Brunehaut – Hollain ne sera pas victime d’un mastodonte noir et blanc

Brunehaut – Hollain ne sera pas victime d’un mastodonte noir et blanc

Nous n’avions pas entendu parler de ce projet qui est resté dans l’actualité (très) locale de la région de Tournai. Nous avons donc découvert – avec un grand plaisir – l’article qui suit sur le site de SudInfo / Nord Eclair à la date du 8 novembre :

Il y a quelques mois, le projet d’un immeuble de cinq appartements avait été annoncé rue de Tournai, à Hollain, dans l’entité de Brunehaut. Ce projet avait, dès le départ, convaincu très peu de monde parmi les habitants. Il faut dire que cette construction aurait totalement dénoté avec ce qui se trouve actuellement dans le quartier : un édifice d’environ 30 mètres de long pour 13 mètres de large, sur deux niveaux, avec une silhouette géométrique et un toit plat, qui auraient été mis en valeur par un parement de briques claires et un bardage anthracite en partie centrale.

Une demande de permis avait été déposée, en même temps qu’une pétition circulait dans l’entité de Brunehaut. Celle-ci avait recueilli un bon nombre de signatures, les riverains n’étant toutefois pas opposés à un projet de maisons classiques, bien conscients que le terrain en question se trouve en zone constructible. Mais pas à n’importe quel prix…

Force est de constater que leurs efforts ont porté leurs fruits, puisque le projet a été totalement abandonné. « La demande de permis a été refusée », explique Pierre Gérard, l’échevin de l’Urbanisme, « et nous n’avons plus jamais eu de nouvelles depuis. Actuellement, il n’y a pas eu de nouvelle demande concernant ce terrain ».

Un terrain qui est d’ailleurs actuellement en vente, au prix de 100.000 euros. Il faudra donc voir quelles seront les intentions des futurs propriétaires dans les prochains mois.

* * *

C’est donc un petit projet d’impact très local qui vient d’être recalé. Pourquoi dès lors avons-nous choisi d’en parler et surtout de le mettre en évidence dans la rubrique « Victoires » de notre newsletter (n°68 du 13 novembre) ? 

Nous pouvons mettre en avant au moins trois raisons à ce choix.

La première est que le combat pour le Stop Béton maintenant ! ne se limite pas à sauver de grands espaces menacés par de grands projets. Le grignotage incessant de petits espaces produit aussi des effets cumulés qui se révèlent catastrophiques à la longue pour la biodiversité et pour le cadre et la qualité de vie des habitant.e.s. De même que les petits ruisseaux font les grands fleuves, les petites victoires contribuent aux grandes victoires, d’aujourd’hui et de demain.

La deuxième concerne la caractère architectural de ce projet. Il faut d’abord bien noter, comme le rappelle l’article de Nord Eclair, que les riverains n’étaient pas opposés à un projet de maisons classiques. Mais  « déposer » sur une parcelle un énorme bloc moderne aux couleurs blanche et noire en rupture complète avec le bâti rural environnant n’a rien à voir avec cela. Or, ce genre de démarche « brutale » n’est pas une exception. C’est une pratique de plus en plus courante : les promoteurs, sous couvert de  « satisfaire aux normes environnementales les plus exigeantes », balancent de plus en plus fréquemment de tels bâtiments stéréotypés sans aucun souci d’intégrer leurs constructions dans l’histoire (parfois centenaires) des lieux où ils débarquent. Si vous avez le moindre doute à ce sujet, une simple tournée en Ardennes (mais ce n’est qu’un exemple) permet de constater cette tendance et ses ravages, visuels d’abord (pour les habitants et pour les paysages) mais aussi mentaux (le discours sous-jacent reposant sur l’entrée de la « modernité » dans l’univers « arriéré » des campagnes).

Et la troisième raison est que la résistance à de « petits » projets fortement impactants pour les riverains et les habitants des environs fait partie d’un combat beaucoup plus général, celui d’un (a)ménagement du territoire qui se fasse dans le respect de la nature et de la biodiversité mais aussi de l’histoire des lieux et du cadre de vie des habitants. C’est cette résistance multi-forme et multi-locale qui commence à peser sur le moral (et sur les profits !) des serial-bétonneurs – comme l’illustre les plaintes du promoteur verviétois Jean-Pol Bollette que nous évoquons dans un autre article – et qui renforce nos capacités collectives de mettre fin à la prolifération de projets inadaptés et destructeurs.