Environnement – Une trumpisation qui progresse à grand pas (Dossier – part 1)

Environnement – Une trumpisation qui progresse à grand pas (Dossier – part 1)

Des deux côtés de l’Atlantique, les politiques de restriction et même de destruction des lois favorables à l’environnement ont fortement accéléré en 2025.

Nous l’avons déjà expliqué souvent mais il n’est jamais inutile de le redire : même si les intérêts et les activités d’Occupons le Terrain sont tournés vers des luttes souvent locales pour la « défense de territoires vivants, dans une perspective de justice environnementale, sociale et démocratique », nous ne pouvons absolument pas faire abstraction de ce qui se passe autour et « au-dessus » de nous.

Beaucoup de luttes locales peuvent emporter des succès ponctuels, mais si ceux-ci ne se concrétisent pas dans des avancées (notamment légales), le travail sera toujours à recommencer. Et, bien pire, si des modifications de législation et d’atmosphère politique et culturelle viennent bousculer, réduire ou effacer nos avancées, le combat en sera encore beaucoup plus difficile.

C’est pourquoi, au terme d’une année où OLT et les collectifs d’habitant.es ont emporté de nombreuses victoires locales (nous y reviendrons plus en détail), nous voulons aussi porter un regard sur les évolutions beaucoup moins positives qui ont marqué cette année dans le monde, et particulièrement en Europe.

USA – Trump sur le pied de guerre

Personne ne peut être certain que Trump pense tout ce qu’il dit mais, quand il fait ce qu’il dit, on est bien obligé d’en tenir compte.

Trump est en guerre. Contre à peu près tout le monde. Sa ligne de conduite est de refaire des Etats-Unis la première puissance mondiale, par tous les moyens disponibles. Le principal terrain d’affrontement est évidemment économique, que ce soit avec la Chine, l’Union européenne ou les puissances « émergentes ». Pour gagner la bataille, il s’agit de faire disparaître toutes les barrières à un renouveau de l’industrie US, à coup de droits de douane et d’intimidations en tous genres… mais aussi en faisant disparaître toutes les contraintes environnementales  légales.

Pour Trump, les USA doivent à nouveau pouvoir tout miser sur les ressources de leur sous-sol (pétrole, gaz, charbon,…). Cette orientation va à l’encontre de tout le discours scientifique sur le réchauffement climatique et les accords internationaux ? Pas de problème : il suffit de se retirer de ces accords et d’affirmer que le réchauffement climatique est une « foutaise » inventée par les Chinois et une « arnaque » mise en place par les Européens. Et si les scientifiques US ne sont pas contents, pas de problème, il suffit de les licencier et de les faire taire !

Les mesures prises par Trump sur le volet environnemental s’accumulent depuis un an et nous en avons déjà parlé. Ces dernières semaines, il a produit quelques nouveaux exploits, que ce soit dans le domaine économique, en imposant un virage pro-essence et en ralentissant la transition vers l’électrique, ou dans le domaine « intellectuel » (si le mot a un sens avec lui), en bloquant avec l’aide de l’Arabie saoudite une publication phare de l’ONU sur l’environnement et en obligeant l’Agence américaine de l’environnement à ne plus mentionner la responsabilité humaine dans le changement climatique.

Europe – La trumpisation progresse 

La reproduction pure et simple du « modèle Trump » en Europe n’a rien d’évident. D’abord parce que sa politique vise à remettre les USA au sommet de la pyramide et à abaisser l’Europe. Et ensuite parce que Trump en personne est un repoussoir pour tout ce que la droite européenne compte de beaux esprits épris de culture classique et écoeurés devant la vulgarité du personnage et de son entourage.

Mais cela n’a pas empêché la trumpisation galopante d’une partie de la droite et de l’extrême-droite européennes, ensemble ou séparément, au cours de cette dernière année.

Ici aussi, l’illustration en est particulièrement nette dans le domaine environnemental. L’Union européenne a entamé un processus accéléré de remise en cause d’un grand nombre de mesures (encore timidement) pro-environnement et pro-climat adoptées au cours des dernières années et qui sont détricotées les unes après les autres. La motivation de ces retours en arrière est tout aussi claire qu’au pays du MacDo : dans un contexte de concurrence économique et d’instabilité politique grandissantes, il faut éviter de freiner la compétitivité des entreprises et des Etats par des contraintes environnementales trop strictes en matière d’environnement ou de droits humains.

Ces dernières semaines ont marqué un nouveau bond en avant avec l’autorisation d’utilisation d’une série de pesticides sans limite de temps, avec la remise en cause de l’interdiction de la vente de voitures à moteur thermique après 2035 et, moins médiatisé mais peut-être encore plus significatif, avec le détricotage du devoir de vigilance des entreprises en matière d’atteintes aux droits humains, sociaux et environnementaux commises tout au long de leur chaîne de production, mesure qui offre aux multinationales un retour à l’impunité.

Bien sûr, on ne trouvera pas grand’ monde dans les cercles dirigeants européens pour affirmer que le dérèglement climatique est une « foutaise » et une « arnaque » mais le discours qui s’impose à grande vitesse est « On n’est pas sur une année ou deux, on va simplement desserrer des objectifs un peu trop contraignants, mais, rassurez-vous, à l’arrivée tout rentrera dans l’ordre. » C’est évidemment un mensonge absolu mais, pour la droite qui domine actuellement la Commission et le Parlement européen, il faut bien essayer de faire croire que le soutien aux profits de VW, de Siemens et de TotalEnergies sera indolore pour les populations.

La grande nouveauté de ces votes, c’est qu’ils ont été obtenus sur base d’une alliance revendiquée entre la droite conservatrice, une partie de (ce qui fut) la droite libérale et les trois regroupements d’extrême-droite au parlement européen. Et que des reculs législatifs du même type ont été votés et mis en œuvre dans divers pays de l’UE sur base de telles alliances.

2026 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices et il faut espérer que les mobilisations en cours aux USA contre la politique de Trump donneront des résultats et qu’il perdra sa majorité parlementaire en novembre à l’occasion des élections à mi-mandat. Mais, comme on l’a vu, le problème est très loin de se limiter à Trump et la résistance devra être acharnée, partout et tout le temps, pour défendre nos droits humains, sociaux et environnementaux.

Bonne année quand même !