Binche – Un crapaud alyte accoucheur empêchera-t-il un vaste projet immobilier ?

Binche – Un crapaud alyte accoucheur empêchera-t-il un vaste projet immobilier ?

A Péronnes-lez-Binche, une entité de la ville de Binche, se dresse le terril Sainte-Marguerite témoin du riche passé minier de la province du Hainaut. Reconnu comme Site de Grand Intérêt Biologique (SGIB), il se compose de 25 hectares de verdure, dont 6 sont en affectation de zone d’habitat depuis la création de la cité Sainte-Marguerite dans les années 60.

Racheté par un propriétaire privé en 2015, il a été rendu inaccessible à la population. S’il reste aujourd’hui encore une propriété privée, cette mise à l’écart a permis au site de devenir le refuge d’une faune et d’une flore particulièrement développée. On y a observé notamment des chevreuils, des faons, des renards, des blaireaux, des buses, des chouettes hulottes ou encore des hiboux petit Duc. Et depuis peu donc, le fameux crapaud alyte accoucheur. Nous y reviendrons.

Le terril menacé par un vaste projet immobilier

Ce site bucolique, proche de la ville, a bien évidemment suscité les convoitises des promoteurs. En 2020 déjà, une première version d’un projet immobilier, ainsi qu’une première étude d’incidence, ont été présentées au public en pleine période de confinement Covid ! Prévoyant 120 logements à l’époque, il a été représenté en 2023. Sans toutefois aller plus loin que l’étape de l’enquête publique puisque le permis a été refusé à l’issue de celle-ci.

Cet été, un nouveau projet, encore plus important, a été soumis à l’enquête publique. Le Collège binchois a analysé ce projet de 70 à 85 habitations et de 70 à 85 appartements (en 7 immeubles adossés au flanc du terril) et a annoncé, dans le document annonçant l’enquête publique, que le projet présentait des écarts (dans les dimensions annoncées des logements) avec le schéma de développement communal et avec le guide communal d’urbanisme. Cela constituait déjà un premier problème sérieux pour le promoteur.

Sachant qu’un collectif d’habitants critiquait le carnage environnemental que son projet allait provoquer, le promoteur du projet a tenté de minimiser par voie de presse les impacts environnementaux annoncés. Dans la mouvance du « greenwashing » régulièrement utilisée par les promoteurs pour « vendre leur projet », ce dernier a ainsi annoncé que, suivant les documents soumis à l’enquête publique, le terril ne serait pas déboisé et qu’il pourrait même être reconverti en espace de promenade à destination des futurs habitants. D’autre part, il a proposé que les rues du nouveau quartier soient classées en « zone partagée » (imposant la limitation de la vitesse à 20 km/h) afin de « respecter le bien-être des espaces naturels alentour ». Ces assurances, cependant, peinent à convaincre les défenseurs du site.

Le collectif citoyen, réuni autour du mantra « Touche pas à notre terril », dénonce un « projet gigantesque qui n’est que pure spéculation immobilière ». Les enjeux climatiques inquiètent les riverains, tout comme la stabilité du terril et la manière dont s’effectueraient les travaux au niveau du sous-sol. Bien qu’inaccessible au public, le site représente, pour le collectif, un poumon vert qu’il faut préserver. Il réclame notamment un inventaire en matière de faune et de flore et estime que le site doit être, à terme, reconnu comme réserve naturelle.

Un crapaud qui croasse à point nommé

Si l’enquête publique s’est clôturée le 25 août, le Collège communal est actuellement dans la phase d’analyse des lettres de contestation et au recueillement des avis de diverses instances dont notamment celui du Département Nature et Forêts (DNF). Ce dernier a rendu un avis négatif sur le projet. Il estime que l’étude d’incidence manquerait cruellement de données pertinentes sur les impacts écologiques du projet, étant jugée « particulièrement lacunaire » sur son volet environnemental.

Mais le sort du vaste projet immobilier vient d’être suspendu à cause d’un habitant inattendu, le crapaud alyte accoucheur. Ce batracien, rare et strictement protégé dans notre pays, est installé sur le site qui semble être un habitat idéal pour l’alyte accoucheur, notamment grâce à un point d’eau alimenté par une source naturelle. C’est lors d’enregistrements nocturnes que deux habitantes voisines du projet ont repéré le cri distinctif de l’amphibien.

Le fait que le crapaud alyte accoucheur soit une espèce strictement protégée est un véritable coup d’arrêt pour le projet. En effet, sa présence sur le site impose au promoteur de devoir demander une dérogation au DNF, demande qui devait se trouver dans le dossier soumis à enquête publique, et donc portée à la connaissance des citoyens. Ce qui n’était évidemment pas le cas ! Comme le crapaud n’en dispose pas, on peut dire que c’est l’histoire du serpent qui se mord la queue…

Avec quelles suites ?

En toute logique, le promoteur devrait réaliser une nouvelle étude d’incidence, a minima sur le volet environnemental. Une fois celle-ci complétée (ce qui peut prendre de nombreux mois vu l’importance des variations saisonnières dans l’analyse environnementale), il devrait également adjoindre la fameuse demande de dérogation avant de pouvoir soumettre à nouveau son dossier complet à l’enquête publique. Toute autre manière de procéder serait plus que probablement constitutive de motifs à recours (auprès du Gouvernement wallon et/ou du Conseil d’Etat).

Cependant, avant d’envisager cette nouvelle étude d’incidence, le promoteur devra laisser la procédure actuelle se clôturer. Sur base des lettres de réclamations et des avis des instances récoltés, l’autorité communale devra officiellement se prononcer quant à l’obtention ou le refus du permis. Le refus ouvrirait la voie au promoteur pour une nouvelle étude, l’octroi quant à lui ouvrirait la voie des recours pour le collectif.

Nous pouvons donc estimer que le site du terril Sainte-Marguerite est probablement sauvé pour une certaine période. Néanmoins, Occupons le Terrain sera particulièrement attentif aux suites qui seront données à ce dossier, suites pouvant constituer un cas d’école !

Lien vers le reportage de RTL-Info.