Wallonie – Pour les nouvelles entreprises, cap sur les espaces verts et agricoles !

Wallonie – Pour les nouvelles entreprises, cap sur les espaces verts et agricoles !

La réindustrialisation de la Wallonie, c’est un peu comme le monstre du Loch Ness. Tout le monde en a entendu parler. Quelques privilégiés en ont vu des photos (ou des power-points). Mais personne n’a jamais eu l’occasion de vraiment l’observer en train de batifoler.

Espèce en voie de disparition

Il faut dire qu’en Wallonie, le problème industriel vient de loin, et même de très loin. Remontons un peu dans le temps pour voir ce qui s’est passé. La désindustrialisation de la Wallonie, dont l’économie florissante a été basée entre 1800 et 1950 essentiellement sur l’industrie lourde, a commencé il y a près de 70 ans, avec la crise du charbon (et les fermetures en cascade des charbonnages, puis celle du textile dans les années ’70, celle de l’acier dans les années ’80 (avec les concentrations et les fermetures dans la sidérurgie et la métallurgie) et d’autres à la suite.

Les rapports détaillant les processus en cours et préconisant des mesures de sauvegarde n’ont pas manqué (le premier date de  1947 !) mais sans que des décisions efficaces soient prises pour enrayer le processus et surtout sans que la tendance s’inverse.

C’est au début des années 2000 que le gouvernement wallon a lancé son premier plan visant à réindustrialiser la région – le fameux Plan Marshall. La Région wallonne reprenait ainsi à son compte le nom du plan américain destiné à la reconstruction de l’Europe occidentale au sortir de la Deuxième Guerre mondiale (c’est dire l’ampleur de l’ambition !). Depuis lors, les plans se sont succédés sans que la Wallonie redevienne une terre d’industrie.

Le nouveau gouvernement wallon MR-Engagés a présenté fin 2025 un vaste projet destiné, selon lui, à réussir là où les autres avaient échoué par le passé.

Zoning, mon beau zoning

Nous n’allons pas discuter ici de toutes les questions de fond – quelle industrie privilégier ? quelle stratégie industrielle mettre en place ? une industrie pour qui et pour quoi ? – parce qu’elles dépassent de très loin les préoccupations revendiquées d’Occupons le Terrain.

Mais il peut être bien utile de jeter un œil sur les effets des développements industriels (et commerciaux) sur le territoire wallon et son aménagement au cours des dernières décennies avant de jeter un œil sur ce que le gouvernement Dolimont nous annonce.

L’essentiel des  opérations de re-développement industriel s’est fait pendant très longtemps via la création et l’équipement de Parcs d’Activités économiques (PAE pour les initiales, « zonings » pour le commun des mortels). Le mode d’emploi était simple : prendre des terrains vierges, les raser au maximum, découper des parcelles et y faciliter l’installation des entreprises. Résultat : une multiplication de grandes parcelles où chaque entreprise étale, en signe de vitalité et de puissance, ses pelouses artificialisées et ses parkings – sans aucune gestion collective de l’espace. Conséquence : une consommation effrénée d’espaces verts et de terres agricoles.

Depuis lors, la vision a peu à peu changé et le discours est maintenant favorable à une utilisation plus raisonnable et limitée des espaces qui n’ont pas encore été artificialisés. C’est notamment ce que préconise le nouveau Schéma de Développement territorial de la Wallonie adopté juste avant les élections de 2024.

Mais les effets sur le développement des zonings sont encore très lents… et ce n’est rien de le dire !

Objectifs 2050 : il y en a pour tous les goûts

Que propose le nouveau plan « Made in Dolimont » ? Son point de départ est la décision de mettre à disposition des entreprises à vocation industrielle 1500 hectares de terrain d’ici 2030. Ce qui n’est pas rien ! Pour les trouver, la priorité sera mise sur « la reconversion des anciennes friches industrielles afin de préserver les terres agricoles et limiter l’artificialisation ». C’est du tout bon, ça ! Et la déclaration poursuit : « En effet, 30% des nouveaux terrains devront être aménagés sur des surfaces déjà artificialisées d’ici 2030 et 100% à l’horizon 2050. » Et là, on écarquille les yeux et on se retient aux murs. Pour plusieurs raisons.

La première est que la Belgique a une longue tradition de s’asseoir sur ses dates-butoir. La plus extraordinaire a quand même été le vote d’une loi en 2003 organisant la sortie complète du nucléaire entre 2015 et 2025. Un petit tour à Tihange et Doel montre ce qu’il en est advenu… En Belgique, plus la date finale d’un projet est lointaine, plus la valeur de cette date devient purement indicative, sur le mode « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

La deuxième raison est qu’au niveau européen, sous la pression conjointe de l’extrême-droite et de la droite conservatrice traditionnelle, un processus de détricotage accéléré des objectifs climatiques et environnementaux est engagé. Dans les décisions de la Communauté européenne et même du Parlement européen, les dates limites fixées pour atteindre des objectifs dans ces domaines sont reportées, ou bien elles sont maintenues mais les objectifs intermédiaires sont supprimés, ce qui rend l’objectif final inatteignable. Il serait étonnant que les gouvernements de droite en Belgique se comportent différemment que leurs amis dans d’autres pays. Les promesses à l’horizon 2050 semblent vraiment très loin et très théoriques dans de telles conditions.

Reste donc le chiffre de 30% des nouveaux terrains industriels qui devront être aménagés sur des surfaces déjà artificialisées d’ici 2030 (ce qui laisse entendre que le point de départ aujourd’hui est nettement plus faible) et sans doute bien au-delà. Ce qui laisse bel et bien plus de 70% des nouvelles installations pouvant être construites sur des terrains encore non artificialisés, c’est-à-dire sur des espaces verts ou des terres agricoles !

Et ici, une comparaison s’impose d’elle-même. Dans le nouveau Schéma de développement territorial de la Wallonie, des objectifs ont également été fixés en ce qui concerne la création de nouveaux logements. Cela passe par la création de « centralités » (de communes et de villages au sein de celles-ci) et ces centralités devraient accueillir 75% de la création de nouveaux logements d’ici 2050 et (si la Planète existe encore ou si les habitudes politiques ont changé en Belgique) aller vers 100% après 2050.

Il y a des choses à dire et critiquer quant à ces objectifs du SDT en matière de logement mais il est néanmoins clair que c’est un pas dans la bonne direction. Et la comparaison saute aux yeux : 25% de logements autorisés sur des espaces hors centralités (le plus souvent non urbanisés) pour le logement mais 70% de nouveaux sites industriels autorisés sur des terrains vierges (grosso modo les mêmes ) !

Qui a dit que les intérêts économiques des entreprises (de leurs propriétaires, actionnaires et directeurs pour être plus précis !) pèsent plus lourdement que tout le reste en Wallonie ?