Vaux-sur-Sûre – Les projets de parcs de batterie en mode « On/Off »

Vaux-sur-Sûre – Les projets de parcs de batterie en mode « On/Off »

Après les éoliennes et les champs de panneaux photovoltaïques, une troisième menace pour l’accaparement des terres agricoles au profit d’activités non-nourricières a fait son apparition depuis quelques mois en Wallonie : les projets de parcs de batterie.

L’électricité produite au départ d’éoliennes et d’installations photovoltaïques est ce qu’on appelle une production intermittente, liée au vent et à l’ensoleillement. Il y en a beaucoup ? Il faut pouvoir l’absorber. Il y en a peu ? Il faut compenser. C’est ici qu’interviennent les parcs à batterie.

Les parcs de batteries, bien qu’essentiels pour la transition énergétique, présentent pourtant plusieurs impacts négatifs significatifs qui ne peuvent être négligés et qui peuvent conduire à les considérer comme de véritables menaces..

Ces installations peuvent engendrer des risques environnementaux majeurs, notamment la pollution des sols et des eaux, ainsi que des problèmes de gestion des déchets dangereux. De plus, leur installation peut nuire à la biodiversité locale, perturbant ainsi les écosystèmes et menaçant des espèces vulnérables. Il est donc crucial d’évaluer ces impacts de manière rigoureuse afin de minimiser les effets néfastes sur l’environnement tout en poursuivant les objectifs de durabilité. Une approche proactive et intégrée est nécessaire pour garantir que les bénéfices des parcs de batteries ne soient pas éclipsés par leurs conséquences environnementales.

De plus, les parcs de batteries peuvent avoir des conséquences néfastes sur le foncier agricole. En effet, en Wallonie et en Belgique, les terres agricoles sont menacées d’accaparement pour divers types de projets (immobiliers, commerciaux, touristiques, extensions de zoning, agrivoltaïsme, …), tout simplement en raison de leur coût moindre par rapport à des zones déjà artificialisées, ce qui permet aux porteurs de projets de maximiser leurs bénéfices. Le tout bien évidemment au détriment des agriculteurs pour qui l’accès à la terre devient de plus en plus inabordable, notamment pour les jeunes, ce qui freine fortement le renouvellement des générations. De même, l’occupation des terres agricoles réduit la surface cultivable, ce qui peut entraîner une baisse de la production et par conséquent de notre autonomie alimentaire. Enfin, la dégradation des sols et la pollution peuvent compromettre la qualité des cultures.

Un autre impact non négligeable est le bruit généré par le refroidissement des parcs de batteries (ou Battery Energy Storage Systems – BESS) qui est une source de préoccupation croissante en raison de l’installation de ces infrastructures à proximité des zones résidentielles. Ce bruit est principalement causé par les systèmes de gestion thermique (climatisation/ventilation) nécessaires au fonctionnement optimal des cellules lithium-ion, notamment lors des phases de charge et décharge rapide. Chaque conteneur (type Megapack) peut contenir de nombreux ventilateurs (parfois plus de 10 par unité) qui se déclenchent simultanément lors des pics de fonctionnement. En plus du refroidissement, les onduleurs et les transformateurs de puissance génèrent un ronronnement basse fréquence caractéristique. Les mesures à 1 mètre des équipements peuvent atteindre des niveaux élevés, allant de 70 à plus de 90 décibels

Il s’agit souvent d’un bruit tonal (avec une fréquence distincte), ce qui le rend plus intrusif et gênant pour le voisinage qu’un bruit de fond blanc, même si son intensité diminue avec la distance.

Ces nuisances sonores sont la principale raison pour laquelle un projet porté par Ether Energy vient d’être refusé à Villeroux (commune de Vaux-sur-Sûre) par la Région Wallonne. Le parc en question table sur 49 conteneurs de stockage, des transformateurs et des onduleurs. Un ensemble de 55 MW, capable d’absorber les pics de surproduction, jusqu’à 220.000 kw/h en quatre heures : l’équivalent de la consommation sur un an, d’une cinquantaine de ménages.

Opposante de la première heure à l’éolien et à son impact paysager, la commune de Vaux-sur-Sûre se montre plus accueillante à ce type de développement énergétique, « visuellement, ça n’est en rien comparable à l’éolien » selon le Bourgmestre Yves Besseling qui le perçoit aussi comme une nouvelle source de rentrées financières : « Nous prenons nos renseignements auprès de la Région wallonne pour voir dans quelle mesure la commune peut percevoir des taxes sur ce type de projet. C’est important dans le contexte budgétaire difficile auquel les communes sont confrontées pour le moment ».

Une fois de plus, Occupons le Terrain ne peut que regretter le fait que des considérations purement financières, tant pour le porteur de projet que pour la commune, puissent prendre l’ascendant sur les nombreux impacts négatifs de ce type de projets. Avec plus de 3.300 hectares de friches industrielles à réhabiliter en Wallonie, n’y a-t-il vraiment pas d’autres endroits pour placer ces parcs ?

Notons que la société Ether Energy avait pressenti cette décision défavorable. En effet, alors que la décision wallonne a été communiquée le 16 décembre 2025, le bureau d’études mandaté par Ether Energy rendait déjà le 19 décembre, soit 3 jours plus tard, un complément d’étude acoustique sur le projet. Ce complément d’étude a servi de base au recours auprès du Gouvernement wallon introduit à la mi-février par la société.

Ce n’est pas le seul projet de ce type porté sur Villeroux. En effet, un projet similaire a également été introduit par la société Renner Energies, qui souhaite construire un parc de batteries de 100 MW, à droite de la centrale électrique de Villeroux. Ce dossier a été soumis à enquête publique en janvier 2026 et est actuellement en cours d’instruction. Enfin, un troisième projet est également à l’étude sur la Commune.

Signe d’une future vague de projets similaires ? À l’initiative de Kallima Energies, acteur liégeois actif dans l’investissement et le développement de projets énergétiques, un nouveau projet de stockage d’électricité par batteries d’une puissance de 50 MW est à l’étude sur les hauteurs de Tihange. A Lixhe, Luminus prévoit la construction de ce qui est annoncé comme le plus grand parc de Wallonie, avec une mise en service prévue en octobre 2026. TotalEnergies développe un parc de batteries à Feluy. Enfin, selon Sud-Info, des projets de stockage sont également prévus à Soignies et à Tournai.

Nous ne manquerons bien sûr pas de vous informer sur ces nouvelles menaces dans les prochaines semaines.