Pollution aux polymères – Le gros cadeau du ministre Desquesnes à TotalEnergies

Pollution aux polymères – Le gros cadeau du ministre Desquesnes à TotalEnergies

Note importante: cet article ne prétend pas être une œuvre originale: il a été entièrement réalisé à partir de textes publiés par Arnaud Guerard, conseiller communal Ecolo d’Écaussinnes et par l’équipe du nouveau blog Chronik.be. Merci à eux pour leur impressionnant travail d’étude et d’information.

838 pages. C’est le nombre total de pages de documents divers qui constituent le dossier
« TotalEnergies Petrochemicals Feluy ». Et c’est l’arrière-fond du scandale que provoque une décision du ministre Desquennes, en charge du Territoire, des Infrastructures, de la Mobilité et des Pouvoirs Locaux.

On ne va pas tenter de vous résumer ces 838 pages. Mais une simple petite chronologie suffira à éclairer quant à la gravité de la décision prise… et quant à la trajectoire sur cette question du député François Desquennes devenu aujourd’hui le ministre François Desquennes.

Dans le rétroviseur

En 1970, le groupe belge Petrofina installe une usine sur le tout nouveau zoning industriel de Feluy dans le hainaut pour y développer ses activités de productions de matières plastiques.

En 1997, suite à diverses fusions franco-belges, le site de Feluy intègre une entité globale dominée par Total. Quelques années plus tard, il prend officiellement le nom de « Total Petrochemicals Feluy » et devient peu à peu le plus important producteur de polymères de haute performance en Europe.

C’est en 2020 que les problèmes de pollution liés à l’activité de l’entreprise commencent à apparaître publiquement. Entre 2020 et 2024, vingt-quatre signalements officiels de pollution liés au site Total sont adressés au Service public de Wallonie. Tous sont datés, tous sont référencés.

En septembre et octobre 2022, l’administration régionale qualifie juridiquement les microbilles polymères présentes sur le site comme « déchets issus du cycle de production ». Conséquence légale, Total est producteur de ces déchets et doit assurer leur traitement.

Le 8 mars 2023, dans la DH, François Desquesnes, alors député wallon Les Engagés dans l’opposition, déclare à propos du zoning: « 97 hectares du zoning de Feluy sont situés en zone d’épuration collective alors qu’il n’y a pas de station d’épuration prévue. Par contre, les égouts semblent bien existants et se déversent dans la Sennette… »

Le 10 avril 2024. Le même François Desquesnes – toujours député wallon Les Engagés dans l’opposition mais surtout engagé dans une rude campagne électorale pour assurer sa réélection – en rajoute une couche. Il déclare virilement dans le journal L’Avenir, à propos de la pollution du zoning de Feluy: « L’auteur de la pollution du Pignarée est connu. Aucune mesure de dépollution n’a été entreprise, pas non plus vis-à-vis de l’entreprise pollueuse. Il faut appliquer le principe de pollueur/payeur en demandant à l’entreprise de prendre en charge ce qu’elle a provoqué comme dommages. » Durant cette même campagne électorale, il prend la pose, tout sourire, dans la Pignarée pour regretter les atteintes à ce cours d’eau touché par les pollutions polymères.

Le député François Desquennes en action en 2024

Le 27 novembre 2024, le collège communal d’Écaussinnes adopte à l’unanimité un avis défavorable sur la demande de permis de Total Petrochemicals Feluy. Neuf pages, qui relèvent notamment une teneur en PFAS particulièrement élevée au point de rejet de Total dans le canal.

Le 14 mars 2025, le fonctionnaire délégué de la Région wallonne émet lui aussi un avis défavorable. Il qualifie l’étude d’incidences déposée par Total comme suit: « des éléments d’analyse incomplets, voire contredits par la réalité factuelle ».

Quelques mois plus tard, au vu des multiples infractions (pollution polymères, PFAS, déboisement sauvage) et de la stratégie de déni de la multinationale, l’administration wallonne renforce les conditions d’encadrement du permis qui était arrivé à échéance et l’assortit de plusieurs conditions strictes:

  • Dépolluer le site ainsi que le sous-sol des contaminations polymères présentes;
  • Réaliser une étude d’impact des pollutions dans les cours d’eau et les surfaces autour du site dans un délai d’un an;
  • Assortir le permis d’une période de sûreté de 5 ans pour examiner la bonne mise en œuvre des mesures de protection;
  • Respecter l’ensemble des recommandations issues de l’étude d’incidence sur l’environnement.

TotalEnergies, qui n’assume et ne reconnaît toujours aucune responsabilité sur ces pollutions polymères émises pendant de nombreuses années, conteste ces conditions en déposant un recours auprès de la Région wallonne (c’est-à-dire du gouvernement de celle-ci).

Et bardaf, c’est l’embardée!

Le 7 mai 2026. François Desquennes, anciennement député d’opposition et devenu entretemps ministre du nouveau gouvernement MR-Engagés, cède devant les réclamations de la multinationale. Il décide de supprimer du permis ces quatre conditions élémentaires pour protéger les habitants et l’environnement et il dispense donc TotalEnergies Petrochemicals de l’application stricte du principe pollueur-payeur sur le zoning de Feluy.

Le ministre François François Desquennes en action en 2026

Alors que le groupe TotalEnergies réalise des surprofits records, le Ministre ne juge pas bon de maintenir des actions considérées comme nécessaires par sa propre administration.

Et, dans la foulée, il balaie aussi la demande d’une meilleure transparence vis-à-vis des habitants. Ceux-ci demandaient qu’un comité d’accompagnement soit mis en place comme c’est le cas dans de nombreuses implantations industrielles. Ce dispositif prévu par le Code de l’Environnement est un organe de dialogue tripartite (entreprise, autorités publiques, population) qui permet d’assurer l’information des habitants. Raison invoquée du refus: une charge administrative trop importante… Une justification surréaliste alors que ce comité d’accompagnement aurait représenté environ 3 réunions par an.

Pollués vous étiez, pollués vous resterez!

Aujourd’hui les habitants de Feluy, de Marche-lez-Écaussinnes, d’Écaussinnes et de Seneffe vivent toujours en aval du plus grand site « polymérisé » du pays. 76% des adultes testés autour du site dépassent les seuils d’exposition aux PFAS, contre 5% ailleurs en Wallonie. Des cours d’eau contaminés sur huit kilomètres. Des potagers où l’on a recommandé aux habitants de ne plus récolter.

Certes, TotalEnergies n’est pas le seul pollueur du zoning mais il en est le plus grand. Et le principe du pollueur-payeur, codifié à l’article 191 du traité européen, ne se découpe pas par entreprise: soit il vaut pour tous les pollueurs de Feluy, soit il ne vaut que pour les plus petits… sauf pour le ministre Desquennes qui a décidé d’avoir une main de fer pour les petits pollueurs mais un gant de velours pour les plus grands.