Liège – Le facteur sonne toujours deux fois. Le promoteur Minguet aussi !
Le quartier Saint-Léonard est un ancien quartier populaire de Liège, situé à côté du centre historique de la ville dont il a longtemps été séparé par une prison de sinistre réputation, aujourd’hui transformée en esplanade piétonne. Si les maisons le long des quais de la Meuse ont été remplacées dans les années ’60 et ’70 par des barres d’immeubles de 10 étages, l’intérieur du quartier a conservé son caractère ouvrier et populaire, fortement marqué par l’immigration italienne et espagnole d’abord, africaine par la suite. Très densément bâti, le quartier a aussi accueilli un nombre grandissant de jeunes artisans et artistes récupérant les anciens ateliers abandonnés, et aussi de plus en plus de kots pour étudiants, attirés dans le quartier par la proximité de plusieurs écoles supérieures et de l’université.
De l’usine à kots au haut de gamme?
C’est d’ailleurs le « marché » des étudiants qui avait motivé, il y a déjà douze ans, le promoteur Minguet. Il avait alors présenté, à l’angle de l’esplanade Saint-Léonard et de la rue Vivegnis (une des deux traversantes du quartier) sur le chancre industriel des établissements Sacré, un projet baptisé Koteaux: un immeuble monstrueux de près de 300 kots, en forme de barre (hideuse). Ce projet avait été refusé par la Ville de Liège et par le fonctionnaire délégué de la Région wallonne avec une argumentation d’une justesse et d’une clarté parfaites: « Si l’objectif principal est bien d’améliorer le cadre de vie, il ne s’agit pas, dans ce quartier saturé, de densifier l’habitat mais plutôt d’améliorer sa qualité par le biais de la rénovation ».
Aujourd’hui Minguet revient encore avec une nouvelle demande de permis. Il vise toujours à démolir le bâtiment en ruine et à reconstruire un ensemble immobilier qui, cette fois, comprendrait 20 logements, 33 unités de co-housing avec espaces communs (cuisine, salon, salle de sport, buanderies…), 38 kots, 26 places de parking et des locaux pour vélos. Pour la hauteur, on parle d’un gabarit de rez + trois à cinq étages. Tout l’arsenal des mesures « écologiques » d’un promoteur « moderne et sensible à l’environnement » est évidemment mobilisé avec un parement en brique et un « cimentage » de ton gris clair/blanc, des toitures plates partiellement végétalisées, une zone de cours et jardins végétalisée au centre du site et un jardin-terrasse.

Un impact important pour la population du quartier
Voilà pour la présentation du projet, idéalisée à souhait. La réalité reste quand même assez différente. Pour de nombreux habitant·e·s – qui sont en train de se constituer en collectif – la diminution de la taille du projet ne signifie pas que Minguet vise à faire du social et à améliorer réellement la vie du quartier. Ils et elles mettent en évidence une série de problèmes que créerait la réalisation de ce projet.
Car, si évolution du projet il y a, elle se traduit par le fait que Minguet mise désormais sur le haut de gamme pour les 20 appartements tandis que son fameux « co-housing » se réduit à une ensemble de chambres avec des espaces de vie commune très réduits (ce qui semble n’être qu’une autre manière de fabriquer des kots pour étudiants nantis, qui s’ajouteraient aux 38 autres).
L’affectation de ce gros immeuble exclusivement à de nombreux logements aurait comme conséquence d’accentuer la saturation déjà existante dans le quartier. Elle aurait aussi de graves conséquences notamment en terme de mobilité. Le stationnement en voirie dans le quartier St-Léonard est à un taux d’occupation de 100%. La densité du projet en nombre de nouveaux habitants engendrerait donc inévitablement de futurs problèmes de stationnement. Le trafic y est déjà très problématique et est saturé aux heures de pointe. La rue Vivegnis, qui est la seule voie d’accès à cette partie du quartier, est étroite et déjà encombrée de véhicules en stationnement. Le projet occasionnerait un trafic supplémentaire en inadéquation avec le quartier et sa capacité à absorber cet apport de véhicules.
L’architecture proposée ne respecte pas la typologie et le style de cette partie très ancienne du quartier Saint-Léonard et ne s’intègrera pas à ce dernier. Le gabarit des bâtiments est beaucoup trop imposant et surplomberait tous les immeubles de la place Saint-Léonard, de la rue du Baneux et de la rue Vivegnis, plongeant plusieurs habitations riveraines dans une ombre permanente.
Autre conséquence de ce projet: le terrain de sport, très utilisé par les jeunes du quartier, serait déplacé et amputé (comprimé en largeur, perdant ainsi ses dégagements). Réduire cet espace de jeu et de socialisation conduira inévitablement à réduire son utilisation. Aujourd’hui, il est occupé en permanence, parfois jusqu’à 22 ou 23 heures. Il est à craindre que les habitants du nouvel immeuble se plaignent vite de la nuisance sonore occasionnée et en demandent la suppression pure et simple, ce qui serait inacceptable pour la vie du quartier.
Un autre projet pour améliorer la vie dans le quartier
Les habitant·e·s du quartier souhaitent évidemment la disparition d’un chancre industriel – qui n’a fait que se dégrader depuis vingt ans par la volonté de son propriétaire-promoteur Minguet qui y a sans doute vu un moyen de pression utile et bon marché – mais sa transformation en un nouveau bloc de logement n’apparaît pas comme une solution avantageuse.
Il serait bien préférable de favoriser la mixité du logement et de limiter la construction à un plus petit nombre de logements, pour ménages et étudiants, s’articulant autour d’espaces semi-publics favorisant la convivialité entre les habitants nouveaux et anciens du quartier.
Répondez à l’enquête publique
L’enquête publique avait été lancée fin avril… avant d’être arrêtée parce que la grève de la poste avait empêché la distribution de documents aux riverains. Elle a été reportée et se déroulera du 13 au 27 mai. Le collectif naissant est en train de construire son « arsenal » d’argumentation et de produire une lettre-type qui sera bientôt disponible à la signature sur ce site.

