Brésil – Que doit-on attendre de la COP 30?

Brésil – Que doit-on attendre de la COP 30?

La COP30 – qui s’est ouverte ce 10 novembre – arrive dans un contexte d’urgence climatique de plus en plus pressante: températures record, événements extrêmes plus fréquents, et preuves scientifiques qui confirment que les trajectoires actuelles nous éloignent encore de l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5°C. Cette Conférence des Parties (COP) doit être évaluée à l’aune de trois impératifs clairs: réduction réelle et rapide des émissions, protection et adaptation des populations les plus vulnérables, et justice climatique entre pays riches et pays en développement.

Sur le plan des négociations, plusieurs dossiers clefs domineront l’agenda. D’abord, les engagements nationaux, appelés « contributions déterminées au niveau national » (NDC) dans le jargon diplomatique: il faudra vérifier leur ambition et leur mise en œuvre. Beaucoup de pays n’ont pas présenté de trajectoires crédibles pour diviser par deux les émissions d’ici 2030 ou atteindre la neutralité carbone à temps. Le mécanisme du « Global Stocktake » doit traduire le bilan scientifique en obligations politiques concrètes.

La question du financement est centrale: adaptation, pertes et dommages exigent des ressources conséquentes. Les pays du Sud réclament des financements publics, prévisibles et non conditionnés à l’endettement, ainsi qu’une gouvernance inclusive pour décider de leur utilisation. À côté des 100 milliards par an promis il y a des années, il faut désormais des engagements bien supérieurs et des outils nouveaux pour soutenir la résilience, les transferts de technologie et la transition juste.

Autre sujet à surveiller: le « Tropical Forest Forever Facility », dit TFFF. Lancé le 6 novembre, lors du sommet des dirigeants précédant l’ouverture de la COP30, ce fonds d’investissement mondial est l’initiative phare du Brésil. Il vise à générer quelque 4 milliards de dollars par an (3,5 milliards d’euros), destinés à récompenser financièrement pas moins de 70 pays pour leurs efforts de préservation des forêts jugées essentielles à la lutte contre le changement climatique. Même si le président Lula témoigne d’objectifs ambitieux sur ce point, l’agrobusiness a déjà entamé sa contre-offensive. Ainsi, une partie des représentants du secteur a d’ailleurs pu s’arroger une place au sein du pavillon du Brésil, dans la zone des négociations officielles.

Parmi eux, des entités comme la Confédération de l’agriculture et de l’élevage (CNA) ouvertement favorables à des projets de loi particulièrement destructeurs, comme la « loi de la dévastation », assouplissant drastiquement les autorisations environnementales, ou celle du « repère temporel », visant à réduire les périmètres appartenant aux peuples indigènes.

Un autre dossier majeur est celui des combustibles fossiles. Les négociations internationales n’ont pas encore abouti à un calendrier mondial contraignant de sortie des énergies fossiles, pourtant indispensable pour respecter 1,5°C. La COP30 pourrait marquer un tournant si elle parvient à faire converger les États autour de trajectoires claires de réduction des extractions et d’arrêt des nouvelles infrastructures carbonées. Sur ce dossier aussi, le doute pointe avec la position ambivalente du Brésil. Huitième producteur mondial de pétrole, le Brésil ne compte pas renoncer de sitôt à l’or noir. Cette manne financière lui permet notamment d’alimenter un « fonds social » qui comprend des programmes d’accès au logement, d’alimentation, de soutien aux populations indigènes… Elle sert aussi, assure l’État, à verdir le pays.

La gouvernance, la transparence et les mécanismes de responsabilité seront aussi au cœur des débats: comment rendre vérifiables les contributions nationales? Quels mécanismes de sanction ou d’incitation mettre en place pour éviter le greenwashing et les promesses creuses? Les règles de suivi, de rapportage et de vérification (MRV) devront être renforcées.

Sur la scène politique, les rivalités géostratégiques compliquent les choses: intérêts économiques, sécurité énergétique et politiques intérieures influencent fortement les positions des États. Pourtant, la crise climatique exige des solutions coopératives et solidaires.

La société civile, les mouvements citoyens, les scientifiques et le secteur privé ont un rôle crucial: faire pression pour des décisions ambitieuses, proposer des alternatives concrètes (emplois verts, finance durable, protection sociale) et assurer une vigilance sur la mise en œuvre. La COP30 doit être l’occasion d’un dialogue réel entre gouvernements, communautés affectées et acteurs non étatiques.

Enfin, la COP30 est également en quête de crédibilité. Plus de 1.770 lobbyistes fossiles avaient parasité l’édition précédente, en 2024. Se fondant dans la masse, des employés et sous-traitants d’ExxonMobil, Shell, Chevron, BP et autres géants des hydrocarbures freinent les avancées… tandis que la société civile et les pays les plus vulnérables se voient mis à l’écart.

Cette fois, le patron de l’ONU pour le climat, Simon Stiell a promis d’inclure les populations locales et autochtones, ainsi que la société civile. Enfin, pourrait-on dire, après trois COP consécutives dans des pays « où les droits humains sont réprimés ». Mais quand on voit comment les populations autochtones qui voulaient témoigner de l’impact climatique sur leurs vies ont été brutalement refoulées de la conférence, on peut légitimement douter que les choses changent.

En conclusion, la COP30 peut soit accélérer la transition vers des sociétés bas-carbone et résilientes, soit confirmer des impasses dangereuses. Les attentes sont élevées: il faudra combiner ambition climatique, justice pour les plus vulnérables et mécanismes opérationnels pour transformer les promesses en actes tangibles.

Nous ne manquerons pas de tirer le bilan de ces 11 jours de négociations internationales dans notre prochaine newsletter.