Ostende – Le projet de méga-élevage industriel de saumons est définitivement… coulé

Ostende – Le projet de méga-élevage industriel de saumons est définitivement… coulé

Fin de parcours pour le projet, porté par la société norvégienne Columbi Salmon, de construction d’un méga-élevage industriel de trois millions de saumons à Ostende pour lequel elle annonçait un investissement de 400 millions d’euros.

Un permis d’environnement avait été initialement accordé par la ministre flamande de l’Envieronnement Zuhal Demir (NVA) mais l’association de défense des animaux Gaia avait, en octobre 2023, introduit un recours en annulation auprès du Conseil flamand des litiges qui avait annulé le permis fin 2024. L’entreprise norvégienne avait ensuite intenté un pourvoi en cassation administrative, que le Conseil d’Etat vient de rejeter.

« Cette décision met un terme définitif à la procédure et confirme l’annulation du permis pour la construction d’une méga-pisciculture à Ostende, qui aurait vu près de trois millions de saumons élevés chaque année dans des conditions inadmissibles », s’est réjouie Gaia pour qui « ce projet industriel démesuré est définitivement enterré », après six années de mobilisation.

Si ce projet démesuré avait vu le jour, il aurait été le plus grand élevage de ce type en Europe. Les poissons auraient été confinés dans des bassins à très forte densité – jusqu’à 36 saumons par mètre cube – dans des conditions incompatibles avec leurs besoins fondamentaux.

Derrière ces chiffres se cache une réalité brutale : stress chronique, blessures, maladies, parasites, privation de tout comportement naturel. À l’état sauvage, les saumons parcourent des milliers de kilomètres. Dans un élevage industriel, ils sont réduits à survivre dans des bassins surpeuplés. Or, les connaissances scientifiques le confirment : les poissons sont des êtres sensibles, capables de ressentir la douleur, explique encore Gaïa dans une argumentation très détaillée.

Aujourd’hui Ostende, hier Baelen

Ce n’est pas le premier projet d’élevage industriel de saumons qui se fait recaler en Belgique. Il y a trois ans, la société suisse Cold Water voulait implanter un élevage de saumons à Baelen (en région germanophone) dans le parc industriel East Park Belgium.

En plus des conditions d’élevage désastreuses des saumons, ce projet soulevait de nombreux problèmes, dont celui du renouvellement incessant de l’eau des bassins d’élevage : il aurait fallu pomper de manière continue 50 à 100 m³ d’eau par heure dans la nappe phréatique située en dessous du lieu choisi pour l’implantation, soit la même quantité d’eau utilisée pendant la même période par toute la ville d’Eupen !

Les opposants à ce projet, regroupés dans le collectif Hot Water, avaient mené une campagne intense avec une pétition qui avait réuni plus de 5.000 signatures. La ministre wallonne de l’Environnement Céline Tellier avait ensuite refusé d’autoriser des “forages-tests” et la société Cold water avait annoncé officiellement l’abandon de son projet.

…et demain en Gironde ?

Ce genre de projets mégalos n’est évidemment pas une exclusivité belge. Ainsi, en France, dans la petite commune de Verdon-sur-Mer, dans l’estuaire fragile de la Gironde, la société internationale Pure Salmon veut installer une « ferme », qui serait en réalité une usine de 75 000 m². À l’intérieur, elle compte installer des cuves et y faire grossir 10 000 tonnes de saumons, soit environ 2 millions de saumons chaque année.

Pour qu’une telle population de poissons survive sur terre, entassée entre quatre murs, il faudrait, comme l’explique le site Reporterre, prélever de l’eau neuve chaque jour dans la nappe phréatique — l’équivalent de trois piscines olympiques quotidiennes. Le traitement des eaux usées de cette seule usine nécessiterait une station d’épuration dimensionnée pour 60.000 à 100.000 habitants. L’installation consommerait autant d’électricité qu’une ville moyenne.

Heureusement, le projet soulève déjà une forte controverse. Reste à espérer qu’elle conduira, ici aussi, à une mobilisation de grande ampleur. Nous ne pouvons que souhaiter à ce projet le même sort que celui qu’ont connu ses correspondants belges.