Le patrimoine et nous

Le patrimoine et nous

Si vous êtes des habitués de notre newsletter et/ou de notre site, vous aurez sans doute remarqué que, ces derniers mois, se sont glissés, au milieu de nos thèmes habituels (l’opposition à des projets menaçant des espaces verts et des terres agricoles), quelques articles concernant des actions en défense d’éléments du patrimoine « bâti » historique.

C’est tout particulièrement le cas dans cette newsletter, avec la victoire importante remportée pour la défense du Couvent des Recollets à Nivelles et l’appel à protéger le site de la colline de Chèvremont où un projet immobilier de « réhabilitation » de la basilique menace la qualité architecturale de ce bâtiment et le site archéologique attenant.

OLT a-t-il décidé de manger à tous les râteliers et de soutenir toutes les oppositions quel qu’en soit l’objet ? Pas du tout. Nous pensons simplement que non seulement la défense du patrimoine historique ne s’oppose en rien au travail que nous menons quotidiennement mais qu’elle en fait même partie. Et cela, pour deux grandes raisons.

Défendre un cadre de vie et une histoire qui donnent sens au présent

Si nous nous opposons fréquemment à de nouveaux projets immobiliers, commerciaux et industriels, c’est parce qu’ils détruisent l’environnement et la biodiversité, les terres agricoles et leur potentiel alimentaire,… Mais aussi parce qu’ils menacent le « cadre de vie » des habitants, qu’ils soient riverains immédiats ou plus éloignés. Et la défense de ce cadre de vie, c’est beaucoup de choses à la fois : le refus de « lotissements-dortoirs » sans âme construits à la chaîne par des promoteurs ne visant qu’un profit immédiat ; la volonté de ne pas être envahi par une circulation automobile effrénée ; l’envie de conserver des « poumons verts » garants de biodiversité mais aussi d’échanges sociaux le long des sentiers ; le refus de voir des paysages saccagés…

La défense de bâtiments de valeur hérités du passé relève de la même volonté de protéger notre cadre de vie et de lui donner un sens. Une église, un monument, une ferme, ce ne sont pas que des murs qui menacent ruine. Ce sont des témoins du passé, des marqueurs d’une histoire qui a été celle de nos parents, de nos grands-parents et des collectivités humaines qui les ont utilisés, aimés et respectés. Et cette mémoire de ce qui a été, elle mérite d’être transmise à celles et ceux qui viendront après pour qu’ils puissent en saisir le sens et pour que ces « vestiges » du passé puissent les aider à comprendre leur présent et forger leur avenir.

Protéger ces témoins de la destruction et de l’oubli – en les conservant, en « réparant » ce qui doit l’être ou en les rénovant en profondeur pour leur donner une nouvelle vie tout en respectant leur histoire – est un acte essentiel et réellement « moderne » et pas une marotte de vieux radoteur nostalgique.

Mêmes adversaires, même résistance…

De manière plus immédiate, et tout à fait frappante, ce qui fonde le lien entre la défense du patrimoine « non bâti » et du patrimoine « bâti », c’est de voir ce qui les menace, et surtout qui les menace.

En matière de patrimoine bâti, on ne compte plus les destructions commises au nom d’un soi-disant « progrès » ou au nom d’un coût trop important des rénovations qui seraient essentielles… et surtout on voit se multiplier les projets de « réhabilitation » de bâtiments qui ne respectent absolument pas le caractère et l’histoire du bâtiment. Pour une église transformée en bibliothèque ou en centre culturel, combien d’opérations immobilières de prestige destinées à fournir des logements originaux et luxueux à une clientèle très aisée, quitte à massacrer allègrement le caractère du bâtiment à coup de destruction de pans entiers de celui-ci ou d’ouverture de grandes baies vitrées dans des murs séculaires ?

Exactement comme dans les menaces de saccage d’espaces verts et de terres agricoles, ce qui menace le patrimoine historique, c’est souvent – et même de plus en plus souvent – la perspective d’opérations financière juteuses, menée par des promoteurs pour qui le « cadre naturel » ou le « cachet historique » ne sont que des appâts pour séduire la future clientèle.

Pour ceux qui refusent les destructions ou les détournements du patrimoine historique, le chemin est, de ce fait, de plus en plus souvent le même que celui emprunté par ceux qui refusent le saccage de terrains encore vierges pour la construction de nouveaux bâtiments : mise en évidence des omissions, raccourcis et mensonges des promoteurs de projets, information et sensibilisation de la population, actions de mobilisation, pression sur les autorités publiques, recours en justice,…

…et convergence souhaitable

La défense de notre patrimoine collectif – qu’il soit naturel ou façonné par le travail humain, qu’il soit bâti ou non – peut être mené de diverses manières et par des gens qui ont des émotions et des centres d’intérêt différents. Mais, dans sa nature la plus profonde, c’est un seul et même combat.

Occupons le Terrain n’entend absolument se substituer à des associations qui ont développé au fil du temps une expertise et des actions remarquables. Mais nous sommes heureux de faire écho régulièrement à leur travail, à leurs mobilisations et à leurs victoires parce qu’elles contribuent, comme les nôtres, à la possibilité d’un avenir meilleur.