Virton – L’initiative inédite (et piégeuse) d’un porteur de projet agrivoltaïque
Ces derniers jours beaucoup d’encre a coulé à Virton à propos du projet agrivoltaïque en préparation sur un peu plus de 10 hectares de terres agricoles au Val d’Away. Non seulement parce qu’il s’agit du énième projet agrivoltaïque (après La Roche, Naomé-Bièvre, Houffalize, …) porté sur le territoire de la province de Luxembourg, mais également en raison de « l’originalité » de la démarche initiée par le porteur de projet, la société Etherr.a (anciennement Ether Energy).
Le projet entre actuellement dans sa première phase de co-construction entre Etherr.a, BE-Maps et AgriOse. L’originalité se trouve dans le fait qu’avant même tout dépôt d’une demande de permis, les porteurs du projet souhaitent connaître les « attentes et préoccupations des citoyens » en lançant une enquête en ligne. Comme aucune demande de permis n’a été déposée, cette enquête en ligne ne remplace pas l’enquête publique qui devra prendre place plus tard.
Pourquoi cette alternative est-elle piégeuse ?
Comme vous le savez si vous nous suivez depuis un certain temps, le réseau Occupons le Terrain – bien que résolument orienté vers la transition énergétique – dénonce systématiquement les projets agrivoltaïques qui sont portés à sa connaissance. Comme nous l’évoquons dans notre plaidoyer, l’agrivoltaïsme n’est qu’une vision court-termiste de cette transition énergétique, essentiellement portée vers les profits financiers de quelques sociétés comme Etherr.a, Storm, Helios Group, Aspiravi, …
A chaque fois, nous retrouvons les mêmes présentations de ces projets mêlant une argumentation environnementale et énergétique, intégration paysagère et « acceptabilité sociale », engagement local et concertation avec les parties prenantes, et enfin une mise en avant des bénéfices économiques locaux. Le tout saupoudré d’une bonne dose de greenwashing.
Quelques morceaux choisis parmi les propos tenus par les porteurs du projet témoignent une fois de plus de cette tendance : « Les réponses sont anonymes, utilisées uniquement pour nourrir le dossier », « Les panneaux ne remplacent pas l’élevage bovin existant : ils s’y adaptent et le soutiennent », « L’agriculteur exploitant demeure au centre des décisions techniques et de gestion, avec l’objectif affiché de renforcer l’activité agricole locale tout en contribuant à l’indépendance énergétique du territoire », « Le projet a déjà évolué à partir de ses retours et des experts qui nous accompagnent. L’enquête permettra d’encore l’ajuster selon le vécu du terrain », … A la lecture de ces propos, pourquoi vouloir s’opposer à un si beau projet ?
Court-circuiter les réactions négatives
Et c’est là que le piège de cette enquête en ligne se referme sur les opposant.e.s. En effet, sous le couvert de la participation citoyenne à la « co-construction » de ce projet – ce qui serait une intention très louable mais trop belle pour être vraie – les porteurs du projet ne souhaitent rien d’autre que de connaître les arguments « contre » afin de présenter une « belle mariée » lors de l’enquête publique. Et ainsi couper l’herbe sous le pied de toute opposition qui se créerait vis-à-vis du projet.
De par notre expérience, nous vous déconseillons donc fortement de participer à cette enquête en ligne accessible jusqu’au 7 février. Néanmoins, il sera intéressant de se rendre à l’atelier de présentation du projet, où seront présentés les résultats de l’enquête, qui se tiendra le 4 mars (entre 15h et 20h) au Centre Culturel et Sportif de Virton. Le projet est à découvrir sur www.map-s.be/champ-agrivoltaique-a-virton.

