d’être condamnée en justice en cas de modification du SOL ne serait-elle, en fait, qu’un mauvais prétexte pour camoufler une solidarité réelle entre la Ville et les promoteurs convoitant le Vieux-Tiège ?
L’avenir le dira parce que le collectif, lui, est bien décidé à ne pas lâcher l’affaire…

