Wallonie – Poulaillers industriels: quand la mobilisation citoyenne se heurte à l’immobilisme politique

Wallonie – Poulaillers industriels: quand la mobilisation citoyenne se heurte à l’immobilisme politique

À Bebange (Messancy) comme à Harsin (Nassogne), les projets de poulaillers industriels s’invitent dans le paysage… et dans les débats.

Alors que, l’an dernier, la Région wallonne avait suivi l’avis de la commune en refusant le permis pour un poulailler de 39.000 poulets, le promoteur est revenu à la charge avec une version « bio » et réduite: trois poulaillers de 500 m² chacun, pour un total de 14.400 poulets. Une réunion citoyenne, organisée début mars 2026, a rassemblé plus de 100 personnes à Wolkrange. Le promoteur y a présenté son projet, insistant sur le respect d’un cahier des charges bio strict et la réponse à une prétendue demande locale croissante en viande de qualité. Pourtant, malgré les promesses de panneaux photovoltaïques, de limitation des nuisances olfactives et de valorisation des effluents, les participants sont restés sceptiques. Comment croire en la compatibilité d’un tel projet avec la biodiversité locale, alors qu’il est prévu à quelques encablures d’un site Natura 2000?

Les pétitions et mobilisations de 2025, qui avaient recueilli des centaines de signatures, prouvent que le mécontentement est grand. La commune, elle, joue les arbitres passifs: aucun permis n’a encore été déposé et les autorités locales rappellent qu’elles ne sont soi-disant qu’une « boîte aux lettres » entre la Région et les citoyens (alors qu’elles peuvent rendre un avis au nom de la Commune, même si la Région a le dernier mot).

Pendant ce temps, l’enquête publique sur un mégaprojet de 140.000 poulets dans le village de Harsin s’est clôturée dans un climat de défiance. Plus de 450 lettres de réclamation ont été adressées au Collège communal de Nassogne, dénonçant les odeurs, les risques pour la biodiversité, la pollution des sols et de l’eau ainsi que l’impact paysager d’un élevage industriel démesuré. Mais c’est surtout l’attitude du bourgmestre Marc Quirynen qui interroge.

Dans des déclarations relayées par L’Avenir du Luxembourg et La Meuse Luxembourg, le bourgmestre rappelle que la décision revient à la Région wallonne, et que les opposants « se trompent d’interlocuteur » en s’adressant à la commune. Une réponse pour le moins déconcertante: comment ignorer que l’enquête publique, organisée précisément par la commune, a mobilisé des centaines de citoyens? Pire, Marc Quirynen minimise la contestation, estimant que les remarques relèvent d’une « opposition de principe« . Une analyse qui fait fi des arguments étayés par les riverains et qui sonne comme une tentative de discréditer une mobilisation légitime.

La neutralité affichée aujourd’hui par la commune de Nassogne est d’autant plus suspecte qu’elle contraste avec une déclaration antérieure du bourgmestre. En 2022, interrogé par TV Lux sur la question de savoir s’il y avait encore de la place pour des poulaillers industriels à Nassogne, Marc Quirynen avait répondu sans détour: « Oui, bien sûr! » Une position qui, avec le recul, éclaire sous un jour particulier sa prétendue neutralité actuelle.

Deux modèles s’affrontent aujourd’hui en Wallonie: d’un côté, l’agriculture industrielle, qui promet rentabilité et emplois, mais sacrifie paysages et biodiversité ; de l’autre, des alternatives plus modestes, bio, mais qui peinent à convaincre face à la puissance des lobbies et à l’immobilisme des élus. À Bebange comme à Harsin, la balle est dans le camp des autorités.

La question reste donc entière: jusqu’où ira la complicité – tacite ou revendiquée – des élus locaux avec des projets qui menacent l’environnement et la qualité de vie des riverains? En attendant, le débat est loin d’être terminé et la mobilisation, elle, ne fait que commencer!