Code Rouge – Trois jours d’actions contre TotalEnergies
« Total, la planète n’est pas à toi! ». Samedi 26, dimanche 27 et lundi 28 octobre, un millier de personnes s’en sont pris à TotalEnergies à l’appel du mouvement de désobéissance civile Code Rouge. C’est la deuxième fois que Code Rouge vise TotalEnergies, après un premier passage en 2022. La raison de ce retour est simple et évidente: la politique de la multinationale n’a pas évolué en deux ans!
Comme l’expliquait déjà Code Rouge en 2022: « Notre action a pour cible la multinationale gazière et pétrolière TotalEnergies. Pourquoi? Avec la troisième plus grande raffinerie d’Europe et le plus grand réseau de stations-service de Belgique, ce géant fossile continue de générer des milliards de bénéfices, au détriment direct des ménages (surtout les plus précaires) et du climat. TotalEnergies ignore la gravité et l’urgence de la crise climatique et sociale. L’entreprise continue à investir massivement et aveuglément dans les énergies fossiles. Il s’agit du symbole même de l’emprise que les grands pollueurs fossiles ont toujours sur notre avenir. Et que nous choisissons de refuser. »
On peut même dire que, depuis lors, TotalEnergies persiste et signe, comme le précise aujourd’hui Code Rouge: « Le géant français fournit du carburant à Israël pour le génocide en Palestine et provoque une catastrophe humanitaire en Ouganda et en Tanzanie avec la construction de l’East African Crude Oil Pipeline (EACOP). Cet oléoduc de plus de 1.400 kilomètres est critiqué par les associations environnementales et de droits humains pour les centaines de milliers d’expropriations menées autour de l’installation ainsi que les risques pour l’eau potable dans les régions traversées. »

Cette année, les militants ont visé trois sites de la multinationale, l’un en Wallonie, à Feluy, et l’autre en Flandre, dans le port d’Anvers, puis les bureaux centraux de l’entreprise en Belgique à Bruxelles.
A Feluy, un blocage de 30 heures
Durant trente heures et dans une ambiance festive, 700 personnes ont occupé le dépôt de carburant TotalEnergies de Feluy et ont quasiment mis à l’arrêt ses activités. Pour ce faire, un rond-point stratégique et une voie ferrée ont été bloqués.
Les activistes ont toutefois dû ruser pour rejoindre leur point de ralliement : les sites Engie et TotalEnergies étaient en alerte maximale, et le gouverneur de la province du Hainaut, où se trouve Feluy, a pris un arrêté pour interdire toute manifestation à proximité de ces sites.

« Je connais des activistes qui ont marché 18 km. Beaucoup se sont levés à 1 heure ou 2 heures du matin, pour jouer au chat et à la souris », raconte Zagon [*] membre de l’organisation. Des arrestations préventives ont été par ailleurs menées à Bruxelles en début de semaine, et des opérations de contrôle poussées ont eu lieu, d’après plusieurs témoins. « Ils ont essayé de bien intimider les gens. Tu sortais du métro, il y avait trente flics », s’exclame l’activiste.
Les activistes ont d’eux-mêmes levé le camp le dimanche matin, sans qu’aucune arrestation n’ait été signalée durant ces trente heures d’occupation. « Cette action est maintenant terminée, mais nous continuerons à nous mobiliser pour mettre un terme à la pollution et l’exploitation systémiques de l’industrie fossile. Tant que cela n’aura pas changé, nous reviendrons. », a déclaré dimanche Éveline Van Engelen, l’une des porte-parole de Code Rouge.
À Anvers, 100 % d’arrestations
Du côté d’Anvers, le site TotalEnergies situé dans le port a fait l’objet d’un blocage durant six heures ce samedi. Un groupe a bloqué une route vers la raffinerie afin de ralentir l’intervention des policiers et un autre groupe a bloqué la raffinerie.

Les manifestants ont été délogés de la raffinerie aux alentours de 16 heures. 270 activistes, la totalité des présents, ont été arrêtés. En plus des militants, deux journalistes français et sept observateurs légaux ont également été interpellés. Parmi ces derniers, un avocat raconte: « À la fin, la police se tourne vers nous, et nous dit “on vous arrête aussi”. Nous avons été mis dans un bus, direction une espèce de grand commissariat à Bruxelles, avec de grandes cellules collectives. Dans mon cas, je me suis fait une entorse en courant pour rejoindre les activistes, et la police ne m’a pas laissé voir de médecin. Ils m’ont balancé en t-shirt dans la cellule. La police d’Anvers ne nous a rien donné. Dès que la police bruxelloise a repris le flambeau, là, ils ont appelé une ambulance. »
Cette répression n’est pas inédite: la dernière action de Code Rouge à Anvers — l’aéroport de la ville avait été visé décembre 2023 — s’était aussi soldée par l’arrestation des observateurs légaux, et de près de 500 personnes. « En Flandre, c’est assez systématique. Tous les observateurs légaux y ont été arrêtés, pas en Wallonie », ajoute l’avocat. Des violences policières avaient aussi été dénoncées à l’aéroport d’Anvers l’an passé. « C’était pire l’année passée. Comme la presse était là, ils avaient honte », estime Zagon.
A Bruxelles, des corps blancs et du sang rouge
TotalÉnergies n’en avait pas fini avec les manifestations. Code Rouge a organisé lundi midi une nouvelle action devant le siège du géant pétrolier français, sur le boulevard Anspach à Bruxelles.
Il était prévu que les activistes occupent les bureaux mais ces locaux étaient « protégés » par une importante présence policière. Vêtus de combinaisons blanches et éclaboussés de faux sang, les activistes ont simulé leur mort et sont restés immobiles au sol, devant l’entrée du bâtiment. Les manifestants voulaient ainsi représenter les “violences meurtrières alimentées par les activités” de la compagnie pétrolière.

Outre les militants allongés au sol, d’autres ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire, en anglais, “TotalÉnergies alimente le génocide”, “TotalÉnergies alimente la guerre” ou “TotalÉnergies tue”. Les manifestants ont également scandé des slogans appelant à la justice climatique, au boycott de la compagnie pétrolière, ainsi qu’à la fin de la guerre à Gaza et à la libération de la Palestine.
Cet article a été réalisé à l’aide des informations parues sur la page Facebook de Code Rouge, d’un article de Reporterre et, bien sûr, avec des commentaires de participant·e·s aux actions.


