Libin – Des sapins, un puits et beaucoup de questions

Libin – Des sapins, un puits et beaucoup de questions

Fin janvier, nous avons fait écho à une mobilisation qui se développait à Transinne, dans la commune de Libin, au cœur du Luxembourg.

Mais, prévenu tardivement et pris par le temps, nous n’avions pu que relayer le texte de la pétition qui circulait durant l’enquête publique. Cette enquête étant terminée –avec 600 signatures sur la pétition s’opposant à la demande de permis de la société Greencap – voici donc l’occasion de nous pencher un peu plus en profondeur sur le sujet (sans tomber dans le sujet, puisque toute l’affaire tourne autour d’un puits!).

Le point de départ est donc la « demande d’obtention d’un permis en vue d’exploiter une prise d’eau non potabilisable destinée à alimenter un centre de production et de commercialisation de sapins de Noël et de produits dérivés ».

A première vue, qu’y a-t-il de plus sympathique qu’un sapin de Noël et de plus inoffensif qu’un point d’eau non potable?

Mais à y regarder de plus près, c’est fou le nombre de questions qui surgissent de ce puits…

Mainmise sur les terres

Greencap est une société présente en France et en Belgique, visiblement très rentable et qui achète de plus de plus de terrains pour développer ses plantations. De nombreux habitants et élus locaux de Transinne se demandent où cette fringale de terres va s’arrêter… et même si elle va s’arrêter. Car la recherche de nouveaux terrains contribue à faire monter les prix des parcelles qui grimpe déjà, partout en Wallonie.

Un élu de l’opposition locale, interviewé par SudPresse parlait d’ailleurs d’une « concurrence déloyale »: « Un jeune agriculteur m’a dit qu’il ne s’en sortait plus et qu’il allait aller en France pour pouvoir s’étendre, car ici ce n’était plus possible en raison des prix des terrains que seule Greencap peut se payer. ». (04/02/2026)

On voit donc peser de plus en plus un mécanisme qui fait que les cultures non nourricières créent une pression accrue sur les terres, au détriment d’une agriculture alimentaire locale, durable et résiliente.

Eau privatisée, effets négatifs socialisés

Les plantations de sapins sont de grandes consommatrices d’eau. Et le prix de celle-ci est évidemment un enjeu important pour une société comme Greencap.

La nappe d’eau dans laquelle elle voudrait s’approvisionner est sous – et par sur – la propriété de l’entreprise… et, de ce fait, c’est donc bel et bien un bien commun. Son extraction signifierait donc, comme le décrivait la pétition, que, si ce projet de Greencap était accepté, « une ressource en eau (qui est un véritable bien commun) se retrouverait exploitée dans le cadre d’un projet strictement privé ». Qui plus est, « un projet  destiné à l’arrosage de cultures non nourricières, dans un contexte de raréfaction croissante de l’eau et de changement climatique ».

Un tel accès à la nappe d’eau permettrait à l’entreprise de disposer d’une ressource en eau gratuite ou très peu coûteuse. L’argent ainsi économisé représenterait un gain financier susceptible d’être réinvesti, notamment dans l’acquisition de nouvelles terres agricoles, accentuant encore la pression foncière au détriment de l’agriculture nourricière.

À l’inverse, le recours à l’eau du réseau public, bien que non idéal sur le plan écologique, présente au moins l’avantage de s’inscrire dans le principe du pollueur-payeur : l’eau est comptabilisée, facturée à son juste coût, et soumise à des restrictions collectives en période de pénurie.

Dès lors, l’argument selon lequel l’autorisation d’un puits permettrait de préserver le réseau d’eau ne peut suffire à justifier l’appropriation privée d’une ressource naturelle, surtout lorsque l’usage envisagé concerne des cultures non nourricières, que les bénéfices économiques sont privatisés et que les risques environnementaux demeurent collectifs.

Or, ces risques environnementaux sont énormes et posent une volée de questions sur l’objet même de Greencap, à savoir la production massive de sapins de Noël.

Sapins à gogo, biodiversité à zéro…

Si le sapin de Noël trônant tout seul dans le salon avec ses boules et des guirlandes, est bien sympa, il en va tout autrement d’un vaste plantation de sapins destinés à cet usage. La monoculture de sapins a des effets nocifs dans plusieurs domaines. Les aiguilles de sapin se décomposent lentement et acidifient le sol, ce qui nuit à la biodiversité microbienne et fongique. La monoculture entraîne donc une perte de nutriments essentiels, affaiblissant la fertilité du sol à long terme. Ces plantations peuvent diminuer l’infiltration de l’eau et impacter la qualité des nappes phréatiques. En même temps, elles manquent de la résilience d’une forêt mélangée et sont donc plus sensibles aux incendies et aux sécheresses.

Résultats de cet affaiblissement général de la qualité du sol et su sous-sol: les forêts de monoculture offrent des habitats très limités pour la faune et la flore, seuls certains insectes et oiseaux spécifiques pouvant s’y adapter. L’absence de diversité rend les peuplements extrêmement vulnérables. Par exemple, les monocultures d’épicéas sont régulièrement ravagées par les scolytes.

Enfin, de nombreuses plantations de sapins de Noël utilisent des herbicides et des pesticides pour maximiser la production, avec un pourcentage élevé de sapins contaminés. Et les coupes rases, souvent pratiquées, relâchent le carbone stocké dans le sol et la litière.

Un grand puits… de réflexions sérieuses

On le voit bien: derrière le « petit » problème d’un simple puits au milieu d’une plantation de sapins se cachent des questions et des enjeux d’une importance qui ne saute pas aux yeux de premier abord. Raison de plus pour y réfléchir sérieusement!

On ne peut qu’espérer que le Collège communal de Libin se posera ces bonnes questions et surtout y apportera de bonnes réponses…

En soutenant la démarche de cette entreprise, la collectivité prendrait position en faveur de l’exploitation d’une ressource en eau (qui est un véritable bien commun) dans le cadre d’un projet strictement privé  destiné à l’arrosage de cultures non nourricières, dans un contexte de raréfaction croissante de l’eau et de changement climatique.

Enfin, l’implantation et l’expansion de telles activités posent la question d’une concurrence déloyale sur le marché foncier agricole. Les cultures non nourricières contribuent à une pression accrue sur les terres, au détriment d’une agriculture alimentaire locale, durable et résiliente.

Au-delà des garanties annoncées, l’expérience montre que les engagements environnementaux sont difficiles à contrôler dans la durée et que les moyens de vérification effective restent limités. Autoriser un captage privé revient dès lors à faire reposer la protection d’une ressource naturelle commune sur des promesses, sans certitude quant à leur respect à long terme.

De plus, permettre à une entreprise de disposer d’une ressource en eau gratuite ou très faiblement valorisée constitue un avantage économique indirect. L’argent ainsi économisé représente un gain financier susceptible d’être réinvesti, notamment dans l’acquisition de nouvelles terres agricoles, accentuant encore la pression foncière au détriment de l’agriculture nourricière.

À l’inverse, le recours à l’eau du réseau public, bien que non idéal sur le plan écologique, présente au moins l’avantage de s’inscrire dans le principe du pollueur-payeur: l’eau est comptabilisée, facturée à son juste coût, et soumise à des restrictions collectives en période de pénurie.

Dès lors, l’argument selon lequel l’autorisation d’un puits permettrait de préserver le réseau d’eau ne peut suffire à justifier l’appropriation privée d’une ressource naturelle, surtout lorsque l’usage envisagé concerne des cultures non nourricières, que les bénéfices économiques sont privatisés et que les risques environnementaux demeurent collectifs.

Si, comme nous, vous êtes soucieux de l’avenir, de la préservation de l’environnement et de l’héritage que nous laisserons aux générations futures, nous vous invitons à faire entendre votre voix en adressant vos remarques à l’administration communale.