Livre – « Désarmer le béton. Ré-habiter la terre » de Léa Hobson
Chaque seconde, 150 tonnes de béton sont coulées dans le monde. Mais d’où vient ce béton ? D’une incroyable combinaison de matériaux en très grandes quantités : pour produire 1 m3 de béton, il faut environ 350 kg de ciment, 8000 kg de sable, 1 tonne de granulats et 100 à 200 litres d’eau !
Au-delà de l’usage massif de ces ingrédients, la quantité de béton produite dans le monde est problématique. Le ciment, calcaire chauffé, représente à lui seul 8 % des émissions mondiales de CO2 soit presque trois fois plus que l’aviation. Il ne constitue que 11% du volume du béton, mais 89 % de son impact carbone : une véritable bombe écologique. L’industrie du béton est extractiviste : elle puise dans la terre des matériaux qui ne se reforment pas, accélérant l’épuisement des gisements de sable et de granulat. Le sable est même la deuxième ressource exploitée dans le monde après l’eau.
A partir de ce produit « béton », c’est toute une transformation du monde qui s’opère et que décrit l’architecte et chercheuse française Léa Hobson dans son livre « Désarmer le béton. Ré-habiter la terre » qui vient de sortir aux éditions La Découverte.
Pas de bétonisation sans artificialisation des sols, qui dévore les terres agricoles et détruit la biodiversité en surface, mais qui empêche aussi l’infiltration de l’eau, perturbe les nappes phréatiques et provoque des inondations. Et, fait moins connu, l’eau contenue dans le sous-sol, ne pouvant plus s’infiltrer, remonte vers la surface, là où elle le peut, en migrant vers les murs des bâtiments voisins, provoquant taches d’humidité, moisissures et dégradations des bâtiments. Sans compter, à l’opposé, le rôle essentiel du béton dans la création d’îlots de chaleur urbains.
C`est un fait, le béton est une arme de destruction massive du vivant. Malgré ces constats alarmants, pointés depuis une décennie au moins, il continue de couler à flots.
La question devient urgente: comment faire tomber le béton? Alors que fleurissent des mobilisations contre les projets polluants et imposés, le livre de Léa Hobson – ponctué de récits de luttes – décortique la filière, expose le rôle actif des bétonneurs français (mais qu’est-ce qui ressemble plus à un bétonneur français qu’un bétonneur belge ?) et pointe les liaisons dangereuses tissées entre industriels et pouvoir d`État.
Ce livre est aussi une invitation à renouer avec le sensible et à regarder le sol sous nos pieds. Au-delà de la dénonciation d`un système patriarcal et bétonné, il s`agit de repenser l`acte de « bâtir », pour ré-habiter la terre. Prendre soin de ce qui est déjà là. Réparer, repolitiser l`architecture. Habiter autrement. Organiser la résistance pour démanteler le béton et son monde.

