Spa – Un géomètre qui parle, un promoteur qui se tait et un public qui s’inquiète
Nous avons reçu du Comité de Protection et de Défense du Fawetay ce compte-rendu de la Réunion publique d’information organisée ce 15 octobre destinée à présenter un « nouveau » projet immobilier sur les hauteurs de Spa. C’est peu dire que ce qui n’est que le retour d’un projet dont la première mouture date de 2017 inquiète les riverains. Entre densité contestée, patrimoine menacé et mobilité à risque… la méfiance grandit et la pétition du Comité fait un carton.
Nous publions bien volontiers ce compte-rendu (légèrement édité) qui, au-delà des aspects concrets de ce dossier, rappelle tellement de situations semblables où les promoteurs tentent de séduire le public en déballant plans et photomontages tout en essayant d’en dire le moins possible sur els aspects concrets et délicat de leur projet…
Le salon gris du Centre culturel de Spa affichait complet pour la réunion d’information sur le futur projet immobilier d’Yves Lejeune. Dans l’air, une inquiétude palpable et une désapprobation générale. Les questions ont fusé de toutes parts, mais toutes n’ont pas pu être entendues: le temps de parole était limité par l’organisateur.
Un projet flou et une communication verrouillée
La rencontre, consacrée au projet porté par Yves Lejeune et sa société Immo Simsadie, visait à présenter un vaste lotissement prévu sur une prairie enclavée entre l’avenue Professeur Henrijean, le chemin du Fawetay et la Heid des Pairs. Le plan évoque environ 68 logements, un chiffre encore très incertain, qui n’a été confirmé ni par le promoteur ni par le géomètre du projet, ce qui nourrit donc le sentiment général d’un flou artistique total qui s’ajoute aux incertitudes liées au projet lui-même.
C’est M. Meurant, géomètre, (celui-là même qui avait présenté le même projet- refusé – de 2017) qui a assuré l’essentiel de la présentation, images à l’appui. Pas de grande différence entre les deux, presqu’un copier/ coller, si ce n’est que cette fois ci, l’une des présentations montrait la transformation envisagée de l’avenue Professeur Henrijean : en voie unique à circulation alternée, censée favoriser la mobilité douce. D’un côté, une piste cyclable à 7% de pente, de l’autre, une voie piétonne étroite. Une disposition jugée risquée par plusieurs habitants, qui redoutent des accrochages inévitables lors du croisement des véhicules.
Mais aussi, et surtout, c’est la sortie du futur lotissement qui concentre les plus vives inquiétudes: elle déboucherait en plein milieu de la courbe la plus dangereuse de l’avenue Professeur Henrijean, un point noir bien connu des riverains. Un policier présent à la réunion, habitant du quartier, a averti que ses services risquaient d’être appelés presque quotidiennement pour constater des accidents ou accrochages « plus qu’évidents ».
Silence du promoteur et tension dans la salle Pendant ce temps, Yves Lejeune est resté silencieux, le visage crispé, laissant à son géomètre le soin de défendre seul le projet. Une attitude qui a surpris et irrité plusieurs participants. « On aurait aimé l’entendre, lui, pas seulement voir des plans », glisse un habitant en quittant la salle.
L’atmosphère s’est encore tendue lorsqu’un participant a interpellé l’échevin Grignard au sujet de ses promesses électorales non tenues: un programme de terrains à prix préférentiels destinés aux jeunes ménages primo-acquéreurs souhaitant s’installer à Spa. Face à cette interpellation directe, l’échevin est resté dans un mutisme assourdissant, provoquant un murmure d’agacement dans la salle.
Patrimoine, biodiversité et cadre de vie en péril
Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que l’étude d’incidences devra impérativement tenir compte de la localisation du projet dans le périmètre UNESCO de Spa, ville d’eaux classée pour son patrimoine thermal et architectural. Le futur lotissement se situe à proximité immédiate de villas spadoises classées, témoins du passé prestigieux de la station.
Les habitants ont également souligné la richesse écologique du site, abritant de nombreux cervidés et une espèce de chauves-souris strictement protégée, menacée par la fragmentation de son habitat naturel. Ils rappellent aussi que tout le long du chemin du Fawetay est bordé de tilleuls classés, bénéficiant d’une zone de protection de dix mètres de part et d’autre, rendant ce secteur intouchable pour tout aménagement lourd.
Une opposition citoyenne qui s’organise
Le mouvement de contestation prend de l’ampleur: une pétition rassemblant plus de 2000 signataires a déjà été lancée pour dire non à ce projet. Son initiateur plaide pour une rénovation du centre-ville plutôt qu’une urbanisation en zone verte. « On ne s’oppose pas au logement, on s’oppose à une densification absurde qui détruit notre cadre de vie », résume-t-il.
Le site avait déjà fait l’objet d’un projet similaire en 2017, finalement abandonné. Il reste aujourd’hui soumis à un arrêté notarié de 1927 interdisant certains types de constructions, et jouxte la Heid des Pairs, classée zone protégée.
Une décision très attendue
Tous ces éléments devraient peser lourd dans la future étude d’incidences et lors du dépôt du permis d’urbanisme.
La Ville de Spa n’a, pour l’heure, pas encore communiqué officiellement sa position sur le dossier.

