La Roche-en-Ardenne – Projet agrivoltaïque refusé : une victoire pour l’Agriculture

La Roche-en-Ardenne – Projet agrivoltaïque refusé : une victoire pour l’Agriculture

Au début de l’été, nous avons fait appel à votre solidarité afin de répondre à l’enquête publique concernant le projet d’installation de plus de 82.200 panneaux photovoltaïques sur 40 hectares de terres agricoles à la Ferme du Vivier à Ortho (La Roche-en-Ardenne). Et une fois de plus, vous vous êtes mobilisés en masse puisque pas moins de 725 réponses ont été envoyées à partir du formulaire automatisé disponible sur notre site !

Le dossier a lors suivi son parcours administratif pour aboutir entre les mains des fonctionnaires technique et délégué de la Région. Ces derniers ont, en date du 12 septembre, notifié leur refus d’octroyer le permis pour ce projet agrivoltaïque. Cette décision a été confirmée ce mercredi 17 décembre par François Desquesnes, Ministre wallon du Territoire.

Un projet peu vertueux et en désaccord avec les finalités agricoles

Un des premiers points que le ministre soulève est que le projet ne bénéficie pas du soutien d’un agriculteur, bien qu’il soit mis en œuvre dans une zone agricole. De surcroît, il envisage de remplacer l’actuel exploitant agricole par de nouveaux opérateurs sélectionnés par le porteur de projet, qui ne sont pas dans le secteur agricole. Ce genre d’arrangement suscite des interrogations relatives à la légitimité et à la pérennité de l’agriculture. Les projets agrivoltaïques doivent être considérés comme une extension et une diversification d’une activité agricole existante, plutôt que comme une initiative énergétique couverte par une activité secondaire d’entretien des champs par le biais du bétail.

« Un projet de cette ampleur doit répondre à des critères clairs : préservation de la qualité des terres et plus-value agricole : ici, ces conditions ne sont pas réunies », précise François Desquesnes. « Je suis favorable aux projets agrivoltaïques, à la condition qu’ils soient portés par des agriculteurs installés localement, qu’ils respectent les paysages, et préservent la fonction première de la zone agricole. Ce n’est pas le cas ici. »

Outre la protection des terres agricoles de qualité, au bon potentiel agronomique, qui reste une priorité, le ministre précise également que par la reprise de techniques déjà largement éprouvées, le projet ne peut se prévaloir du statut de « projet pilote ».

Une autre problématique qui avait interpellé le collectif “Sauvons la Ferme du Vivier” à la base de l’opposition au projet était la pression supplémentaire exercée sur le foncier agricole déjà fortement bousculé par divers types de projets (immobiliers, commerciaux, touristiques, extensions de zonings, …) et les sociétés de gestion comme la Sogesa. Ce qui a pour effet d’accroître les difficultés d’accès à la terre, notamment pour les jeunes agriculteurs. Une préoccupation entendue par le ministre qui se base sur la circulaire de 14 mars 2024 « Il s’agit d’éviter toute approche spéculative du foncier agricole et de garantir que les terres agricoles restent d’abord au service de l’agriculture ».

Et à l’avenir ?

La Wallonie fait face à des objectifs contraignants en termes de production d’énergie renouvelable aux horizons 2030 et 2050. L’électrification croissante de notre société (voiture, chauffage, domotique, datacenters, …) ne fait que rejouter une pression supplémentaire à cette situation déjà tendue. Mais est-ce une raison pour accepter tout et n’importe quoi ?

Si le ministre ne ferme néanmoins pas la porte aux projets agrivoltaïques, à condition qu’ils soient « cohérents et bien intégrés et qu’ils s’inscrivent dans une logique de durabilité agricole », Occupons le Terrain souhaite pousser la réflexion plus loin, notamment sur la « vision court-termiste » de l’agrivoltaïsme, comme nous l’expliquions dans notre analyse de septembre 2025 :

« En effet, Le constat qui ressort de plus en plus souvent des experts en transition énergétique est que l’agrivoltaïsme est une vision à (très) court terme dans le panel des modes de production d’énergie renouvelable. Beaucoup de spécialistes s’accordent en effet à dire que ces projets agrivoltaïques vont peu à peu perdre de leur pertinence au fur et à mesure que des projets d’installation de panneaux sur les toitures ou autres endroits artificialisés vont se développer. La problématique actuelle se résume en fait uniquement à la vitesse de délivrance du (des) permis.

Comme l’illustrait le projet à Gedinne en juin dernier, pour atteindre une production de 42GWh par an, une seule demande de permis est nécessaire. Cumuler une telle production par divers projets sur des toitures nécessiterait par contre l’obtention de nombreux permis, ce qui serait une perte de temps…

Et de vastes projets sur des zones déjà artificialisées comme des friches industrielles ? On touche là à un autre nœud du problème : l’aspect financier. S’accaparer des terres agricoles coûte évidemment bien moins cher que de réhabiliter des friches industrielles…

La principale « vertu » des projets agrivoltaïques est donc d’aller très vite. Or la Wallonie a des objectifs à atteindre en matière de production d’énergie renouvelable aux horizons 2030 et 2050. Ce qui explique la multiplication de tels projets ».