Rochefort (Lessive) – Après les télécoms et le lotissement, maintenant l’armée ?
Le collectif « Les Antennes de Lessive » a combattu pendant des années le projet immobilier qu’un promoteur projetait de construire au cœur d’une magnifique zone boisée. Il a fallu huit ans pour bloquer définitivement ce projet. Malheureusement, il a ensuite suffi de huit mois pour qu’un autre projet, complètement différent, surgisse aujourd’hui.
Le texte qui suit rappelle les différentes phases de ce long combat et présente les tous derniers événements. Il a été rédigé sur base des articles disponibles sur le site du collectif.
Les Antennes de Lessive, implantées au cours des années 70 dans le Bois de la Héronnerie par la Régie des Téléphones et Télégraphes (RTT – devenue par la suite Belgacom, puis Proximus), furent pendant de nombreuses années une vitrine technologique et un site touristique incontournable dans la région. Cette technologie tombant en désuétude, les infrastructures et la forêt attenante ne semblaient plus intéresser personne.
Un « Jardin » plus que trompeur
Le projet « Jardin des Paraboles », présenté en 2017 à un petit panel de la population, paraissait séduisant : créer un complexe résidentiel intergénérationnel s’intégrant au mieux dans l’espace naturel…
Cependant une analyse plus poussée du dossier a rapidement fait apparaitre les nombreuses failles du projet : démesure, manque de crédibilité du promoteur, nombreux impacts sur la nature et la vie rurale environnante. Un collectif « Les Antennes de Lessive » s’est donc créé pour s’opposer à ce projet.
Il a fallu huit ans de mobilisation des habitants de la région, de décisions contradictoires prises par la Commune et la Région, de recours en justice pour en arriver à un heureux épilogue en 2025: le Conseil d’État a rejeté l’ultime recours du promoteur. Le projet immobilier « Jardin des Paraboles », à Lessive, était donc définitivement enterré et cet arrêt mettait fin à un projet surdimensionné qui, depuis 2017, avait mobilisé des milliers d’heures de travail, autant pour les citoyens que pour les services publics.
Un bilan sans appel
Comme le résumait le collectif : « On ne crée pas, dans une communauté rurale, des logements pouvant abriter le double de sa population. On ne crée pas autant d’hébergements en l’absence des services et infrastructures associés (eau, épuration, mobilité, commerces etc.). Et on ne condamne pas une forêt bicentenaire en ignorant tous les services qu’elle procure : refuge de biodiversité, stockage du carbone et de l’eau, régulation du climat, purification de l’air, espace de ressourcement etc… «
Mais le collectif soulignait aussi le manque de vision du collège communal : « Les autorités communales n’ont pas pris la mesure de la richesse et de la fragilité de ce milieu. Malgré les avis défavorables des services techniques et l’opposition des citoyens, elles ont appuyé un projet qui ne tenait pas la route. En ne posant pas de balises claires, elles ont laissé les procédures se succéder au-delà du raisonnable. »
Un bois à protéger
Le danger immédiat était donc écarté mais restait en suspens la question de fond : le bois était-il sauvé pour autant ? En fait, la situation restait complexe : « Une partie de la forêt (20 ha) reste classée en zone d’économie mixte au plan de secteur. Cela permettrait en théorie l’implantation d’un zoning. S’il est évident que le site déjà urbanisé des antennes (8 ha) mérite une reconversion, le bois, lui, doit être intégralement protégé. Nous appelons les autorités communales à engager sans attendre sa reclassification en zone forestière. Protéger ces vieilles forêts, c’est préserver un patrimoine naturel vital pour les générations futures. »
Un terrain de manœuvres militaires ?
Malheureusement, le répit a été de courte durée. Car un nouveau projet s’est invité, tout à fait inattendu, et a été rendu public à la mi-mars 2026.
Nous reproduisons intégralement ci-dessous le commentaire que vient d’en faire le collectif.
Le site deviendrait un centre d’entraînement militaire
Le 20 mars dernier, le Gouvernement fédéral a approuvé un plan d’investissement très ambitieux visant à augmenter nettement les capacités du secteur militaire d’ici 2040. Ce plan prévoit notamment l’acquisition du site ex-RTT de Lessive comprenant les 8 hectares de site urbanisé contenant les antennes et 42 hectares de forêt. Le site deviendrait un centre d’entraînement dédié à l’utilisation des nouvelles technologies de réalité virtuelle. Il pourrait accueillir jusqu’à 400 militaires quotidiennement mais il n’y aurait pas de logement sur place. Les bâtiments existants seraient rénovés. Aucun budget ni planning n’est connu à ce stade.
Le bois pourrait être préservé
Notre Collectif prend acte du fait que ce bois communal, qui avait été vendu à la RTT pour cause d’utilité publique, retrouverait une fonction d’équipement communautaire. La saga du projet immobilier s’est soldée par la coupe d’une majorité des vieux chênes qui participaient à la valeur biologique exceptionnelle de ce bois. Il subsiste néanmoins une forêt vivante sur un sol resté forestier depuis plus de 2 siècles. Si, dans le futur, la Défense gère la zone forestière du site préférentiellement pour la faune et la flore, le bois de la Héronnerie aurait encore un bel avenir devant lui. La coexistence entre activités militaires et préservation de la biodiversité au camp de Marche-en-Famenne est un exemple encourageant à cet égard.
Citoyens et naturalistes devront être impliqués
Aujourd’hui, il existe encore énormément d’inconnues. Vu la multitude des projets envisagés par la Défense, il se peut que les premières concrétisations à Lessive ne soient pas pour tout de suite. Mais, au moment venu, les citoyens et naturalistes devront être impliqués pour partager leur connaissance du terrain et contribuer à un projet respectueux de son environnement.

