Andenne – Le « vieux fauve » Eerdekens envoyé au tapis par la justice

Andenne – Le « vieux fauve » Eerdekens envoyé au tapis par la justice

On peut difficilement dire que c’est l’événement de ce début d’année en Wallonie. Mais si nous avons décidé de le placer dans notre rubrique « A la Une » de notre newsletter et de lui donner une place sur notre site, c’est pour le caractère fortement symbolique qu’il représente.

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps: l’événement en question, c’est le jugement dans l’affaire qui opposait Claude Eerdekens, alors bourgmestre PS de la commune d’Andenne, à Mélanie De Groote, journaliste du magazine Wilfried et autrice d’un long article consacré à ce même Claude Eerdekens. Et ce jugement déboute complètement celui qui est désormais l’ex-bourgmestre d’Andenne.

« Potentat » et « harceleur » 

Tout avait commencé en octobre 2024 lorsque Wilfried avait publié un article très documenté de 10 pages intitulé « Le vieux fauve d’Andenne ». Mélanie De Groote y retraçait la (très) longue carrière de Claude Eerdekens qui a été, suivant les moments, député wallon, député fédéral, ministre de la Communauté française… mais surtout inamovible bourgmestre, de Seilles tout d’abord (de 1972 à 1976), puis d’Andenne (suite à la fusion des communes) depuis le 1er janvier 1977 – soit 52 ans de maïorat sans interruption!

Sans être écrit à charge, l’article décrivait Eerdekens comme un « potentat » régnant sur sa commune – ce que n’importe qui ayant un jour au cours du demi-siècle passé émis une opposition, même limitée et ponctuelle, face à lui pourrait confirmer. Mais l’article allait plus loin, en pointant plusieurs témoignages l’accusant de comportements de harcèlement moral et sexuel.

Claude Eerdekens avait immédiatement porté plainte contre la journaliste. Lors de la séance du procès tenue le 15 janvier dernier, l’avocate de Claude Eerdekens avait dénoncé des propos « calomnieux, diffamants et injurieux » et expliqué que « cette boule de feu médiatique sortie dix jours avant les élections, c’est un assassinat de réputation ». Pas moins!

L’avocat de Mélanie De Groote avait, pour sa part, souligné la rigueur du travail de la journaliste, expliquant que « le portrait était contrasté » et que « les éléments pointés ne concernent que trois des dix pages. » 

Nous n’en dirons pas plus sur le déroulement du procès parce qu’il a fait l’objet d’un autre article, intitulé « Chronique d’audience« , rédigé par Frédéric Braibant, rédacteur en chef de Wilfried, et que cet article est passionnant… et ravageur pour la ligne d’attaque suivie par le désormais ex-bourgmestre.

Le jugement est donc tombé début février. Non seulement Eerdekens est débouté mais il est condamné à payer 4.000 euros de dédommagement.

Ce verdict réjouit l’Association des Journalistes professionnels qui a déclaré dans un communiqué. « L’AJP, qui a accompagné et pris en charge la défense de la journaliste, se félicite d’une telle décision. Ce jugement vient confirmer la primauté, dans le cas d’espèce, de l’intérêt du public à recevoir une information d’intérêt général sur les intérêts particuliers d’un ancien bourgmestre ; reconnaît le sérieux et la rigueur du travail journalistique réalisé ; et insiste sur le caractère disproportionné d’une telle procédure face à une journaliste, rappelant le risque d’autocensure de telles actions dans le chef de toute une profession. »

 Procédures d’intimidation

L’AJP avait ainsi dénoncé une « procédure-bâillon » destinée à faire taire une journaliste et rappelé que la Ville d’Andenne s’était « jointe à la cause » (c’est-à-dire associée officiellement à la démarche judiciaire d’Eerdekens)  avant que le ministre wallon des Pouvoirs locaux François Desquesnes n’annule à deux reprises cette décision.

C’est donc bien le cœur de la stratégie d’intimidation d’Eerdekens qui a été sanctionné dans ce procès. Une stratégie qui se situait dans le prolongement de très nombreuses pratiques (judiciaires ou autres) d’intimidation effectuées par le passé : imposer le silence à ses critiques et à ses opposants en mobilisant contre eux une « puissance de feu » et une bonne dose de mensonges et de menaces liée à sa mainmise sur sa commune et à ses relations à l’extérieur de celle-ci.

C’est ainsi, par exemple, que Claude Eerdekens s’était attaqué, dans une interview au quotidien Vers L’Avenir le 3 juillet 2024, au collectif andennais « Touche Pas à Ma Campagne » qui conteste, vigoureusement mais évidemment de manière pacifique, le projet complètement mégalo d’urbanisation de la Plaine d’Anton, porté  depuis très longtemps par l’ex-bourgmestre. Il affirmait notamment: « Cette association est en lien avec des partisans écologistes rêvant de la décroissance économique comme Extension Rébellion, Occupons le terrain et Ramur, qui sont bien connus de la Sûreté de l’Etat pour être des écologistes très actifs et parfois dangereux comme en France ». Nous avions publié un droit de réponse dénonçant ces inventions et ces calomnies au nom d’Occupons le Terrain.

Une valeur qui dépasse le « cas Eerdekens »

Enfin, il faut bien voir que le jugement qui déboute Claude Eerdekens a une valeur importante parce que Eerdekens a sans doute poussé cette stratégie de l’intimidation jusqu’à la caricature mais il a aussi fait des émules dans beaucoup d’endroits.

Nous voudrions donc féliciter Mélanie De Groote et la magazine Wilfried pour cette victoire de la liberté d’expression… et espérer que ce jugement fera réfléchir tous ceux et toutes celles qui, dans nos communes et dans les institutions de tous niveaux, ont une furieuse tendance à se prendre pour de petits empereurs Napoléon ou de petits tsars Ivan le Terrible. Et si cela ne suffit pas, nous espérons que toutes les victimes de procédures de bâillon trouveront dans ce jugement force, courage et arguments pour ne pas se laisser faire!