Des débats, des perspectives, des actions : ce fut une bien belle AG d’OLT !

Des débats, des perspectives, des actions : ce fut une bien belle AG d’OLT !

Chaque année, notre réseau Occupons le Terrain tient son Assemblée Générale en mars. Innovation cette année, le samedi 16 novembre s’est tenue à Andenne une deuxième Assemblée Générale d’OLT pour l’année 2024. La raison de cet ajout est évidente : après les bouleversements politiques créés par les électons régionales de juin et, dans une moindre mesure, les élections communales d’octobre, il nous a semblé essentiel de faire le point sur la nouvelle situation qui s’impose à nous… et de lancer la troisième phase de notre campagne pour un « Stop béton maintenant ! ».

Et pour une belle AG, ce fut une belle AG ! Une quarantaine de collectifs et d’associations représentés et une journée riche en échanges, en réflexions, en pistes d’action, … pour les prochains mois. Voyons cela un peu plus en détail.

 

Une campagne dynamique

La journée a commencé avec le bilan des deux premières phases de notre campagne (mai-juin et septembre-octobre).

L’objectif de la première phase était de faire connaître notre revendication auprès d’un public plus large via de nombreuses actions menées au niveau provincial ou de manière plus décentralisée (dans la région liégeoise). La presse a fait écho à notre Manifeste et à nos actions (avec même un passage au JT de la RTBF), bien plus largement que lors d’occasions précédentes. Un bon point donc !

Lors de la deuxième phase, l’objectif était de commencer à ancrer notre campagne au niveau communal en stimulant les collectifs et les personnes qui nous soutiennent à interpeller les listes et les candidats de leur commune et à leur demander de se positionner face à un questionnaire reprenant nos idées-forces. Il a fallu parfois longuement et lourdement insister auprès des listes et des candidats mais c’est par dizaines que les réponses nous sont finalement revenues. Autant de points d’appui pour nos interpellations et nos actions futures. Ici, la presse a clairement été moins au rendez-vous. Mais le grand motif de satisfaction, c’est le beaucoup plus grand écho qu’ont obtenues nos publications sur les réseaux sociaux pendant ces deux périodes.

Au final donc, un début de campagne réussi, une mobilisation active de nombreux collectifs et l’arrivée parmi nous d’une quinzaine de nouveaux collectifs et associations.

Le mélange du bleu et du turquoise tourne au gris béton

Ces bonnes nouvelles ne doivent évidemment pas nous cacher l’ensemble du tableau.

Beaucoup de sondages réalisés tant en Wallonie qu’ailleurs en Europe donnent des résultats convergents : les préoccupations pour l’environnement et le climat qui avaient fortement progressé depuis le milieu des années 2010 sont toujours présentes dans la conscience des gens. Nous continuons à sentir dans les activités quotidiennes des collectifs (à travers les réponses aux enquêtes publiques, les pétitions,…) que la défense des espaces verts et des terres agricoles et la nécessité d’arrêter la course folle du béton sont des idées de plus en plus populaires.

Mais ces préoccupations ont reculé dans l’ordre des priorités d’une grande partie de la population, dépassées par des problèmes plus « concrets » liés au coût de la vie, au pouvoir d’achat et à la sécurité. Les grandes mobilisations contre le climat sont devenues beaucoup plus réduites. Et quand on en arrive au vote, cela donne des résultats peu réjouissants pour nous.

En particulier, la progression des partis les moins réceptifs à nos revendications et l’arrivée au pouvoir d’une coalition dont les ministres ne pensent pas au climat, à l’environnement et au Stop Béton tous les matins devant leur miroir… et pas plus l’après-midi quand ils et elles prennent leurs décisions. Et aussi des assemblées régionales et communales d’où un certain nombre de nos relais d’idées et de propositions ont disparu.

Tout cela, nous devrons le prendre soigneusement en compte pour la suite de notre campagne et de nos activités. Ce que nous avons commencé à faire durant l’après-midi.

Moratoires et SDC, deux nouvelles pistes de travail

Si nous maintenons fièrement notre revendication d’un vrai Stop Béton général par une révision en profondeur du Plan de Secteur, et si nous encourageons les collectifs qui le peuvent à obtenir des modifications partielles de ce Plan de Secteur dans le cadre de leur lutte locale, nous allons aussi devoir mettre en avant des revendications « intermédiaires » qui peuvent sembler aller moins loin mais qui seront autant de points d’appui pour aller vers notre objectif final. Deux de ces revendications ont déjà été identifiées.

La première piste est d’appeler les communes à appliquer un moratoire (suspension provisoire) de construction sur certaines zones de leur commune, à l’image notamment du Collège communal de Fléron qui a décidé en 2021 de bloquer tout projet de construction nouvelle de plus de 10 logements en dehors de l’hypercentre de la commune et des centres des villages qui la constituent. Bien sûr, de tels moratoires restent des décisions d’intention qui ne peuvent pas « éliminer » les prescriptions du Plan de Secteur. Mais, si les autorités communales manifestent une forte volonté politique de les mettre en œuvre, elles peuvent convaincre les promoteurs qu’il est dans leur intérêt de ne pas s’engager dans un bras de fer avec la commune et qu’ils ont tout intérêt à chercher d’autres solutions.

La deuxième piste porte le petit nom mystérieux de SDC. Car, maintenant que le Schéma de Développement territorial de la Wallonie (SDT) a été officiellement validé (en mai 2024), chaque commune wallonne va devoir créer (si elle n’en dispose pas) ou actualiser (si elle en a déjà un) son propre Schéma de Développement communal (SDC).

Théoriquement, ce processus doit impliquer une « participation citoyenne ». Mais l’expérience montre que, par routine ou pour s’éviter des prises de tête qu’elles jugent inutiles) bien des communes font le service minimum en la matière : une petite séance d’information au début du processus pour recueillir quelques avis préalables (forcément très généraux et imprécis à ce stade), une séance de présentation du Schéma une fois qu’il est bouclé… et pas grand-chose entre les deux. Il est donc essentiel que les collectifs et les habitant.e.s « forcent les portes » et fassent connaître dès le début et tout au long du processus leurs appréciations, leurs envies et leurs revendications. Et cela tant vis-à-vis des communes que des bureaux d’étude chargés par celles-ci de préparer les SDC.

Ces deux pistes vont maintenant être débattues, approfondies et travaillées au sein du réseau et des collectifs.

 

Des droits à défendre et même à élargir

Deux ateliers ont aussi été consacrés aux droits à l’information et à l’intervention des habitants et des collectifs en cas d’enquête publique et, plus généralement, face aux projets et initiatives des pouvoirs publics.

Le premier atelier visait à élargir le droit à l’information au niveau communal. La principale piste mise en avant a été l’exigence de la mise en ligne de tous les documents liés aux enquêtes publiques importantes, de manière à ce que chacun et chacune puisse les consulter sans être dépendant des horaires d’ouverture des services communaux ou d’éventuelles séances de consultation des documents en soirée. Une autre exigence est un affichage beaucoup plus visible des informations aux abords des sites concernés par les projets et sur les espaces d’information communaux.

Le deuxième atelier visait lui à contrer les intentions annoncées par le gouvernement de réduire la participation citoyenne lors des enquêtes publiques. Une vaste consultation de toutes les associations défendant les libertés démocratiques et un début de campagne ont été évoqués et seront mis en œuvre très rapidement.

 

Formation, débats et actions

Restent encore deux autres aspects qui visent à augmenter la dynamique de notre réseau.

Si nous avons en face de nous des gens au pouvoir qui sont (encore) moins réceptifs que les précédents, cela signifie que nous allons devoir encore plus faire « monter la sauce » pour accroître le soutien à nos idées et nos actions dans la population.

Cela prendra la forme de davantage d’activités « d’éducation populaire » (débats, ciné-club, tournée de présentation d’OLT,…). Cela prendra aussi la forme d’une série d’actions menées par notre réseau, seul si nécessaire mais surtout en alliance avec de nombreuses autres associations et mouvements si possible (et cela le sera certainement).

Sur ces questions aussi, de premiers jalons ont été posés et la réflexion va se développer dans les mois qui viennent.

 

 

Coordinations provinciales et zonales

La journée s’est terminée sur un dernier round de discussion entre nous, tournées autour de la construction de nos Coordinations provinciales, un étage intermédiaire entre les collectifs locaux et la politique communale d’autre part, et la « structure wallonne » d’OLT (le Groupe de Pilotage (élu), les Groupes de Travail, la newsletter, le site internet et les réseaux sociaux,…).

Cet étage intermédiaire est d’une grande utilité pour élargir l’horizon des collectifs locaux, partager les expériences, augmenter la possibilité de réactions communes de leur part et faire remonter l’information vers le niveau wallon. Ces Coordinations sont aussi le meilleur endroit pour tester l’intérêt et la faisabilité de propositions venant du niveau wallon.

Le fonctionnement de ces Coordinations – existant depuis la création d’OLT en 2018 sur la région liégeoise, depuis à peine un an ailleurs (et pas encore dans le Hainaut) a permis des avancées au cours de la campagne mais beaucoup de choses peuvent et doivent encore être faites pour les rendre encore plus efficaces à l’avenir.

Sans compter que parfois, dans les provinces les plus étendues et les zones moins urbanisés, des espaces plus restreints que les provinces constituent parfois les vrais « bassins de vie » de la population et des collectifs. Des possibilités de liens entre les collectifs pourraient donc aussi se développer à cette échelle « sous-provinciale ».

L’important, c’est toujours la troisième mi-temps

Le bilan de cette AG est donc, de l’avis général, très positif. Elle nous a permis de faire un point bien utile sur notre situation, de multiplier les échanges entre militant.e.s et collectifs et de lancer des chantiers nouveaux. Nous avons donc du pain sur la planche pour les prochaines semaines et mois, ce qui nous permettra d’encore mieux préciser nos objectifs lors de notre prochaine Assemblée générale annuelle qui se tiendra en mars 2025.

Notons enfin qu’au terme d’une journée plus que remplie et intense, il s’est encore trouvé de nombreux « courageux » pour poursuivre les discussions au bar… et un noyau d’acharné·e·s pour participer au souper de soutien qu’organisait le collectif andennais Touche Pas à ma Campagne pour financer la suite de son action. Souper qui fut, lui aussi, un énorme succès, avec plus de 200 participant·e·s.