Namur – Conseil d’Etat vs Ville de Namur : 2 – 0

Namur – Conseil d’Etat vs Ville de Namur : 2 – 0

Le dossier du Parc Léopold à Namur – menacé par un vaste projet de complexe commercial, de bureaux et de logements porté par la société Besix et soutenu par la Ville – a déjà fait couler beaucoup d’encre… et ce n’est pas près de s’arrêter. Le Conseil d’Etat vient une fois encore de mettre en exergue les errements administratifs de la Ville dans ce dossier.

Pour rappel, en février 2025, le Conseil d’État annulait l’arrêté ministériel du 1er août 2022 qui validait définitivement le Périmètre de Remembrement Urbain (PRU) « Quartier Léopold » à Namur. Or, ce document était la base légale qui permettait la destruction du parc et la transformation ou construction de bâtiments. Cette annulation du PRU empêchait donc de facto la poursuite du projet.

Mais c’était sans compter sur l’esprit d’entourloupe de la Ville. En effet, le 21 mars, la Ville de Namur communiquait en grandes pompes par voie de presse et via ses réseaux sociaux sa joie de voir le permis pour ce projet enfin accordé à Besix.

Comment a-t-elle pu contourné cette décision du Conseil d’Etat ? Il faut savoir que, le PRU ayant été annulé par le Conseil d’Etat, c’est la situation antérieure qui prévalait, à savoir le PCAR (Plan Communal d’Aménagement Rectificatif). Ce PCAR n’autorisait que de l’activité commerciale et n’était donc pas adapté au projet tel que Besix et la ville le souhaitaient. C’est la raison pour laquelle une longue procédure de PRU avait été initiée.

Or, comme par miracle, il aura suffi de deux ou trois semaines pour que ce PCAR ouvre désormais la voie à l’octroi d’un permis qui autorise, en plus d‘un centre commercial, du logement et des bureaux et qui devient effectif directement. Comment est-ce possible ? L’explication est quelque peu technique (elle a été détaillée et démontée dans cet article) et démontre à suffisance comment l’équipe de juristes de la Ville de Namur a « contorsionné » les règles établies par le Code de Développement Territorial (CoDT) afin de faire aboutir ce projet. Joli tour de passe-passe magique qui transforme un projet de construction (dont la base légale a été annulée par le Conseil d’Etat) en de simples travaux de transformation, d’agrandissement et de reconstruction…

Ce vendredi 19 septembre 2025, la Commission des Recours (organe régional) appelée à statuer sur les 16 recours émis à l’encontre de projet par divers riverains et associations statuait et rejetait en bloc les motivations présentées par les plaignants. Dans un plantureux document de 139 pages où s’accumulent les copiés-collés, la commission balaye tous les arguments présentés par les avocats : le PRU jugé incontournable pour la réalisation du projet est soudainement, suite à la décision du Conseil d’Etat qui l’annulait, devenu inutile et contournable, le projet qualifié de lieu d’expérience se voit finalement qualifié d’une simple démolition / reconstruction des bâtiments existants …etc.

A la suite de cette dernière mascarade, l’asbl Ramur décidait d’introduire un recours au Conseil d’Etat en annulation et en suspension pour éviter ce carnage alors même que ce projet pourrait se voir bloqué définitivement sur décision ultérieure de cette juridiction. Dans ce cas extrême, on se retrouverait à la fois avec un espace dévégétalisé et un projet à l’arrêt d’une manière qui pourrait être définitive sous sa forme actuelle.

Un « élément d’urgence » avait persuadé le Conseil d’Etat de traiter le dossier dans un laps de temps très court : le possible abattage d’arbres séculaires. On apprenait le 23 décembre que le Conseil d’État suspendait le permis. Une décision susceptible de déboucher sur une annulation permanente dans un délai de 4 à 6 mois, une fois que le dossier aura été examiné plus en profondeur.

Il est à noter qu’outre ce recours de Ramur devant le Conseil d’Etat, d’autres recours devant la même juridiction ont également été introduits par des riverains, des associations et des commerçants. Le fait d’avoir plusieurs recours différents au Conseil d’Etat contre un même projet est assez exceptionnel et démontre à suffisance la volonté de nombreux Namurois de ne pas voir aboutir ce projet.

Cela fait maintenant plus de 20 ans que la Ville laisse sciemment « pourrir » l’endroit, par manque d’entretien et de sécurisation par la police, dans l’unique but de persuader les Namurois de l’opportunité de ce « beau projet » pour éliminer le chancre actuel. Alors qu’elle s’est dotée d’un échevinat de la participation citoyenne (quelle ironie !), la Ville va-t-elle enfin changer de stratégie et entamer un dialogue constructif avec les opposant.e.s au projet et tenir compte de leurs propositions ? L’avenir nous le dira et nous ne manquerons pas bien sûr de vous tenir informés de l’évolution du dossier.