Amay – Le Prieuré ne sera pas détruit par un projet immobilier
L’enterrement n’a pas encore commencé mais l’orchestre jouant la Marche funèbre de Chopin est déjà installé devant le… Prieuré.
Car c’est au Prieuré d’Amay que la scène se passe, là où le dernier coup vient d’être porté à la troisième version du projet immobilier prévu sur ce site par la société Horizon Construct (du promoteur liégeois Laurent Minguet). C’est la Région wallonne qui a signé le permis d’inhumer de ce projet désastreux.
Et un, et deux,…
Le Prieuré est un site situé en plein centre historique d’Amay, non loin de la Collégiale. Il a été occupé depuis le 18e siècle par des groupements religieux puis par une maison catholique de retraite et de soins. Mais celle-ci a déménagé vers Tihange en 2008 et, deux ans plus tard, l’ensemble a été vendu à Horizon Construct. Dans les années suivantes, rien n’a bougé sur le site inoccupé qui s’est dégradé lentement et sûrement.
Horizon a fini par déposer une demande de permis en 2020 (après 12 ans !). Le projet est radical : raser le prieuré du 19e siècle, abattre 23 des 26 tilleuls composant la drève d’accès, construire une barre de logements ! La société obtient pourtant l’accord du Collège communal (dirigé par Ecolo !) en décembre 2021… avant que celui-ci change d’avis et retire le permis en juillet 2022. La raison de cette volte-face : un collectif d’habitants hostile au projet s’est fait entendre pendant l’enquête publique (où il a recueilli 52 réclamations) et, opposé à la décision du Collège, il a introduit un recours auprès du Conseil d’Etat, recours qui semble avoir toutes les chances d’être validé.
Horizon Construct ne perd pas de temps : il revoit légèrement son projet et dépose une nouvelle demande de permis en septembre 2022. Cette fois, l’opposition est encore plus forte – 125 réclamations rentrent pendant l’enquête publique – et la Commune refuse directement le permis.
Et trois…
Il en faut plus pour décourager Minguet puisqu’en août 2025, Horizon dépose une troisième demande de permis. Sur le fond, rien ne change vraiment – le prieuré est toujours rasé et les 23 tilleuls abattus pour céder la place à 53 logements – sauf la couleur de la brique : fini le rouge, désormais le recouvrement sera en gris-beige pour s’intégrer plus harmonieusement à la Collégiale et aux remparts !

Pour Minguet, cette transformation et quelques autres du même acabit, change sans doute tout. Pour les opposant.e.s réunis dans le collectif « Les amis des pierres », ce ne sont que « des artifices » et il n’y a aucune raison d’arrêter de s’opposer au saccage du prieuré et de son cadre et il reste indispensable continuer à réclamer un projet architectural « non pas démesuré », mais « de qualité, respectueux du site et de son histoire ». 123 courriers critiques rentrent durant cette nouvelle enquête publique, la troisième en six ans.
Et, une nouvelle fois, le Collège communal (désormais à majorité PS-Engagés) refuse le permis au vu de « l’inadéquation persistante du projet à la culture du lieu ». Cette décision s’appuie sur les avis défavorables concordants de la Fonctionnaire déléguée de la Région, de l’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) et de la Commission royale des monuments, sites et fouilles.
Il en faudrait encore plus pour décourager Laurent Minguet qui décide d’introduire un recours contre la décision de la Commune auprès de la Région wallonne. Mais, pas de bol pour lui, le ministre Desquennes suit la décision du Collège communal, de la Fonctionnaire déléguée de la Région wallonne et les avis des différentes administrations concernées et il refuse le recours début mai.
Et après ?
Cette troisième mouture de projet de destruction du Prieuré est donc bel et bien morte. Reste à voir ce que Minguet va faire. Soit revendre le terrain à un autre promoteur et se retirer pour de bon. Soit préparer une quatrième mouture. Le problème pour lui , comme l’explique le collectif « Les Amis des Pierrres » – c’est que la décision du ministre, dans la lignée de celle de la Commune, « souligne l’intérêt d’une reconversion du site qui tienne compte de l’intérêt du centre historique d’Amay via des exigences de bonne intégration, de préservation du patrimoine et des qualités urbanistiques attendues pour un lieu aussi sensible ». Ce qui signifierait un tout autre projet que celui que Minguet s’obstine à présenter à chaque nouvelle demande de permis…
Il est malheureusement possible aussi que Minguet se contente de laisser le Prieuré à l’abandon (comme il l’a fait depuis dix-huit ans) en espérant que le temps fasse son œuvre et finisse par rendre ce bâtiment irrécupérable, ouvrant la voie à sa destruction.
C’est bien pour cela que le collectif entend rester attentif et mobilisé, comme il l’explique, afin que « la réhabilitation du site du Prieuré étant urgente, elle se fasse dans le respect du patrimoine architectural et culturel ainsi que de la flore et de la faune qu’il abrite ».

