Chaudfontaine – Historia – Réhabilitation du site de la Basilique de Chèvremont: à quel prix?
Vous arrivez malheureusement trop tard: l’enquête publique s’est achevée le mardi 23 septembre 2025.
Nous laissons néanmoins l’intro ainsi que la lettre-type visibles, afin qu’elles puissent inspirer d’autres collectifs qui seraient confrontés au même type de projet.
La colline de Chèvremont, classée depuis 1976 pour sa valeur esthétique et scientifique, puis étendue en 1988, est aujourd’hui candidate à un classement comme site archéologique depuis 2024.
Ce lieu emblématique – couronné par la basilique, visible à des kilomètres – est un repère familier pour les Liégeois et les habitants des environs. Il allie une beauté paysagère exceptionnelle et un patrimoine historique préservé, comme le souligne le projet de classement: “une qualité esthétique et paysagère hors normes, fusionnant avec sa valeur historique dans un ensemble équilibré et harmonieux”.
Pourtant, la SPRL « Colline de Chèvremont » prévoit d’y convertir la basilique et le couvent en 42 appartements, d’y ajouter un restaurant et un parking extérieur de 81 places (dont 18 pour les visiteurs), impliquant aussi l’abattage d’une dizaine d’arbres.
Ce projet de “réhabilitation” du site nous paraît inacceptable en l’état. La transformation de la basilique entraînerait une série de modifications irrespectueuses de l’histoire et de l’esthétique du bâtiment. Quant au parking, situé en zone verte et au cœur du site classé, il menacerait l’intégrité paysagère de celui-ci mais aussi son “potentiel archéologique de premier plan” (selon les termes mêmes de l’Association Wallonne du Patrimoine) tant pour son histoire que pour l’état de conservation de ses vestiges.
Ce projet de “réhabilitation”, vivement contesté par les habitants de Vaux-sous-Chèvremont et des environs, concerne un lieu emblématique: la basilique, visible à des kilomètres, est un repère familier pour les Liégeois et les habitants des environs, même éloignés.
Voici la lettre de réclamation qui a été utilisée dans le cadre de l’enquête publique, notamment par le formulaire de signature et d’envoi qui se trouvait au bas du présent article :
À l’attention du Collège communal de Chaudfontaine
service de l’Urbanisme
Avenue du Centenaire, 14
4053 EmbourgRéférence du dossier : Enquête publique – 25/095 – Rue de Chèvremont, 96 à 4051 Vaux-sous-Chèvremont
Mesdames, Messieurs,
Je vous transmets la présente observation dans le cadre de l’enquête publique relative au projet de réhabilitation du site de la Basilique de Chèvremont. La SPRL Colline de Chèvremont souhaite transformer la Basilique et le couvent en 42 appartements, créer un restaurant ainsi qu’un parking extérieur de 81 emplacements (63 pour les habitants et 18 pour les visiteurs et le restaurant) et procéder à l’abattage d’une dizaine d’arbres.
Le projet prend place sur la Colline de Chèvremont, site classé en 1976 pour sa valeur esthétique et scientifique (historique et archéologique), étendu en 1988 et faisant l’objet depuis 2024 d’un projet de classement au titre de site archéologique. Selon le texte de classement, « La colline de Chèvremont se distingue par une qualité esthétique et paysagère hors normes, fusionnant avec sa valeur historique dans un ensemble remarquablement équilibré et harmonieux ».
Il est indéniable que la Basilique et le couvent nécessitent une réaffectation pour mettre fin à leur dégradation. Néanmoins, le projet actuellement soumis à enquête publique présente de multiples problèmes qui compromettent la protection du patrimoine, l’intégrité paysagère et la conformité juridique.
- Parking et atteinte aux zones vertes
Le parking de 81 places est situé entre la Basilique et la chapelle classée. Il empiète sur une zone d’espaces verts au Plan de secteur, ce qui explique la demande de dérogation. Ce stationnement massif au cœur du site classé porte atteinte à l’esthétique générale et à la valeur patrimoniale du lieu, reconnu pour son intérêt paysager.
Le Code du Développement Territorial (CoDT) impose que toute dérogation au Plan de secteur (art. D.IV.40) soit justifiée par un intérêt public prépondérant et ne compromette pas l’affectation originelle. Or un parking de délestage existe à 400 mètres, ce qui démontre que l’intérêt public n’est pas avéré et qu’une alternative existe.
En l’état, le projet viole l’objectif de préservation des sites classés et de protection des espaces verts défini par le CoDT (art. D.I.1, 4° et 5°).
- Abords de la Basilique et charroi
Le charroi engendré par un programme résidentiel dense et un restaurant d’ampleur nuira à la quiétude du site. Les jardins privatifs des appartements, implantés sur toutes les façades y compris sur le parvis, privent les visiteurs des lieux de promenade qualitatifs existants, qui avaient partiellement justifié le classement.
De plus, la révision de l’accès au bâtiment (accès par le transept) déconnecte totalement la Basilique de son parvis et de son environnement, rompant la cohérence patrimoniale et paysagère. Ce changement va à l’encontre du principe de conservation des abords de monuments et des prescriptions du CoDT relatives à l’intégration paysagère.
- Vestiges archéologiques et atteinte au patrimoine culturel
La fiche patrimoniale de l’AWaP relative au projet de classement comme site archéologique souligne que le site de Chèvremont « revêt un statut et un potentiel archéologique de premier plan ». Il est donc indispensable d’assurer la conservation des vestiges et de les transmettre aux générations futures.
Or, le projet détruira ou fragilisera plusieurs vestiges situés :
- sous le futur parking ;
- sous les cuves de récupération et d’épuration des eaux usées ;
- sous l’extension du restaurant ;
- au niveau du bassin d’orage de 12 m³ ;
- sur plus de 1 000 m² au droit des drains dispersants et en aval.
Ces atteintes contredisent l’article D.I.11 du CoDT sur la préservation du patrimoine culturel et naturel. Elles risquent de compromettre la recherche scientifique, la mise en valeur et la mémoire du site.
- Façades et altérations architecturales
La Basilique et le Couvent, repris à l’Inventaire du patrimoine, contribuent à la valeur patrimoniale du site classé. Toutes les façades de la Basilique sont perceptibles à des kilomètres à la ronde et notamment depuis de nombreux points de vue remarquables.
Le projet prévoit :
- La suppression des toitures des collatéraux remplacées par des terrasses garnies de garde-corps ;
- La multiplication de balcons sur chacune des façades ;
- L’utilisation de matériaux réfléchissants risquant de dégrader les vues lointaines ;
- L’interruption des baies verticales par des planchers intermédiaires, rompant la verticalité recherchée par l’édifice.
Ces transformations altèrent profondément l’identité architecturale et la silhouette de l’édifice, en contradiction avec l’article D.I.1 du CoDT et l’esprit du classement.
- Biodiversité et paysage
Le projet se situe en bordure d’un Espace Natura 2000 (UG8 forêts indigènes de grand intérêt biologique) et implique une demande de dérogation à la loi sur la conservation de la nature.
- Les arbres destinés à l’abattage contribuent à la qualité paysagère du lieu. Ils encadrent la façade principale de la Basilique en réponse aux arbres existants en bordure de l’Espace Natura 2000 et accompagnent les visiteurs depuis le calvaire et la chapelle.
- Le seul motif de création de parking ne peut suffire à les abattre.
- La replantation compensatoire proposée est illusoire : elle ne reproduira ni l’absorption de CO₂ ni la valeur patrimoniale et archéologique des arbres existants et elle risque d’impacter les vestiges archéologiques.
Le projet viole ainsi l’article 6 de la directive « Habitats » et l’obligation de prévention des atteintes significatives aux sites Natura 2000.
- Notice d’incidences lacunaire
L’analyse du dossier révèle que la notice d’évaluation des incidences :
- Ne traite pas correctement des effets cumulés sur les vestiges archéologiques ;
- Omet d’évaluer les impacts hydrologiques d’un bassin d’orage de 12 m³, d’un réseau d’épuration individuelle de 124 EH et de remblais jusqu’à 2 m ;
- Sous-estime les nuisances paysagères et architecturales.
Cette lacune contrevient au principe de précaution et au devoir de minutie imposé à l’autorité délivrante.
- Motivation formelle, devoir de minutie et principe de bonne administration
Conformément à la loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes administratifs, toute décision octroyant un permis d’urbanisme dérogatoire doit être motivée de manière explicite et circonstanciée. Le Conseil d’État exige une motivation concrète, détaillée et vérifiable, particulièrement lorsque des dérogations multiples sont sollicitées.
La jurisprudence impose également un « devoir de minutie » : l’autorité doit examiner avec soin l’ensemble des éléments pertinents du dossier avant de se prononcer.
Enfin, le principe de bonne administration, consacré par l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la jurisprudence belge, implique :
- Une instruction complète et transparente ;
- Le respect du contradictoire et des droits des tiers ;
- Une décision équilibrée et proportionnée aux intérêts en présence.
En l’espèce, accorder un permis sans démontrer l’intérêt public prépondérant, sans évaluation rigoureuse des incidences et sans étude des alternatives violerait ces obligations. Une telle décision serait susceptible d’annulation pour violation de la loi sur la motivation formelle, du devoir de minutie et du principe de bonne administration.
- Proportionnalité et alternatives
Le CoDT et la jurisprudence imposent que les dérogations soient nécessaires et proportionnées. Or :
- Un parking de délestage existe à 400 m, évitant tout empiètement sur la zone verte ;
- La densité de logements peut être réduite pour respecter les prescriptions du SDT ;
- Les arbres remarquables peuvent être préservés en adaptant le projet ;
- Les vestiges archéologiques peuvent être mis en valeur dans un projet patrimonial et touristique.
Ces alternatives démontrent qu’il est possible de concilier réaffectation et protection du site sans recourir à des dérogations massives.
Remarques personnelles :
En conclusion : pour toutes ces raisons, je pense que ce projet, incompatible avec les valeurs patrimoniales du site, doit être refusé.
Je souhaite être tenu au courant de l’évolution du dossier.
En l’attente de vous lire, je vous adresse, Mesdames, Messieurs, mes salutations respectueuses
NOM : ……………………………………………………. PRENOM : ………………………………………………………….
ADRESSE : …………………………………………………………………………………………………………………………….
CODE POSTAL : ………………. COMMUNE : ………………………………………………………………………………..
Date : Le ……… septembre 2025
SIGNATURE :

