Verviers – Un promoteur va-t-il abandonner la partie ?

Verviers – Un promoteur va-t-il abandonner la partie ?

Si, au cours de ces trois dernières années,  vous avez ouvert – ne serait-ce qu’une fois – les pages des rubriques immobilières des quotidiens ou écouté, ne serait-ce qu’une fois, une interview d’un promoteur immobilier, vous ne pouvez pas l’avoir ratée : « La complainte du promoteur » est sur tous les lèvres et tous les claviers de la profession.

Tel un long blues lent chanté par les esclaves noirs dans les plantations américaines de coton, cette complainte égrène tous les malheurs de la profession : les règlementations trop lourdes, les administrations trop tatillonnes, les bourgmestres qui se vexent pour un rien et surtout, surtout, ces habitants qui n’arrêtent pas de rouspéter dès qu’un nouveau projet immobilier pointe le bout du nez à proximité de chez eux.

Tout cela est donc mille fois entendu. Mais il arrive parfois qu’une reprise du morceau réussisse à étonner. Le promoteur verviétois Jean-Pol Bollette vient d’en livrer une nouvelle version, plus râpeuse : le long blues se fait ici quasiment hard rock !

Dans une interview qu’on ne pourrait pas qualifier autrement que de complaisante (le journaliste de La Meuse ne se permettant pas l’ombre d’une question critique et semblant, visiblement, partager totalement les lourds regrets de son interviewé), le promoteur, « acteur incontournable de l’immobilier verviétois », reprend le refrain classique qui détaille tous les freins aux nouveaux projets. Mais il va plus loin et conclut avec force : « Je ne veux plus construire de lotissement. Les promoteurs sont souvent considérés comme des prédateurs qui veulent juste s’en mettre plein les poches. Et quand on refuse un lotissement, on crie victoire. »

Qu’est-ce qui explique cette montée dans les aigus et ce quasi hara-kiri public ? Jean-Pol Barrette ne s’en cache pas : c’est l’opposition qu’il rencontre face à son projet de lotissement à Stembert. Et il sort la calculette : « 1,5 million d’euros d’investissements, 200.000 euros de charges urbanistiques, 1,5 million pour les aménagements de voirie. Soit plus de 3 millions d’euros au total. On pourrait me dire de réduire à 50 logements. Mais même là, les riverains ne seraient pas d’accord. Et surtout, je ne peux pas me le permettre. Avec 74 logements, je récupère seulement mon argent, et c’est tout. ».

Tout cela semble très impressionnant et bien malheureux pour ce pauvre homme. Néanmoins cela appelle quand même quelques solides remarques.

La première est que ce discours est en contraste total avec ce que disait ce même promoteur il y a encore un an. Il s’en allait alors répéter à tous ses interlocuteurs (surtout s’ils émettaient des doutes sur son projet) qu’il était un promoteur solidement installé à Verviers, qu’il y avait réalisé des tas de projets, que celui-ci allait se réaliser comme les autres et qu’il n’allait pas se laisser impressionner par « quelques réclamations ». Le problème pour lui, c’est qu’au cours de l’enquête publique, ce sont près d’un millier de courriers d’opposition qui se sont bousculés et que l’argumentation du collectif d’habitants formé à cette occasion a sérieusement mis à mal son projet immobilier.

La deuxième est que les règlementations que dénoncent avec tant de force Monsieur Bollette et ses collègues s’empilent peut-être aujourd’hui comme un mille-feuilles indigeste mais qu’elles ne tombent pas du ciel et qu’elles n’expliquent pas le résultat de la mainmise d’affreux écolos anti-business sur l’aménagement du territoire. Elles sont avant tout des réponses successives, partielles et encore bien insuffisantes, au désastre écologique, économique et social que constitue la prolifération des lotissements dévoreurs d’espaces et de ressources. Monsieur Bollette et ses collègues préféreraient certainement pouvoir continuer « comme avant ». C’est pour cela qu’ils appellent avec tant d’insistance à « faire sauter les règlementations étouffantes et les freins inutiles ». Mais, même avec des gouvernements de droite tout prêts à les écouter, ils ne sont pas prêts de pouvoir renverser la tendance.

La troisième est que, si avec son projet tel qu’il se présente actuellement, Monsieur Bollette ne fait que « récupérer l’argent » qu’il a investi, soit c’est un pur bienfaiteur de l’humanité, soit il vaut effectivement mieux pour lui qu’il change de profession rapidement.

La quatrième est que tout ceci n’est peut-être qu’un gros coup de bluff d’un joueur en difficulté qui espère impressionner les autorités communales et régionales et arracher leur appui in extremis en pointant les conséquences désastreuses qu’aurait son retrait de la vie économique locale. Mais, même si c’est le cas, cette manœuvre reste avant tout un hommage involontaire à la force de l’opposition populaire à son projet.

Et la dernière remarque est que tout cela, loin de nous chagriner, ne fait que nous renforcer dans notre volonté de construire une opposition résolue au vieux monde que symbolise si bien Monsieur Bollette et qu’il semble tellement regretter.

Source : La Meuse, édition de Verviers, 8 novembre 2025

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