C’est sous le titre « La guerilla antibéton gagne du terrain » – subtil équilibre entre la description d’une multiplicité de luttes locales pas nécessairement spectaculaires et le besoin d’un titre un peu trash pour doper les ventes – que le magazine Le Vif consacre cette semaine son dossier à l’ « engagement citoyen » et aux luttes qui se développent sur le thème de l’aménagement du territoire.
L’introduction de ce dossier met en lumière trois constats. Le premier est particulièrement éclairant – et glaçant : « Entre 1985 et 2021, en Wallonie, l’urbanisation a dévoré 562 km 2 d’espace vert (…) soit 11 km 2 de champs et de bois disparus chaque année. L’équivalent de quatre terrains de foot rayés, chaque jour, au profit de logements, zonings, centres de loisirs, contournements routiers… » . Le deuxième est porteur d’espoir : « Depuis une petite vingtaine d’années, on ne compte plus les collectifs d’habitants qui s’opposent à des projets de construction de routes, d’immeubles, d’entrepôts géants et autres implantations d’éoliennes. » Et le troisième éclaire la voie : « Mot d’ordre de ces mouvements citoyens : « Occupons le terrain. » ».


En se basant sur de nombreuses interviews d’« experts », tant académiques que militants, ce dossier analyse les diverses raisons de la montée de cette sensibilité des habitants à la défense de leur cadre de vie, du réflexe « pas dans mon jardin » à la montée de la conscience de la crise environnementale et du réchauffement climatique, mais aussi les tensions (réelles ou supposées) qui peuvent traverser ces luttes, notamment entre besoin de logement et défense des espaces verts et des terres agricoles.

Il se penche aussi sur le développement des pratiques de « participation citoyenne » développées vaille que vaille par les pouvoirs publics… et les réticences profondes de certains de ceux-ci, comme l’illustre une citation de Pascal Smet, secrétaire d’Etat bruxellois à l’Urbanisme, issue d’une interview récente à La Libre, incroyable mélange d’arrogance technocratique et de paternalisme politicien : « Quand tu travailles dans l’espace public, les gens s’opposent. Mais quand le projet est bon, tu fais ça malgré eux et à la fin, ils sont contents. »

Et on y trouve également une réflexion intéressante tant sur qui sont les gens qui composent ces collectifs, leurs milieux sociaux, leurs références et leurs engagements, que sur les diverses manières dont les collectifs fonctionnent et interagissent avec la population locale et les pouvoirs publics – du travail quotidien et besogneux de documentation et de formation à la mobilisation « grand public », notamment lors des enquêtes publiques, mais aussi, en vrac, les constructions de
contre-projets, les formes d’action directe et d’occupation de terrains ou encore les grandes opérations de collectes de fonds pour racheter les terrains menacés et les mettre définitivement à l’abri des visées des promoteurs.
Ce dossier met enfin en lumière – cerise sur notre gâteau – le travail effectué par un des très nombreux collectifs membres d’Occupons le Terrain – Celly-C-Nous » en Ardenne – et par le réseau OLT lui-même, à travers l’interview d’un de ses coordinateurs.
Un dossier plein d’intérêt donc, disponible dans toutes les bonnes librairies cette semaine (jusqu’au 10 août).