L’été des assassins
Nous publions parfois des articles qui sortent du cadre de la Wallonie. Nous publions parfois aussi des articles qui concernent un peu moins la défense des territoires menacés et un peu plus des aspects proches (comme le logement). Cet article-ci va nettement plus loin. Il se situe résolument à l’échelle mondiale et, à partir d’une question environnementale, dénonce vigoureusement l’attitude de nombreux « grands de ce monde ». Nous ne ferons pas une habitude de ce genre d’articles. Mais il est important pour nous de dire clairement ce qui se passe sous nos yeux et surtout de dire ce que sont réellement ceux qui concentrent richesses et pouvoir tout en bousillant la planète en pleine conscience.
Pendant quelques jours cet été, une Conférence internationale sur la Pollution plastique s’est frayé un – modeste – chemin vers les premiers titres de l’actualité. Sortie de nulle part, elle y e est retournée aussi vite, rendant leur place aux Tours cyclistes, aux festivals de musique, aux coups de soleil et aux embouteillages sur les autoroutes.
Cette Conférence a permis de rappeler (à certains) ou apprendre (à beaucoup d’autres) que la production et l’accumulation de plastique explosent et sont une source terrible de pollution et d’effets négatifs sur tous les êtres vivants. Quand il s’entasse après utilisation, sous les formes les plus diverses (si rien n’est fait, le poids du plastique dépassera celui des poissons dans l’océan d’ici 2050). . C’en est au point qu’un être humain pourrait ingérer 5 grammes de plastique chaque semaine, soit l’équivalent de la quantité de microplastiques contenue dans une carte de crédit.
Elle a aussi mis en évidence que les plastiques provoquent des ravages dans le vivant. La pollution plastique tue à ce jour plus de 1 million d’oiseaux de mer et 100 000 mammifères marins par an. Chez les humains, elle provoque un nombre grandissant de maladies et – au moins – des milliers de décès chaque année. Elle est jugée responsable de pertes économiques liées à la santé dépassant 1 500 milliards de dollars américains par an.
Donc le plastique pollue et le plastique tue. Tout cela est implacablement documenté et démontré. Tout le monde le sait et tout le monde le déplore, conférence internationale après conférence internationale. Mais le plastique fait aussi vendre. Beaucoup. Des produits en plastique évidemment. Et du pétrole pour les fabriquer. Beaucoup de pétrole.
Et quand on parle d’acheter et de vendre, on parle d’argent et même de profits, et là on touche à l’essentiel. Et c’est cela qui explique que cette Conférence internationale sur la pollution plastique a été, comme les précédentes, un échec complet. Les monarchies pétrolières arabes, la Russie, l’Iran et l’Inde se sont opposés à toute résolution contraignante (une position partagée évidement par les Etats-Unis de Trump, qui n’étaient même pas présents) en étroite collaboration avec les puissants lobbies des multinationales du pétrole et du traitement de l’eau.
Une pollution monstrueuse, des dégâts grandissants sur l’environnement et la santé, des milliers de vies humaines sacrifiées. Et aucun accord pour commencer à réduire tout cela. Les multinationales et les États qui les soutiennent minimisent, mettent en doute, demandent des compléments d’information,… Exactement comme ils l’ont fait (et continuent à le faire) pour l’amiante, pour le tabac, pour les pesticides, pour les énergies fossiles.
Le génocide à Gaza et les bombardements quotidiens sur les civils en Ukraine nous rappellent tous les jours qu’il y a à la tête de certains États des criminels de guerre. L’échec total de la Conférence internationale sur le plastique montre qu’il y a à la tête de certains États (les mêmes et quelques autres) des criminels de paix.
Les criminels de guerre sont souvent habillés de kaki, les criminels de paix ne quittent pas leur costume trois pièces. Les criminels de guerre vocifèrent leur amour pour leur race et leur patrie et leur haine de celles des autres ; les criminels de paix élèvent à peine la voix quand ils évoquent la compétitivité de leurs entreprises et la nécessité pour leurs États de tenir à tout prix leur place dans la concurrence internationale.
Mais, si la forme diffère fortement, le fond est pourtant le même : ils n’hésitent pas à condamner à mort, qu’elle soit brutale ou lente, des centaines de milliers de personnes.
Bien sûr, le dérèglement climatique, la dégradation de l’environnement et la fin du plastique sont des questions très complexes qui ne trouveront pas réponse en un jour. Mais le premier pas vers la solution est de désigner les responsables de ces catastrophes pour ce qu’ils sont : criminels de guerre ou criminels de paix, ce sont des assassins.

